Opinions...

Droit & Société N° 9/1988

Paul AMSELEK, Science et déterminisme. Ethique et liberté. Essai sur une fausse antinomie, Paris, PUF, 1988, 164 p. Avant-propos de Georges Vedel. Préface de Jean Hamburger.

Liberté de l’âme humaine ou liberté de l’individu ?

Ce petit livre au style alerte, au langage simple et didactique, paru dans la collection Questions du grand éditeur parisien, ce petit livre au double titre et sous-titré, et deux fois présenté par des personnages prestigieux, comme si l’auteur avait besoin de s’appuyer sur des autorités, qui se douterait qu’il est celui d’un juriste – et d’un juriste éminent, le directeur actuel du Centre de Philosophie du Droit de l’Université de Paris II ? Nous autres connaissons bien Paul Amselek, qui s’est imposé, depuis près d’un quart de siècle, comme l’importateur de la phénoménologie dans la philosophie du droit, et savons que s’il a demandé à Jean Hamburger et à Georges Vedel d’écrire quelques pages liminaires, c’était, dans le premier cas, pour témoigner d’une volonté de controverse et, dans le second, pour se faire un petit plaisir. Tout cela n’ajoute quasiment rien à la qualité du livre.

Pour le lecteur bien informé, rien d’étonnant dans le fait que l’auteur ait pris pour objet d’étude – et pour cible – la fausse antinomie par laquelle on oppose couramment le concept de déterminisme dont use volontiers l’homme de science, à celui de liberté. Discours d’un philosophe ou d’un juriste ? Fausse question. La philosophie du droit de Paul Amselek est une philosophie spécialisée dans le domaine des relations juridiques. Comme le fait remarquer G.Vedel, « la liberté ou... faculté d’autodétermination de toute personne humaine est le présupposé inévitable de tout ordre normatif » (p.5). De plus, l’auteur a placé, au centre du débat, un mot ambigu, celui de « loi ». Il part en guerre contre l’« assimilation subreptice des lois scientifiques à des lois éthiques de type juridique », assimilation « omniprésente dans le discours scientifique et philosophique », qui en vient à « corrompre la réflexion et le discours que le savant développe à partir des résultats de son travail », et qui constitue « une source de faux problèmes » (pp.74-75). On notera, à ce propos, chez l’auteur, un souci constant de rigueur. Son livre abonde de définitions ; mais l’auteur ne se lasse jamais – exemple que devrait suivre tout chercheur – de définir les concepts qu’il utilise. Ainsi trouve-t-on des définitions d’ordre général : la liberté, « c’est – et c’est uniquement – avoir des comportements correspondant à des impulsions de la volonté, à une « libération » de desseins intérieurs » (p.137), mais aussi des distinctions utiles, comme lorsqu’il prend soin de préciser la différence qui existe entre probabilisme et déterminisme (p.59-60).

L’auteur nous fournit un certain nombre de clefs pour entrer dans sa réflexion. Que l’antinomie entre déterminisme et liberté – telle qu’il l’a définie – ne tient qu’à une « confusion anthropomorphique sournoise et tenace... du statut épistémologique du monde et du statut ontologique de l’homme » (p.34) ; que « l’ordre ou la « nécessité » du monde n’est que l’image que nous renvoient nos propres calculs, la rationalité que nous développons à son endroit » (p.50) ; ou encore que « la liberté ou libre-arbitre est un attribut de la structure ontologique de l’être humain » (p.150) ; que « les lois, les régularités, l’ordre que nous croyons « voir » dans le monde, nous ne les y voyons jamais que dans notre esprit, au travers de nos vues mentales systématiques ou théories » (p.151) ; que l’idée même d’incompatibilité de principe entre éthique et science est mystificatrice (p.156).

Mais qu’est-ce qui fait donc que la lecture de ce livre me laisse constamment concordans discordans, alors qu’on n’en trouve partout que des éloges – bien mérités au demeurant – sans réserve ? On ne peut que rallier bien des vues fondamentales de Paul Amselek.

Plein accord sur la critique renouvelée du jusnaturalisme, et des deux juspositivismes, le positivisme sociologique et le positivisme juridique ou normativisme.

Accord de principe sur le fait que la notion de déterminisme se rapporte à « la connaissabilité du monde, à la possibilité pour l’esprit humain de le soumettre à un traitement scientifique » (p.34), alors que l’auteur de l’Avant-propos déclare que les développements sur le statut épistémologique du monde le laissent sur sa faim (p.11). Et il est vrai, en un certain sens, comme il le souligne, que la science « a prise sur un réel qui n’est pas moins réel que mon intériorité ». Toutefois, je rallierai plutôt l’argumentation d’Amselek. Celle de Vedel, qui donne un exemple de ce qu’il pense être un champ ouvert au déterminisme en droit (pp.7-8), me paraît relever plutôt de l’incitation, qui ne concerne nullement le déterminisme, mais l’exercice pratique d’une liberté à l’intérieur d’une alternative. Dira-t-on que le Code pénal attente à la liberté et introduit le déterminisme en droit ? Pourtant, il ne laisse guère plus de choix que dans l’exemple proposé. Pas plus dans un cas que dans l’autre, il n’y a d’atteinte au principe de la liberté.

Accord sur l’illusion transcendantale qui fait assimiler le statut épistémologique du monde à un statut ontologique, avec tout un arrière-plan de projections anthropomorphiques (pp.71 sq.). A ceci près, toutefois, que l’extension au domaine historique du raisonnement sur les « régularités occurrentielles » (pp.42-44), paraît aléatoire : elle suppose l’adhésion au postulat de l’existence de telles régularités dans l’histoire. Et le chercheur connaît bien les risques d’actualisme et d’uniformalisme qui découlent d’une adhésion à de telles prémisses. Pour le reste, on regrettera seulement le nombre de références à Claude Bernard : c’est une cible assez facile, les scientifiques ayant aujourd’hui renoncé, dans l’ensemble, comme le rappelle en filigrane le préfacier, à le considérer comme une autorité.

Et puisqu’on vient d’évoquer la Préface, on ressent un certain malaise en la lisant. A première vue, il semble qu’il n’y ait pas vraiment désaccord entre l’auteur et Jean Hamburger, qu’il a choisi comme contradicteur. L’auteur de l’Avant-propos comme celui de la Préface le contestent, pour leur part, en des termes auxquels on ne peut, semble-t-il, que se rallier. Mais, dans le même temps, on se dit que Paul Amselek a bien fait de choisir de controverser avec Jean Hamburger, car il est vrai que ce dernier est parfaitement représentatif de ce que l’auteur nomme « l’illusion transcendantale », et de ses conséquences, illusion inconsciemment véhiculée, en toute bonne conscience, par la « communauté » scientifique. Le fait même qu’il persiste à ne pas apercevoir le jeu de cette illusion dans les propos qu’il développe en tête de l’ouvrage – et qui en sont pourtant imprégnés – en dit long sur l’emprise de cette illusion mystificatrice.

Ce qui pourrait déranger par-dessus tout, dans cet ouvrage – mais c’est une remarque commune à tout écrit qui livre une thèse – c’est qu’il faut d’abord accepter les prémisses. Le « sentiment d’être libres et responsables de nos faits et gestes », est-il vrai qu’il soit le fruit de « notre expérience quotidienne », et qu’il s’impose à nous « de manière spontanée et indiscutable » (pp.23-24) ? Paul Amselek raisonne dans l’absolu. Mais le droit est-il le siège de l’absolu ou du ponctuel ? La philosophie du droit ne se nie-t-elle pas en tant que telle si elle se résout en propos philosophiques détachés des relations juridiques, c’est-à-dire des contraintes, des stéréotypes et des déterminismes sociaux qui altèrent parfois jusqu’à la conscience de la liberté individuelle ?

Lorsqu’il parle du « sens commun et (d)es données immédiates et naïves de notre intuition au quotidien » (p.34), le notre vise les intellectuels. Lorsqu’il parle de l’idée de liberté comme d’une « particularité fondamentale de la structure ontologique de l’homme, l’existence évidente chez l’être humain d’une faculté ou fonction psychique spécifique, la faculté de s’autodéterminer, de fixer lui-même ses propres comportements, de se gouverner, de se conduire » (p.34), cela vise-t-il les personnes sous-alimentées, qui traînent dans les halls de gare dans l’espoir de trouver un bol de soupe ou un lit pour un soir, en attendant la mort ? Il répondra qu’il ne lui appartenait pas, dans ce livre, de traiter des conditions économiques qui ravalent l’homme au rang de simple vertébré, de l’environnement politique, économique, social, d’où découle trop souvent une perte de dignité humaine – laquelle est parfois la condition même de l’existence d’un ordre (généralement qualifié de nouveau). De cela, il aurait traité dans un ouvrage de réflexion sur le pouvoir et la force. Mais il reste que la question de la liberté demeure posée : peut-on dire que se sent libre l’être humain qui naît ou vit dans des conditions matérielles excluant tout indéterminisme ? Pour vouloir, ne faut-il pas d’abord être en mesure de vouloir, pouvoir avoir conscience ? Au delà d’une question d’exercice de la volonté, l’environnement ne touche-t-il pas au principe de la volition ?

Quand l’auteur dit que « l’idée même de conduite humaine... implique une représentation de la personne humaine comme véhicule en mouvement », ne peut-on répliquer que c’est non la conduite, mais la qualification d’humaine qui fait que cette « conduite humaine » implique... etc. Alors de s’interroger sur les conditions dans lesquelles on peut appliquer ce qualificatif à une conduite ? Lorsqu’on est en présence d’un bipède, abstraitement, et en dehors de toute contingence ? Ou seulement lorsque les conditions du développement spécifiquement humain de ce bipède sont réunies ?

Revenons, enfin, sur la définition qu’il donne de la liberté : « être libre, c’est – et c’est uniquement – avoir des comportements correspondant à des impulsions de la volonté, à une « libération » de desseins intérieurs » (p.137). Je vois en contrepoint surgir trois éventualités : que les comportements peuvent ne pas correspondre à des impulsions de la volonté, qu’ils peuvent correspondre à des impulsions qui ne sont pas celles de la volonté, et aussi que la volonté peut être conditionnée non dans son exercice, mais dans son être même. Il ne suffit pas de déclarer qu’on se trouve alors devant une simple « modalité particulière d’exercice de mon pouvoir d’autodétermination » pour conjurer le sort (p.142). Il y a des êtres humains placés dans de telles conditions politiques, économiques, sociales, que leur état ne peut être simplement ramené à un constat pathologique ou à une névrose.

Je crains que la réflexion que nous livre Amselek ne soit une contribution supplémentaire à l’opération lénifiante qui consiste à endormir les consciences en leur répétant que l’homme est libre absolument, et qu’il n’y a rien à espérer dans le changement (politique ou économique) de leur sort. Pourquoi donc le droit de la responsabilité pénale s’est-il, dans les pays que nous reconnaissons comme les plus « avancés », écarté progressivement de l’idée d’un libre arbitre pur et dur ? Notre XIXe siècle avait-il raison dans son intransigeance à l’égard des délinquants, et ferons-nous, sur ce point, machine arrière ?

Mais ces réflexions ne seront-elles pas jugées déplacées ? Le critique se sent ici en porte-à-faux ? On s’acharne à raisonner en termes de philosophie du droit. Or, Paul Amselek est avant tout, comme il se définit lui-même, un philosophe de l’éthique. Et il ne faut pas oublier que ce livre, comme l’indique une partie du titre, est une réflexion sur « éthique et liberté ». En tant que dissertation philosophique, il est parfois gênant de trouver, dans ce livre, une argumentation liée d’aussi près aux évidences. Entre ce qui est « cousu de fil blanc » et ce qui « crève les yeux », on trouve des passages qui reposent tout entiers sur des constats d’évidences ou de fausses évidences (pp.99 sq.). Certaines affirmations, de ce point de vue, offrent le flanc à la contestation. A vouloir ranger dans la catégorie des questions impropres celle qui consiste à se demander si la volonté humaine est libre ou non, sous le seul prétexte que cette question n’a pas de sens et n’appelle aucune réponse sensée, l’auteur tire un trait un peu rapide sur les enseignements de Marx ou de Freud (p.122 p.ex.) auxquels, d’ailleurs, il accordera un regard plus loin.

Au nombre des arguments qu’il expose à ce propos, on pourrait se demander si les développements attachés à l’argument «« La volonté n’est pas libre » parce qu’elle est prévisible », ne concerneraient pas plutôt le thème « La volonté n’est pas entièrement libre parce qu’elle est largement conditionnée » (p.131 sq. et voir les arguments visés p.141 en partie, sous le troisième argument, de la « volonté mue par des motifs », ou conditionnement finaliste). Quand il déclare « nos relations sociales... se trouveraient complètement bouleversées si nous n’avions absolument aucune latitude d’anticiper sur notre propre conduite face à certaines situations, et surtout sur le vouloir et la conduite d’autrui », est-il donc insensible à ce désarroi général qui tient au fait que les relations sociales se trouvent précisément de plus en plus bouleversées parce que cette latitude n’existe pas dans des cas de plus en plus nombreux – ce qu’on nomme de tout temps le monde en crise ? Quand il se demande « que serait, par exemple, la vie économique sans tous les calculs, anticipations et jeux d’influences qui la sous-tendent constamment ? », se fait-il sourd aux autocritiques des économistes, désemparés devant l’échec de leurs prévisions, de leurs calculs, de leurs modèles de décision ?

Il serait injuste de croire que Paul Amselek n’est pas parfaitement conscient de tout cela. On sait bien qu’il a voulu surtout montrer que l’exercice de notre faculté d’autodétermination est passible d’un traitement « scientifique », de l’établissement par notre esprit de ratios ou rapports avec les données du contexte. Par ailleurs, il écrit quelque part : « notre action n’est pas purement éthérée ». Il le dit, mais le conçoit à la manière d’un intellectuel, qui parle et écrit depuis un pays nanti, loin de la misère et de l’abandon où se trouvent plongés, au quotidien, tant de gens de par le monde, jusqu’à faire d’eux des sous-hommes. Nous en sommes tous là, mais certains ont moins bonne conscience que d’autres. C’est chez ceux-là que le livre de Paul Amselek stimule le plus la réflexion, qui est d’abord contestation.

André-Jean ARNAUD

Les aléas de la liberté

Paul Amselek publie sous ce titre qui regroupe un carré de concepts majeurs de la philosophie générale, un essai à tous égards passionnant. Il ne faut pas être grand clerc pour deviner que cet ouvrage fera du bruit lorsque tous les passionnés de philosophie générale, sociale et juridique auront été incités à dépasser un réflexe d’hésitation qui pourrait bien être provoqué par ce titre un peu déroutant. Le traitement privilégie surtout l’un des côtés du carré et traite avec détermination, sans esquive, l’antinomie qui oppose le déterminisme à la liberté. L’auteur fait front, sans complexe, en tant qu’épistémologue de l’éthique. Il dialogue avec certains philosophes des sciences et épistémologues bien connus, plus particulièrement avec l’Académicien Jean Hamburger, auteur de la préface. La philosophie de l’éthique (et du droit) renouvelle ainsi sa contribution à un vieux débat jamais vraiment dépassé. L’auteur renoue avec une tradition que l’on avait presque oubliée, celle qui avait cours lorsque la théorie de la connaissance nomologique parlait haut dans le concert des épistémologues généraux. L’un des derniers grands essais de cette tradition fut probablement le remarquable ouvrage d’André Lalande, La raison et les normes, Paris, 1948. Déterminisme versus liberté ; la philosophie de l’éthique et du droit peut-elle apporter une contribution utile ? Le livre démontre que la théorie des normes n’est pas une discipline fossile. On peut résumer en disant que l’auteur n’a pas peur de la « science ». Il ne lui oppose pas non plus un démenti passéiste et ne plaide pas, à l’instar de certains, pour un retour aux « vérités » classiques de la philosophie traditionaliste ou libérale.

Pour Amselek, l’expérience phénoménologique de la liberté est une évidence que l’on veut cacher depuis la nuit des temps. Or, la possibilité de l’exercice du libre arbitre crève les yeux, journellement : « La liberté ou libre arbitre est un attribut de la structure ontologique de l’être humain : elle correspond à l’étonnante faculté psychique, dont ce dernier se trouve doté, de s’autodéterminer, de s’autoconduire, d’initier les comportements de sa personne... » (p. 149). L’auteur, – et c’est la thèse centrale, – défend l’idée que cette aptitude n’est pas une fiction. Ce faisant, il coalise contre lui un camp formidable qui, limité aux modernes, regroupe au moins les tenants des philosophies structuralistes et marxistes, pour ne pas parler de disciplines entières qui sont fondées sur des explications déterministes et « causalistes » des comportements humains (en sciences sociales et en psychologie). Il rappelle, à l’encontre de toutes ces théories, que la faculté d’influer concrètement sur les comportements par le recours à la menace de sanctions ou par la promesse d’une récompense, constitue un ressort des plus classiques toujours contrôlé par l’expérience (concernant la récupération de ce mécanisme élémentaire par la théorie du droit, cf. la référence à la théorie Kelsenienne p. 133). Est-il seulement pensable que ce qui fait fonctionner les ordres sociaux et juridiques ne soit qu’une chimère ? Si la mécanique est souvent efficace est-il sage de présumer que son ressort est cassé ?

On trouvera encore des précisions bien venues concernant certains concepts de base de la théorie générale du droit et des définitions exprimées dans un langage qui respecte les traditions juridiques et philosophiques. Cette double perspective sera appréciée par les enseignants qui sont toujours en quête de ce type de prise de position à la fois engagée et précise. Il faut mentionner plus particulièrement les développements qui concernent la notion de « règle » (pp. 42, 53, 94, 114, 159), de « loi » (pp. 55, 70, 114), de « science du droit » (pp. 75, 76), de « droit positif » (p. 89), d’« éthique » (pp. 100, 105, 114), de « liberté » (p. 149), de « volonté » (p. 122), de « responsabilité » (p. 112), etc. etc.

Le concept de liberté n’a, malgré toutes les agressions dont il a fait l’objet, jamais cessé d’être utilisé par les juristes. Ils l’emploient, à notre époque, avec une certaine mauvaise conscience, comme chaque fois – et c’est très souvent – qu’ils mobilisent une fiction. L’ouvrage rétablit une correspondance entre la notion de liberté et son expérience concrète. Ce plaidoyer en faveur de la liberté procède donc d’un souci de « réalisme », étayé au moyen de solides bases philosophiques... Curieux retour des choses à une époque où les sociologues du droit (ou certains métaphysiciens abusivement classés parmi les sociologues) redécouvrent l’autonomie (ou l’« autoreproduction ») de la sphère juridique. Il faudrait cependant poursuivre ce débat avec d’autres interlocuteurs, notamment avec certains épistémologues-sociologues. A défaut, une critique sévère ne va pas manquer de poindre ; celle qui consiste à dénoncer l’effet pervers d’une telle position de principe. Certes tout le monde possède une aptitude à l’autodétermination de sa conduite, mais,... et c’est aussi une évidence, certains sont mieux armés que d’autres pour utiliser cette faculté que la nature donne également à tous. Les contraintes sociales qui s’exercent sur la liberté constituent un sujet d’étude subséquent,... et peut-être que sur ce terrain, les exceptions confirment la règle ou, à tout le moins, constituent un sujet d’étude qui rivalise en importance ; celui des moyens de cette « aptitude », compte tenu de l’inégalité des chances, autres données indiscutables, livrées par l’histoire des sociétés et l’ontologie de l’être humain. Le mot « liberté » convient-il encore pour décrire ce que peut faire le renard dans la poulailler ? Il fallait, bien sûr, d’abord « restaurer » l’idée que la liberté existe,... ce que l’auteur fait avec une force de conviction exceptionnelle. Cette démonstration est actuelle, utile aux épistémologies générales ou spéciales ; malgré 30 siècles de philosophie, la liberté n’a pas fini de faire parler.


Jean-François PERRIN