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Régulation du marché par les sytèmes de paiement: analyse de viabilité

Jean Cartelier
Centre National de la Recherche Scientifique, France

 


 

La communication présentée retrace l'état d'un travail en cours avec J P Aubin, L. Doyen et D. Gabay.

Le point de départ est une reflexion critique sur l'image du marché qui est donnée par la théorie de l'équilibre général dans sa version Arrow­Debreu, version de référence pour la majorité des économistes académiques. Certaines caractéristiques de ce modèle fondamental, à savoir:

conduisent à douter de sa pertinence pour l'analyse d'une économie de marché.

Une approche complètement différente est explorée. Au lieu de partir d'une liste de biens donnée a priori (et servant à définir les dotations et les préférences des individus), il est proposé de partir de la monnaie et plus précisément d'un système de paiement. Les individus apparaissent alors comme les pôles d'un réseau de paiements.

Ils sont définis comme des comptes (bilans et comptes d'exploitation). La dynamique des richesses individuelles est décrite par l'articulation des comptes d'exploitation (flux) et des bilans (stocks).

Sommairement, le fonctionnement de cette économie décentralisée est le suivant:

  1. les individus, sur la base d'un calcul économique déterminé, demandent les moyens de paiement nécessaires à l'exécution de leurs achats désirés; ils obtiennent ou non cette quantité selon la régulation opérée par le système monétaire prenant en compte les résultats passés de l'individu
  2. l'individu considéré effectue les paiements qu'il désire auprès des autres individus, leur procurant des recettes; lui­même perçoit des recettes provenant des dépenses que les autres font auprès de lui
  3. il apparaît en tout point du temps (dans une formalisation en temps continu) une matrice des paiements dont la dimension est donnée par le nombre des individus; les lignes retracent les dépenses et les colonnes les recettes; il en résulte des soldes (dont la somme algébrique est toujours nulle)
  4. Ces soldes révèlent que l'équivalence dans l'échange n'a pas été " spontanément>> respectée; les individus doivent pourtant se soumettre à ce principe en réglant leurs soldes en prélevant sur leur richesse(dans le cas d'un solde négatif); cette << sanction du marché ", ignorée par la théorie de l'équilibre général, modifie continûment la richesse des individus
  5. une autre source de modification des richesses individuelles est 1'accumulation d'actifs réels (une fraction de la dépense est affectée à l'acquisition de biens durables)

La dynamique d'une telle économie est soumise à deux sortes de contraintes.

Les premières concernent l'importance relative des soldes par rapport à la richesse. Au­delà d'un certain seuil, la situation de l'individu est intenable et le système monétaire le prive de moyens de paiement et donc d'existence économique. Plusieurs formes de cette contrainte doivent être envisagées selon que le solde est réglé à chaque instant ou selon qu'il peut être reporté sous la forme d'un endettement croissant. Ces contraintes définissent un ensemble contraint.

Les secondes concernent les possibilités de régulation par le système des paiement. Ceci est fixé par des règles et des traditions. Des limites aux vitesses de variation des éléments monétaires existent.

Sont alors réunies les conditions pour analyser la dynamique de marché ainsi esquissée au moyen de la théorie de la viabilité. Plusieurs versions sont présentées, chacune correspondant à un ensemble particulier d'hypothèses sur le système de paiement (monnaie métallique, pur crédit, etc.).

Ce modèle purement monétaire du marché est complété par une hypothèse sur les biens pour faciliter la comparaison avec la théorie de l'équilibre général. Pour remédier aux inconvénients mentionnés ci­dessus, un mécanisme de marché est introduit qui, à la différence du modèle Arrow­Debreu, permet de déterminer des prix de marché en équilibre comme en déséquilibre. Ce mécanisme de marché a été défini il y al: lus de deux siècles par Cantillon et est repris actuellement dans les jeux stratégiques de marché, avec lesquels la présente approche présente certaines affinités.

II est aisé montrer que l'on peut facilement se ramener à un modèle purement monétaire, ce qui établit une sorte de continuité entre cette approche et la théorie académiquement reçue. La comparaison et la discussion en sont facilitées.

Le recours à la théorie de la viabilité stimpose dans la démarche exposée du fait que cette théorie dépasse la notion d'équilibre. En recherchant s'il existe un domaine à partir duquel une trajectoire (au moins), partant de n'importe quel point demeure dans l'ensemble contraint, cette théorie permet de poser clairement la question de la possibilité d'une économie de marché, question non résolue par le théorème d'existence de Arrow­Debreu. Des perspectives s'ouvrent également dans la recherche des règles rendant possible cette viabilité.

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