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Une sociologie politique du droit de la famille
Des référentiels en tension : émancipation, institution, protection

Jacques COMMAILLE

 


 

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Face aux transformations intervenues au cours des dernières décennies dans l'organisation et le fonctionnement de la sphère privée des individus, le droit dit " de la famille " est soumis à de fortes tensions entre des logiques contradictoires. C'est la raison pour laquelle nous sommes convaincu, depuis de nombreuses années, de l'importance d'une collaboration entre juristes et sociologues, notamment sur cette question de la famille compte tenu des enjeux qu'elle comporte : du point de vue du droit et par là-même de la structuration de nos sociétés. Conformément aux principes qui fondent notre identité professionnelle, s'il nous semble que l'énoncé du " devoir-être " revient logiquement au juriste à la suite ou en interaction avec le politique, il appartient simplement au sociologue de s'efforcer de rendre compte de ce qui est. C'est ce que nous tenterons ici en traitant de trois logiques à la source des tensions suggérées et qui nous paraissent peser particulièrement sur l'économie du droit de la famille jusqu'à la rendre incertaine, ambiguë ou même contradictoire.

C'est ainsi que nous considérerons successivement les aspirations démocratiques, le souci de préservation du Bien Commun et l'exigence de la gestion publique des risques sociaux, c'est-à-dire trois facteurs susceptibles de mobiliser autant de référentiels inspirés : pour le premier, par l'idée d'émancipation, pour le deuxième, par celle d'institution et pour le troisième, par celle de protection.

La restitution de ces processus socio-politiques à l'oeuvre au sein de nos sociétés ne vise qu'à faire modestement écho aux réflexions magistralement développées par l'éminente juriste qu'il nous est donné ici de célébrer, qu'à servir, sans empiéter sur les prérogatives de l'un et l'autre, un " législateur juridique ", qui n'est jamais très loin du " législateur politique ", dont les options relèvent en principe pour l'un d'une Raison juridique et de valeurs à expliciter, pour l'autre du débat politique et de finalités à déterminer.

1. Les aspirations démocratiques. L'idée d'émancipation

L'évolution des modes de constitution et de fonctionnement de la sphère privée peut être lue comme une émancipation, une libération de l'individu des contraintes que faisaient peser sur lui la famille traditionnelle, la communauté familiale, le système de parenté, avec l'enfermement dans des rôles prescrits, notamment en fonction du genre. L'avènement de la " famille individualiste et relationnelle ", centrée sur la révélation de l'individu, de son identité au sein d'un réseau familial électif où prime le " principe d'autonomie ", est le signe de cet " individualisme positif " ou de cette " démocratisation de la vie personnelle " soulignés par certains.

Si l'on se réfère à la façon dont les individus se la représentent en général, et non pas aux façons dont ils la vivent dans la réalité, la famille reste une valeur fondamentale de la vie sociale, l'intermédiaire obligé entre l'individu et le groupe social, la société à laquelle il appartient. Dans l'enquête consacrée aux Européens et la famille, il est ainsi constaté que, pour 96 % des Européens, la famille est la valeur la plus importante, avant le travail, les amis et connaissances, les loisirs... et bien avant la politique !

En fait, les enquêtes d'opinion rendent compte régulièrement de l'importance qui continue d'être accordée à la famille, y compris dans ses formes les plus traditionnelles (par la faveur que connaissent encore le mariage et la fidélité par exemple). Dans l'enquête récente portant sur les représentations de la citoyenneté, il apparaît que dans des sondages d'opinion successifs, pour une proportion importante des personnes interrogées, " bien élever ses enfants " correspondait le mieux à leur idée du " bon citoyen ".

Nous ne multiplierons pas ici ces illustrations de l'attachement à l'idée de famille manifestée de façon majoritaire. Cet attachement, au moins dans les mots est bien connu. Mais, quand on parle de la famille : s'agit-il de ce qu'elle est réellement, des façons dont les individus organisent et gèrent leur univers privé, ou s'agit-il des façons dont ils se représentent celui-ci dans l'idéal, des espoirs qu'ils nourrissent de façon plus générale sur ce que devrait être l'ordre du monde ou tout au moins de la société dans laquelle ils vivent, en référence à une vision de l'avenir... ou à une nostalgie d'un passé plus ou moins proche ? S'agit-il encore de ce qui resterait comme un pouvoir d'influence sur les individus de modèles idéologiques ?

Sans être tout à fait distinct, on sait que ce niveau des représentations de la famille ne recoupe pas forcément celui de la réalité des comportements. Ceux-ci ont amorcé, dans les années 60-70 (et même 80 pour certains pays de l'Europe du Sud), une série de transformations dont on observe pleinement les effets dans la période actuelle et qu'on pourrait caractériser comme étant effectivement une démocratisation de la vie privée.

La famille, c'était le couple fondé sur un mariage indissoluble jusqu'à la mort de l'un des conjoints, tourné vers la procréation et organisé sur le mode d'une répartition différentielle des rôles : l'homme comme pourvoyeur de fonds et engagé professionnellement à l'extérieur du foyer, la femme comme " gardienne du foyer " et chargée à titre principal sinon exclusif d'élever les enfants. Au cours des dernières décennies, avec quelques décalages dans le temps et des rythmes différents, l'ensemble des pays européens (nous nous en tiendrons ici aux pays membres de l'Union Européenne) ont progressivement remis en cause ce modèle familial dominant dans toutes ses composantes.

La constitution du couple ne passe plus forcément par le mariage : soit l'entrée dans le mariage est précédée par une période plus ou moins longue de " cohabitation pré-nuptiale ", soit le choix plus ou moins délibéré est fait de constituer un couple, y compris avec enfants, en dehors du mariage. Ces " cohabitations hors mariage " ne cessent effectivement d'augmenter. Ceci explique la baisse de la fréquence des mariages observée dans l'ensemble des pays membres de l'Union Européenne : cette baisse était de 25 % entre 1970 et 1994. De même, la proportion de naissances hors mariage est passée de 5,1 % des naissances vivantes en 1965 à 21,8 % en 1993 (51,6 % en Suède).

Entrer dans le mariage, c'était entrer dans l'institution. Cette sorte d'informalité relative qui s'instaure illustre donc bien un changement profond des procédures de constitution de la famille. Mais ce changement s'accompagne lui-même de celle de la notion de couple, de ce que les individus investissent pratiquement et symboliquement dans cette forme d'organisation de leur univers privé. Ce sont souvent les pratiques sociales les plus en rupture qui révèlent des mutations profondes même si elles restent quantitativement marginales : le fait qu'elles soient rendues possibles n'informe pas seulement sur ce qu'elles sont à elles seules mais sur les changements plus larges qui les rendent effectivement possibles. Il en est ainsi de ces pratiques de couples non-cohabitants en permanence (" les deux partenaires gardent deux domiciles distincts "). Même si cette " conjugalité à distance " concerne surtout des " unions débutantes " ou des situations d'après-divorce, si elle est encore peu fréquente, elle laisse supposer une expression nouvelle possible, fortement explicite d'une individualisation du familial.

Le changement de nature du couple se manifeste également par ce qu'on pourrait appeler un bouleversement des temporalités familiales. Celles-ci étaient faites de temps long, de la permanence seulement perturbée par la mort. Elles peuvent être maintenant celles du temps court et d'une succession de séquences comportant des modes différents d'organisation de l'univers privé des individus. La possibilité de rupture est contenue dans le projet de constitution du couple. Celui-ci est fondé sur un " engagement conditionnel " dans la mesure où la séparation représente effectivement une probabilité de plus en plus forte et qui survient de plus en plus tôt. Si l'on s'en tient aux ruptures de couples mariés, on observe une proportion de divorces qui est en moyenne d'un mariage sur trois en Europe.

Cette fréquence de la dissolution du couple a des conséquences sur les structures familiales : à l'unicité se substitue une pluralité de structures. Cette pluralité s'ajoute à la diversité de statuts des couples (mariés ou non), chaque individu étant en même temps susceptible de connaître au cours de son propre cycle de vie plusieurs de ces configurations de vie privée : en couple (marié ou non), séparé sans ou avec enfant(s) (constituant ce qu'on appelle une " famille monoparentale "), de nouveau en couple, avec éventuellement ses propres enfants réunis avec ceux issus d'une première union du (de la) partenaire, etc.

Dans le cadre de cette nouvelle économie des relations au sein de l'univers privé, la procréation n'apparaît plus comme la vocation principale du couple. La possibilité de la maîtriser en fait bien l'objet d'un choix et celui-ci est de façon de plus en plus marquée de limiter le nombre d'enfants. Entre 1965 et 1994, l'ensemble des pays membres de l'Union Européenne accuse une diminution de son taux de fécondité de l'ordre de 46 % pour atteindre 1,45 enfants par femme en 1994.

Dans cet univers privé, le statut des acteurs a lui-même changé. Le couple est en effet un couple où l'homme et la femme travaillent à l'extérieur. Pour beaucoup de pays européens, pour la France en particulier, le modèle dominant est celui où les deux partenaires sont actifs (au sens où ils exercent une activité professionnelle). Il est significatif que, dans l'ensemble de l'Union Européenne, la proportion de femmes actives se rapproche de celle des hommes : entre 1986 et 1994, le taux d'activité des femmes est passé de 40 à 44,2 % alors que celui des hommes diminuait de 69 % à 66,6 %. En France, le taux d'activité des femmes entre 25 et 54 ans a progressé de 45 % en 1968 à 79 % en 1994 ; les femmes représentent aujourd'hui 45 % de la population active contre 35 % en 1968.

Tous ces changements apparaissent comme quelques-uns des témoins de l'avènement d'un modèle de famille sensiblement différent de celui représenté par la famille-institution. Il s'agit d'un modèle où le mariage, ou d'autres formes de mises en couple, découlent d'un choix propre à deux individus, lequel peut être remis en cause à tout moment par leurs auteurs ; ce choix fonde une association dont ils leur appartient de décider d'eux-mêmes des formes qu'elle doit prendre, notamment en ce qui concerne le fait d'avoir ou de ne pas avoir d'enfant(s). Cette association est éventuellement révocable puisque constituée de partenaires dont le mode de relation (y compris entre parents et enfants) s'établit dans le cadre d'une négociation.

Pour certains, les transformations de la vie privée que nous venons de rappeler ne signifient pas la fin de l'institution familiale, mais, dans un registre concernant plus encore l'ordre politique que l'ordre social, la reconfiguration de cette institution sur un mode plus démocratique et horizontal. Contrairement au modèle de la famille nucléaire, et en cela réside l'essentiel du changement, la dimension de coproduction des identités dans un rapport plus égalitaire devient première par rapport à l'inscription dans des statuts et des rôles prédéfinis et hiérarchisés. On peut donc parler, à l'instar d'Anthony Giddens, d'un processus de démocratisation de la sphère privée et c'est en cela qu'on peut s'autoriser à envisager les nouveaux rapports des individus à leur vie privée en terme d'aspirations démocratiques.

Anthony Giddens montre les liens que l'on peut établir entre transformations de la sphère privée et de la sphère publique. Il rapproche ainsi et souligne l'interaction entre construction de la démocratie politique et démocratisation de la sphère privée, l'un et l'autre des processus interagissant. En s'attachant à rendre compte des transformations de l'intimité et du processus de modernisation de la vie personnelle, il insiste cependant tout particulièrement sur l'influence subversive de cette mutation de l'intime sur l'ensemble des institutions. Comme il l'écrit lui-même, " Un monde social dans lequel l'accomplissement émotionnel aurait remplacé la maximisation de la croissance économique serait très différent de celui que nous connaissons actuellement " . Les femmes sont, selon lui, les instigatrices de cette transformation. En faisant de la " relation pure " - une relation d'égalité sexuelle et émotionnelle - ou encore de l'ethos de l'amour romantique, le moteur d'une révolution dans la sphère intime, elles seraient les vecteurs de cette démocratisation de la vie personnelle, dont les effets ne peuvent que retentir sur l'ensemble des institutions sociales.

En se référant à David Held , Anthony Giddens rapproche donc les principes de la démocratie politique de ceux qui se manifestent dans la sphère privée. Ces principes renvoient essentiellement aux idées d'autonomie, de relations libres et égales, à la capacité des individus d'être " self-reflexive " et autodéterminés, c'est-à-dire en position de délibérer, juger, choisir et suivre différents cours possibles de l'action. Les aspirations démocratiques dans le domaine de la vie privée suggèrent un statut dans l'espace public conforme à l'idéal démocratique.

2. Le souci de préservation du Bien Commun. L'idée d'institution

Dans son essence même dirions-nous, la famille relève d'une conception holiste où l'individu n'est qu'un des éléments d'un ensemble constituant un tout, assigné à une place dans l'ensemble social. Dans cette conception, l'individu n'existe pas en tant que tel mais en tant qu'il est membre d'une famille, c'est-à-dire qu'il appartient à une instance elle-même investie de fonctions au service de la société tout entière. Ces fonctions - de reproduction biologique, de socialisation et de transmission - participant de la reproduction sociale, contribuent au bon fonctionnement de la société et à sa perpétuation. Cet effacement de l'individu derrière l'institution s'opère d'autant plus que, comme ce fut le cas pendant longtemps, hors de la famille, il n'y avait point de salut ans la société. Ainsi, jusque dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle, les mariages reposaient moins sur un lien affectif qu'économique. L'économie familiale traditionnelle imposait une interdépendance mutuelle hors de laquelle il ne pouvait y avoir de survie en termes de résidence, de subsistance ou de sécurité. Cet impératif de la famille était ainsi en phase avec un impératif de la famille pour la société.

De cet accent mis sur la fonction stratégique que la famille assume par rapport à la société, découle logiquement la volonté s'exprimant au sein de cette dernière d'instaurer un contrôle étroit des modes de constitution et de fonctionnement de l'univers privé des individus. Dans cette optique, pour ne prendre qu'un exemple, le mariage est conçu et organisé moins comme la célébration d'un choix propre à deux individus (si tant est que ce choix soit possible) mais comme une inscription convenue dans le groupe social ; il est " ce rituel qui combine le temps individuel et le temps social, une histoire personnelle et l'histoire des autres ". Dans le même esprit, la fécondité, l'établissement des statuts au sein de la famille et l'accompagnement des rôles familiaux, l'économie des relations familiales, la conjugalité comme la filiation, les relations entre générations doivent être étroitement contrôlés par des règles parce que tout ce qui concerne la famille participe finalement de l'ordre social et de l'ordre du monde.

En référence à cette genèse de la famille, à ces éléments fondateurs, qui ne sont jamais très loin quand on nomme la famille, même dans notre monde contemporain, que ce soit pour la célébrer ou la disqualifier précisément au nom de ce qu'elle porte encore de ses origines, quel sens va être donné à cette caractérisation d'une évolution qui serait celle d'une démocratisation de la vie privée fondée sur un processus d'individualisation. L'individualisme est cet état par lequel " l'homme se définit en fonction de lui-même ", il est " sa propre référence " et s'octroie le pouvoir de se donner à lui-même sa loi. Transposé à la question de la famille, l'avènement de l'individualisme signifierait donc que celle-ci n'existerait plus comme institution mais à partir des individus qui la composent et des lois qu'ils se donneraient chacun à eux-mêmes pour la constituer, la faire vivre et, éventuellement la dissoudre. L'existence de la famille et son destin ne dépendraient plus que des aspirations et des choix des individus eux-mêmes.

Si l'on interprète cette conception suivant sa définition la plus pure, il y aurait là une dissociation a priori assumée entre le familial et le sociétal dans la mesure où l'établissement du premier ne se ferait plus en référence à la société et à ses intérêts mais d'abord à partir du désir des individus.

Le souci affirmé est bien celui de la structuration de la société, celui du passage de l'individu au groupe. Le sociologue allemand Norbert Elias nous rappelle effectivement cette vérité simple que la question essentielle est celle de ce processus fondamental par lequel les individus sont unis les uns aux autres par des liens de dépendance réciproque, suivant des procédures complexes, jusqu'à constituer la société. En référence à la logique que nous venons de définir, la famille peut être conçue comme un élément stratégique de ce processus. Même si les diverses sociétés, cultures, idéologies, suivant des contextes historiques, lui accordent une place plus ou moins grande : fondamentale ou accessoire, dans cette optique, la famille est considérée comme une instance d'une utilité vitale.

La préoccupation de structuration de la société est susceptible ainsi de provoquer un renversement de perspective où le problème du rapport de la famille à la Cité conduit à partir de la société et de ses modes de constitution et de structuration pour revenir à la famille et à la place stratégique qu'on aspire ici à lui faire occuper dans ces processus généraux, sociaux et politiques.

Dans ce cadre, la famille ne doit pas être seulement une réalité construite par les individus, elle doit être d'abord instituée par la société et par conséquent, étroitement contrôlée par elle en référence à ce qui est représenté comme étant ses intérêts vitaux

Une telle construction sociale du statut de la famille s'explique effectivement par l'enjeu qu'elle constitue eu égard aux conceptions qu'on peut effectivement avoir des modes d'établissement de la société. C'est ce dont témoignaient les réflexions des grandes figures fondatrices de la sociologie confrontées aux transformations connues par la société du XIXème siècle et aux bouleversements qui en ont découlé du point de vue de sa structuration. Quels que soient les mots qui sont utilisés par les uns et les autres, il s'agissait bien de saisir les effets d'un passage de la communauté (Gemeinschaft) à la société (Gesellschaft) et, éventuellement, de se préoccuper, dans cette mutation, de la fonction que la famille pourrait assumer. L'intérêt qu'Emile Durkheim porte à la famille et la façon dont il l'exprime est exemplaire. Pour lui, " le couple conjugal cesse (...) d'être à lui-même sa propre fin, pour devenir un moyen en vue d'une fin qui lui est supérieure ". La famille est assignée à un rôle essentiel dans le maintien de la cohésion sociale ; elle n'a de sens que précisément rapportée à la préoccupation du sociologue concernant la genèse de la société.

Dans cette approche de la famille resituée en quelque sorte, ce qui est en jeu, et constitue bien un enjeu, c'est l'articulation de l'individu à la société et le rôle que peut jouer ici la famille, c'est-à-dire qu'il s'agit également de l'articulation de la famille à la société.

C'est en ayant à l'esprit ces enjeux et les façons dont ils transparaissent dans les positions affirmées qu'on doit entendre ce que disent les sciences sociales, particulièrement la démographie, la sociologie et le droit, sur les évolutions de la famille au cours des dernières décennies, tant en ce qui concerne les observations rapportées par les chercheurs que les analyses que ces observations leur suggèrent. Le plus souvent, les développements consacrés à la famille par les sciences sociales sont en phase avec l'esprit du temps, dans une relation de réciprocité.

Jusqu'au milieu des années 70, les sciences sociales ont surtout été mobilisées pour rendre compte des transformations de la famille et pour en expliquer les causes, celle-ci étant majoritairement recherchées dans les diverses manifestations d'une " évolution des mœurs " concernant les aspirations des individus à l'égard de l'organisation de leur univers privé, de leurs investissements à l'extérieur de cet univers, la question étant notamment de savoir dans quelle mesure ces investissements étaient auto ou extra-déterminés (par exemple pour ce qui se rapporte à l'engagement croissant des femmes dans une activité professionnelle salariée). C'étaient donc les formes prises par l'entrée dans une nouvelle modernité (celle dite des " sociétés post-industrielles avancées ") des individus en relation avec leur univers privé qui étaient au centre des intérêts des analystes.

Progressivement, ceux-ci ont été pris de vertige : ces transformations de la famille ne remettaient-elles pas en cause dangereusement l'accomplissement de fonctions d'une extrême importance, particulièrement celles concernant les enfants ? N'étaient-elles pas le signe le plus fort d'une remise en question d'une sorte de méta-raison indispensable au bon fonctionnement d'une société et à sa perpétuation. Un moment quelque peu effacé, le lien entre famille et société, était rétabli, le problème de l'articulation entre famille et société progressivement reposé.

Sans qu'il soit possible de prétendre maîtriser tout à fait le rapport de causalité entre la production des idées et les caractéristiques structurelles d'une société, nous pouvons considérer que ce changement de tonalité des analyses a coïncidé avec le retour des inquiétudes sur le " lien social " résultant des mutations économiques en cours, de la " crise de la société salariale ", des désordres sociaux qui en constituent les effets. La famille est redevenue un enjeu comme elle l'était à la suite de la révolution industrielle. Pour certains, les transformations de la famille résultant d'" une brusque rupture dans les mentalités " participent non plus d'une modernité positive mais d'une " dérive culturelle " laquelle est favorisée par " les renoncements du droit ". " Ce qui était prescrit est parfois ridiculisé ; ce qui était interdit au moins toléré ". Finalement, " d'assurée, la famille est devenue " incertaine " ". A travers ces transformations de la famille, ce qui est en jeu pour le démographe ou le sociologue, c'est effectivement " l'existence même de la famille et, indirectement la viabilité de notre société* ". Face à ces menaces suscitant l'angoisse de l'observateur, il importe de procéder à une " restauration de l'institutionnalité ".

C'est précisément cette question de l'institution ou plutôt de la ré-institution qui est de plus en plus au cœur des préoccupations de beaucoup d'analystes. Rien ne l'illustre mieux que ces considérations formulées sur un mode fortement polémique et suivant lesquelles " la désinstitution - la dé-Référence (...) sous ses formes diverses [dont la " désintégration pathologique du noyau œdipien familial "] est l'effet de l'écrasement de la problématique du Père et de l'Interdit ". Le juriste, eu égard à la fonction instituante de la loi, est plus que d'autres prédisposé à s'inquiéter de ce qui se révélerait à travers les incertitudes dans l'organisation de la vie privée comme un affaiblissement de l'institution, même s'il ne s'agit pas forcément de restaurer la famille en tant qu'institution mais " comme lieu de médiation entre l'individu et la société ".

Ces courants doctrinaux témoignent du souci du lien au fondement du social et celui du statut qu'il convient de donner aux modes de constitution et d'organisation de l'univers privé des individus. Le problème posé n'est pas forcément celui d'un retour à la famille traditionnelle. C'est celui de la préservation, du rétablissement, de la redéfinition des références, d'une " Raison ", sans lesquelles une société ne peut exister. La genèse du social se trouve précisément dans la façon dont les individus se voient ou non instituer leurs liens, à commencer par celui de la filiation, à partir de leur univers privé, quelle que soit la forme que prend ce dernier. Les enjeux sont tels que la transformation des comportements privés, même si elle doit être acceptée, ne saurait conduire à livrer ceux-ci à eux-mêmes parce qu'ils concernent pour partie la société dans ce qui la fonde.

3. L'exigence de gestion publique des risques sociaux. L'idée de protection

Les transformations de la famille sont intervenues dans un contexte où, même si elle est soumise à des redéfinitions, la culture du welfare représente un acquis qu'il est difficile de remettre en question (bien que certains s'y emploient). C'est pourquoi une exigence de gestion publique des risques sociaux s'est manifestée avec de plus en plus d'insistance en relation, d'une part avec un retour de la question sociale auquel les pays européens se trouvent confrontés, d'autre part avec l'accroissement des " risques familiaux ", résultant de la " détraditionnalisation " de la famille, en relation éventuellement avec l'accroissement des risques sociaux.

Le retour de la question sociale liée à la " crise de la société salariale s'est manifesté dans les dernières décennies par le rejet du monde du travail pour un nombre croissant d'individus. Ce rejet constitue l'élément initiateur d'une chaîne causale qui part du chômage pour passer par la précarité sociale et apour passer par la précarité socirence à pao quw Roman, Times,Lait donc que cellogies, suivant des idus en relation ; eux-m&et quelque peu eodes de coténfants) s'éspn dont lesfde cette nt ses pe entre trRomanujmeinle est redevr [;sidenc]e;re paragrave; ltionnel " daique d New Romsupation den q;mique et s manifest&UP>* instaiagrave; un Cenfants) s'éconcerncuteant son tion, lnsid&ealid pr&arit&eacu. Cette pluaurer x&ealid pr&s ") des iitution, d'unnucl-ation, lelus en réf&emille ainle est rtions s ") des irc;tre "séts &eas prises parue des rrquoicenfants) s'ée;es pares riêtre mais, serif"> Ces courants doctrinaux témoignent dudes r"Times Nise &sugg&eimes Nens éacute;gg&eimes Nenre oùes aute;gmilials rrquoirupture ave; partir de lruprcexpliquenes soi s&eac, d'une " ôles fam un acquis qu'il est ,Gesellsch; l'engageme;, quelle que soite;e fond&eacuius. Letransfore;e du sUP>*&nbs;traditiotionnecimocratiqcausale qui pmme éillnt le mêceptible d de laction La préoccupation de structuration desuivaciaux. L'idée de protection als rravjoation aadu (de ll e; la sociume pas si se manifestent dansts ne peuvent que retentir sde réales, &asme si ellee donneraienions qfortemeur àconsidut &agranbsp;dinstitue/font> e; l est sravnon-coht memb de fa&cc;cept/font> e; progressé det fauprcesort. l'acents &ec;les pt non pl de las, les transformae sens q6;ur des pr&eacsant det à sa perp&eaave;re publique. Il rapprocda famillu bon socialecirc de lendividus,  : l'circ;me danspt/font> e; ;e avec de plu Nenreitéacutee;e La préoccupation de structuration de roissanten plus au c&# venons de déP>qu'on aspire > Cette fréquence de la dissolution du coupl;f&earelcil est "ple. Celui-e un afont facspirations doit &eci;déur àut itution fl'hypothcute;ment d une sÉsi façoannatéport&ea1892erait donc que celleaau en couples sciencirc; ;traditiolement de l'articulartient &agrciétéIl rapprocpour pas, etc.ivansts ne pcute;l&eae (e d la gmilian< destins un raaa famill enfaallet en celaqui part en de la e unnten plus au c&# venons de d&eaP> aae persores u Cette fréquence de la dissolution du et de social danss enz Schn&ndilug&eac:rfois ridics les iion dssi tant de pluogress&eamêce d New Rom lcoont> e; lacute; deirc;mes. ;voptions arietion -encoolutionst encoracute;pendao propresla recute;. Le isten-e social t de celudesort.tentie; da'Union Eus. Aes dont t&eac au laras foe siét&esprit, lues dans un conteprescri crsolut avec l'accroi;t&eacE en emille aacute;t&eaa-jce aacut mobsemento pincut mobsemen,jce aamanifeste&eute;rents causale qui part ssoialgpogress&eao le- irc;tre "s&sur un "&nbeB> La préoccupation de structuration de lanst encoradont;d&eat les avec &eacutss pares rrmul&ea; soi travereacute;t&eaCont;d&eat lefamiltl'institution ou plutôt dat leons de layau œdgn m&ecirus en nial.Geme,acun &aations de l de la ma&tance, pa sapar lciéon exa es pays mcute;mocramiltve; s'inqui&eacutvlcilmt s manifpao quw Roman, Times,ute; duemes entre "Timeontont>

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e; progress&eaqu'ils snt des iolement de l'articulaen de laew Romre o&ugra convient de s dane ren l'objet d'unehè,e laew Romre o&ugrauna yl, ola soci&eacew Romphèvation, acute;rler, à l'instar d,tpt/font> e; prhangemne renesse ( serif"> En référence à cette gen qui vaciaux. L'idée de protection als rl.individualitllee donnerainvien u En référence à cette gO;rti &at,rdes"s&surs égié &asr;finitions, urelation Timre ,sque constitue; la socu &in'e;motionnelcueil lomes,Lormul&tiona l'ordenauterl sens va senreit&l'indivabsolu,tionsverses [dont la "&n. Enexcul&tvles inil;ons dodque d;es d'auloin quanddomaineur des ieut &ecirav r inquipurave; la famille rfamille "s&surs égdre ce que w Roman, tgèrent un statut daangereuseeciramilttion con&ccedi &al deun fsverses [e partravail poualagidualie entrlest "ple. preiseacute;mère plus au c&#; progress&eaqu'irate;e sug&eacs soc un ction biologT repseale etirupture get s'n passage de l" sociploien&eacs oeo qu qu'la famille et,lschc;ce mè occuperur univers privé, statut daangereusla &'llnt ns te;sidre ce questoriques, lui an, tgep;dinstituels snpn dont lesfde c ssoi'éta opisir et smme &eal ;e avei&eacut la gs d'unehèelle l'individualisme signifores uctive" cl& relation, mêceeacuteep;criseme si les diversesest sravt genèse du socialrganisi&surstôt;me si les diverses è nbspsagrahoix propre c;ce doriques, grave;se dconcs coms enjeux ropre c;ce est eruprcexuperle rejet lntrute;b &ecirh&egrmobi lomes,L; pargras qu'rh&egrmsxupercil es pasers ccut doriques,pionnel r&eae comme un ei;cl& nbsp;la dgrave;re p " crisn couubston serif"> De cet accent mis sur la fonction stratédinstituenfaallet en celaus d';finir, la fansformagrave; è,ea fansformagraveace plue diff& tgevmme instin, pour devenir uemier ne t av;voptionsdont e;ment celincomations d lomes,El ;e avmme iacute;v;vobr et sciauec leur eur amie dèmedapport de la feacuteecnveloppements aee;e

C'est précisément cette question demmunac;ce&i P> en queues e laalt ". "&ualitlleon. Les aspirationlle ain da'Union Eave; l de cette mutation de eiescri s scirsolua famille as l)>qu'on aspire ions;cl& nbsp;ldes " ort de la feacuta; soiecirc;me det de l'articulatl'institution ou plut&oci&nbsansformagraveace plue diff& tualit ;oeo qu ue Marie-T s "rcute;ment dMar dort-K &inon dontes grandes figugette optique,eur sont e;pcu luesvnt falaras foes "rcufamille etci&eac appeler ave; partir de privé, e; mobilisées ans la soc mobilifnstidprot,,eur sontté questiont don'Union Eavière. st on soci lcoont> eisl transnt). C 1de plu;r exedefnt ses xonvient dees, serif"> P!-- #EndEdTimre c-- GesC'es!-- #BeginEdTimre c"TareP &eac"c-- P!-- #EndEdTimre c-- esCCENTER>eselesel imre cwidth="100%" ;t&eer="0"&eal al ding="0"&eal padding="0"&bgc lur="#CCCCCC">esel ir Geselel id&bgc lur="#403970" Geselel els!-- #BeginEdTimre c"navig%20bau"c-- Pa href="#"ramMecieOut="MM_swapImgRes gre()"ramMecieOver="MM_swapImacu('Imacu31','','../../cute;vcs/gau qu2.gif',1)"ramClick="MM_swapImgRes gre()">eselel /td>esel /ir esel simre esel !-- #BeginEdTimre c"copyright"c-- Pt pr&sizute-1"éAr autrHelve deapeut -te ques©GeselelRéses pves ét).Dle asqu'SacuétéTimes, se!-- #EndEdTimre c-- P!-- eS en v3.1-- esCsp;; i typute /jsvnsp;; i""> P!-- vur _UJS=0; //-- esC/sp;; i esCsp;; i typute /jsvnsp;; i" src="http://rme . m.eac/js/m.js"> P!-- if(_UJS) _ m('609009168568','DOCUMENTS','REDS'); //-- esC/sp;; i esCnosp;; i esCa href="http:// retes. m.eac/">es sCENTER>esL/BODY"> P!-- #EndTal cet c--