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Réflexion philosophique et juridique
sur la décision dans des situations complexes

Thomas MASTRONARDI

 


Conférance tenue au congrès AE-MCX à Aix-en-Provence du 4 et 5 juillet 1996 sur la décision juridique en situation complexe, atelier n° 11 - Réseau Européen Droit et Société. Tous les droits d'auteur, copyrights, juillet l996 chez: Thomas F. Mastronardi, Grauholzstrasse 54, CH-3063 Ittigen-Beme / Suisse.
Tél: ++41 31 921 72 58, fax: ++41 31 921 13 40.

 

1 . Une décision est un jugement. Elle tranche une situation. Avant la décision la réalité est autre qu'après la décision- Les décisions et les jugements sont existentielles. Ce sont des actes qui change le monde. Par la décision d'accepter une situation comme réelle on change le monde dans lequel on vit et si on a du pouvoir, on change le monde des autres.

2. Il y a trois types de décision. Par la première le monde est changé par la décision, par la seconde il faut en dessus de la décision un acte de réalisation et par la troisième on constate une réalité comme fait. Si je me décide en tant que juge de croire au témoin que la personne inculpé était le soir du crime à St. Tropez, je change par cette décision la réalité. Il va de même si je crois l'autre témoin qui dit, qu'il a vu la personne inculpé le même soir à Malaga- Si suite à ces décisions sur les faits je décide en tant que juge que la personne incriminé est coupable ou non coupable, je change la réalité par cette décision, pas seulement pour moi, mais pour l'inculpé et pour la société tout entière-

3. Une autre forme de décision est celle que je prends quand je dis- "Je vais manger cette poire." Par cette décision la poire n'est pas encore mangée, je dois réaliser l'acte après la décision. C'est à dire je dois réaliser ma décision dans la réalité. La troisième forme de décision consiste par exemple dans la constatation-. "Cette neige est blanche"

4- Austine a fait la distinction logique, que par la suite Habermas a repris, entre des actes linguisitiques locutifs à lor-utifs et per locutif. C'est à dire des actes qui constatent, qui changent une réalité ou qui donnent une ordonnance pour réaliser quelques choses.

5. Mais déjà Aristote et dans la suite Thomas d'Aquin ont pensé sur la nécessité existentielle et même essentielle de la décision et du jugement. Toute la métaphysique d'Aristote et de Thomas d'Aquin se base sur le jugement d'existence sur la décision que "ceci est". Par le jugement "ceci est" nous attribuons de la réalité à ce que nous croyons que soit la réalité. Toute la philosophie d'Aristote se base donc d'un côté sur l'expérience du réelle et de l'autre côté sur le jugement sur cette réalité, sur le jugement d'existence, le jugement de réalité qui est en effet une décision sur ce qu'on croit être la réalité. Le jugement et la décision sont donc à la base de la philosophie greque, de la philosophie médiaval avec Thomas d'Aquin et de la philosophie moderne avec son orientation sur la linguistique.

6. A la base le jugement et la décision sur la réalité, le jugement d'existence, "ceci est" est donc toujours une opération tout à fait simple, même le jugement sur des circonstances et des situations extrêment confuses, difficiles, complexes et contradictoires est toujours un jugement binnaire. C'est toujours oui ou non. C'est toujours cette réalité existe ou elle n'existe pas. Henri est à St. Tropez ou il ne l'est pas. Il est coupable ou il n'est pas coupable. Il existe ou Il n'existe pas. Il ment ou il dit la vérité.

7. Il va de même dans l'économie moderne. Si vous avez une entreprise avec des pertes avec différentes usines dans différents pays dans l'Europe et dans les Etats Unis, vous avez une situation très complexe. Mais la décision le jugement est toujours simple. Ou bien vous fermez l'usine aux Etats-Unis ou vous la vendez, dest à dire vous partagez le problème et vous vous dites les plus grandes pertes sont aux Etats- Unis alors dans un premier pas on resou le problème aux Etats-Unis. Mais après analyses vous pouvez peut-être constater que cela ne suffit pas et vous devez liquider l'entreprise en Suisse avec toutes les entreprises européennes ou bien fusioner avec une plus grande et plus riche companie, mais du point de vue de la décision ce sont toujours des décisions oui ou non. Oui je ferme l'usine, non je continue. Il n'y donc pas au sens fort du mot des décisions complexes. Il y a toujours seulement des décisions binaires simples dans des situations complexes.

8. La complexité n'est donc pas au niveau de la décision, mais au niveau de la situation, il y des situations simples, moins simples, contradictoires, complexes et hypercomplexes. Mais toutes les décisions prises dans toutes ces situations différentes sont toujours simples. Mais d'une extrême importance, parce qu'elles changent la situation réelle d'une personne ou de milliers de personnes ou d'une société même, par exemple, quand il s'agit de faire une guerre. La décision donc dans sa nature et tranchante, c'est à dire binaire, c'est à dire clair. Ce qui n'est souvent pas du tout le cas pour les situations dans lesquelles et sur lesquelles nous devons nous décider et la même chose va de soi sur les normes que nous devons ou voulons appliquer, les normes de droit, les normes morales ou éthiques.

9. Avant la décision qui reste toujours simple, il y a l'analyse qui doit être très minutieux dans une situation très complexe et après il y a la motivation qui doit aussi être très raffinée. La plupart des situations à décider sont très complexes et le plus souvent on dit spécialement en matière juridique que la motivation du jugement, de la décision du juge est le fondement de la décision ce qui n'est dans la plus grande partie de tous les cas pas vrai. C'est plutôt l'inverse- On regarde en matière juridique le cas, c'est à dire les faits, les personnes, les constellations on fait deux ou trois jugements ou décisions hypothétiques et on regarde vite ou moins vite les motivations possibles pour les décisions divergentes, puis on se décide, après une analyse de la situation et une analyse des conséquences pour un des différents jugements possibles. La motivation du jugement vient donc après le jugement, après la décision. C'est seulement après la décision qu'on présente cette décision comme l'unique possible décision dans cette situation, même quand on sait, et on le sait toujours, qu'il y a beaucoup de différentes décisions possibles et bien motivables. C'est à dire toute décision se basant sur une situation très complexe, peut-être motivé après la décision d'une manière tout à fait nationale soit dans le système éthique, morale, religieux, juridique, politique ou sociale. On trouve pour toutes les décisions des arguments nationales. Ce qui semble donc dans un jugement juridique d'un tribunal comme la base de la décision, c'est à dire les motifs du jugement, n'est pas la base du jugement rnais est l'explication nationale, la légitimation d'un jugement, de la décision qui c'est prise de toute autre manière, car notre système morale et juridique avec ses principes contradictoires permet de tout motiver. Dans toutes situations on peut aussi se décider d'une autre manière même pour le contraire et puis on peut très bien motiver ce jugement d'une façon systémique, nationale, logique.

10.Si la décision d'une manière est simple et la motivation de la décision est volontère on peut bien se demander, si toutes les décisions ne sont pas arbitraires, surtout quand il s'agit de décisions dites complexes, parce que plus que la situation est complexe, plus c'est facile de trouver des arguments pour toutes sortes de décision contradictoire.

Il.Plus que la situation est complexe, moins le jugement ou la décision est néoessaire et plus elle est aléatoire, instictif, arbitraire. Parce que dans les situations tout à fait simple, quand Henri se trouve trois jours dans le désert du Sahara sans avoir bu et arrive à une oase avec de l'eau propre, sa décision est tout à fait simple et néoessaire et unique, il va boire pour ne pas mourir de soif.

12. Mais si Henri doit se décider s'il veut se divorcer, s'il veut vivre un ménage à trois ouvert ou clandestin ou s'il veut seulement se séparer et vivre avec sa nouvelle amie, sa décision n'est pas évidente et plus du tout nécessaire mais de toute façon elle va changer complètement sa vie. Henri aura toujours des bons arguments pour toutes les décisions qu'il a prises, des arguments nationales, morales juridiques, éthiques, même religieux, mais ses arguments peuvent être utilisé pour toutes les décisions différentes qu'il peut prendre dans cette situation. Alors c'est donc ni le droit, ni la morale, ni l'éthique, ni la religion qui donne le fondement pour une décision, dans une situation complexe.

13. Si donc la décision est toujours simple et binaire, et si la motivation de la décision n'est pas la raison pour laquelle on a fait cette décision mais seulement la légitimation rational de cette décision il faut voir ce qui influence la décision.

14. Il est clair que dans des situation complexe, contratictoire ou hypercomplexe, l'analyse de la situation est d'une extrême importance, de même l'analyse des intérêts divergents, contradictoires. Il faut aussi analyser les différents principes, morales, éthiques, juridiques, religieux qui peuvent entrer en vigueur. Essentiel est aussi le temps qu'on a pour une décision. Très souvent dans les situations très complexes on a -presque pas de temps et il faut prendre une décision qui change le tout. Dans cette situation on va analyser le mieux que possible les différents issues, suivant les différents jugements ou décisions qu'on peut prendre. On va peser les intérêts différents. On va aussi peser les différents principes de droit, l'un envers l'autre. On va faire des arguments antithétique, dialectique, circulaire, des arguments exponentiels, des arguments linéaires, latérales ou paradoxes, on va discuter la situation avec, si possible, tous les gens concernés ou les gens mandatés par les concernés, on va hypothétiquement intellectuellement voir comment se peuvent motiver les différentes décisions possibles, qui s'excluent les uns les autres et qui sont très souvent contradictoires, par des règles juridiques, éthiques, morales, sociales, etc. et on va aussi cosidérer la question du pouvoir. Mais il n'y a pas de solutions ou de règles ou d'ancres, il n'y a pas de fondement sur laquelle on pourrait se baser et dire à cause de sa et de sa, c'est nécessaire, c'est juste, dest absolument clair il faut prendre cette décision ou la décision contraire. Si on a le temps de faire toute l'analyse de la situation des principes en vigueur et de peser touts les intérês on va dormir une ou deux fois ou même une ou deux semaines sur cette décision complexe à prendre et on va la prendre selon une conviction qui vient de plus en plus clair en mesurant les différents issues, en pesant les différents principes, en regardant les rapports sur les faits des différents experts, mais la décision elle-même sera prise d'une manière plus ou moins irrationales. C'est à dire il n'y a pas de méthode pour arriver à une décision dans des situations complexes. Il n'y pas de règles qu'on peut suivre pour savoir ce qui est juste ou qui n'est pas juste dans une situation complexe. Certe, après avoir pris la décision on peut très bien, si on a bien analysé la situation et les principes, rationaliser, motiver cette décision et la faire paraître comme une décision nationale, juridique, éthique, morale, même religieuse. Mais le procesus de prendre des décision est un procesus se basant sur l'expérience des faits, se basant sur l'analyse des faits en pesant toutes les principes qui peuvent entrer en vigueur mais reste toujours dans son fondement une décision intuitive, irrationale, mais qui peut se légitimer rationalement.

15. Donc pour prendre des décisions dans des situations complexes, il faut analyser, peser la situation, les principes qu'on peut appliquer à cette situation, on peut et on doit dialoguiser avec les gens intéressés et les gens concernés mais on décidera toujours selon sa propre expérience, sa propre idéologie, morale, éthique, religion, sa propre base mentale qu'on peut cette rationaliser, mais qui a toujours un reste d'irrationale.

16. Toute décision dans des situations complexes est aussi hautement influencé par la situation de pouvoir qui existe dans cette situation, dans cette société, dans cette partie du monde ou entre les personnes qui doivent se décider. Il y a souvent des situations de pouvoir tel qu'une décision qu'on voudrait bien prendre n'est pas du tout réalisable dans le contexte politique, dans le contexte du pouvoir, parceque la décision n'a aucune chance de réalisation. C'est donc aussi le principe de réalité, de practicabilité, qu'il faut toujours avoir en vue quand on prend des décisions dans des situations complexes.

17- Il est clair que les principes de fairness, de transparence, de vérité, d'égalité, de proportionalité, de fraternité, de liberté, de santé, du sociale, de la découverte des vrais intérêts, de l'amour d'amitié envers les autres sont des principes qui entrent en vigueur dans des situations complexes pour prendre les décisions.

18. Il est aussi claire que les buts sont: d'atteindre une solution, d'atteindre la paix une certaine vitesse de décision, l'efficacité, l'efficience et un prix acceptable.

19. Parmi les méthodes qui peuvent aider dans une situation complexe pour trouver une décision, il y a l'analyse, la dialectique, les visions, le peser des principes, la méditation et la contemplation des problèmes, il faut regarder les préférences, évaluer les diverses possibilités pour le futur, faire des plans de partage divers, découvrir les émotions irrationales chez les parties, découvrir les intérêts réelles et partager l'orange de la façon que l'un puisse fair du parfum de l'écorce et l'autre puisse la manger solon les intérêts différents.

20- Il faut aussi éviter des stratégies de nuisance. Il ne faut pas se perdre dans le détail et il ne faut pas avoir l'angoisse de ne pas réussir-

21. Mais tout ça ne va pas nous mener à une décision. Tout ça va simplement préparer la décision. Elle va être préparer plus ou moins bien avec plus ou moins de fairness, mais la décision elle-même va être prise intuitivement dans la bonne foi d'avoir pesé touts les aurguments d'avoir analysé toute la situation et d'avoir tranché la situation dans un délai donné.

22. Il y a donc toujours la possibilité de l'erreur, de la faillite, de la mauvaise décision, même si toute la situation est analysée et touts les principes sont bien pesés, même si la décision et très bien motivée après la décision, l'avenir @ prouver que la décision était fausse, qu'on aurait du liquider non seulement l'usine aux Etats-Unis mais aussi celle en Suisse qu'on aurait du plus rapidement se divorcer, que le témoin sur lequel on s'est basé était un menteur. Il n'y a pas de certidude dans des décisions, dans des situations complexes. On peut toujours être désavoué par le futur et on est toujours plus intelligent après.

23. Il n'y a donc pas de conclusions, pas de règles, pas de recettes pour les décisions dans les situations complexes. Chaque décision en fin de compte est personnelle, individuelle, même si elle se base sur un discour habermasien. Elle reste dans la situation de la "vie de tous les jours" ("Lebenswelt"), dans des notions qui ne sont pas réflectés. Elle a toujours un grand pourcentage d' irrationalité et reste donc toujours, même si elle est creusé très longuement et très profondémment dans un certain sens volontaire et alléatoire. Tout dépend finalement du point de vue finale de la personne qui peut prendre la décision et qui a le pouvoir de prendre la décision. Tout dépend aussi de la bonne foie et de l'amour, d'amitié envers les concernés de cette personne ou de cette institution qui prend ces décisions dans les situations complexes. Ce sont donc finalement jamais des décisions scientifique dans le terme des sciences exactes. Une décision est toujours en grande partie irrationale, émotionale, dirigée par les traditions de la société et les convictions de la personne qui va prendre la décision et donc il n'y a pas de solutions nationales de méthodes nationales ou de principes nationales qui vont nous expliquer comment prendre des décisions dans des situations complexes. Nous pouvons seulement essayer et nous donner de la peine de faire ces décisions dans la plus honnête vue des faits et des principes qui sont en vue et qui sont applicables à cette situation.

24. Dans toute décision dans des situations complexe, il y a donc toujours un élément volontaire, irrationaie, visionaire.

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