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RésuméQuand les politologues distinguent l« élaboration dune politique » de sa « mise en uvre », les termes de cette différenciation évoquent celle quétablit le droit positif entre fonctions « législatives » et fonctions a exécutives «. Mais cest dans une intention normative que le droit positif fait reposer la responsabilité des décisions légitimantes sur certains processus politiques, dispensant ainsi de sauto-légitimer les agents chargés de lapplication. Cette distinction normative est volontairement conçue en négligeant le fait que, dans la réalité, les deux phases du processus sont interdépendantes. En effet, les législateurs prennent en considération les facteurs agissant sur les probabilités dobservance de leurs décisions, et ceux qui les appliquent, lorsquils usent de leur marge dappréciation, sont mis en demeure de légitimer la manière dont ils « exécutent » la loi. Pour les sciences politiques, lélaboration et la mise en uvre dune politique sinscrivent dans un processus continu en une succession indifférenciée de points de décision. Cette analyse sappuie sur des exemples empruntés à des domaines relevant de conceptions différentes des fonctions de la loi : politiques traditionnelles, comme le droit pénal et la mobilisation des tribunaux pour les affaires de droit privé, aussi bien que régulatrices, comme la protection de lenvironnement, et incitatives, comme la politique de lemploi. SummaryIf political scientists differentiate « policy formulation » from a « implementation » their terminology appears like the distinction in jurisprudence between « legislative » functions and « executive » ones. But jurisprudence has a normative purpose in mind by putting the burden of legitimizing decisions on certain policy processes, thus relieving administrators from legitimation on their own. Their normative distinction is purposively designed to overlook that in actual process both are interrelated : legislators consider the factors influencing the likelihood of compliance to their decisions, and administrators when using discretion are challenged to legitimize the way they a execute « law. The explanatory power of policy sciences which look at policy formulation and implementation as a continuous process with an undifferentiated series of decision points is exemplified by reference to policy are as with different patterns of the use of law : traditional policy are as like penal law, mobilizing courts for private law cases, as well as regulatorv policies like environmental protection, and stimulating ones like labour mark et policies.
Le terme anglais « implementation » [1] est devenu le terme sous lequel on désigne les problèmes que rencontrent les décideurs dans des domaines très divers. On lemploie depuis longtemps dans la théorie de la gestion des entreprises. Citons, par exemple, létude dans laquelle Mumford et Pettigrew [2] , examinant la mise en uvre de la décision dune firme dimplanter un système électronique de traitement de linformation, découvrent un certain nombre de conséquences imprévues sur les relations établies et les répartitions du pouvoir au sein de cette organisation. Dans ce cas, comme dans nimporte quel autre, le concept trouve son origine dans les problèmes des décideurs qui sont désappointés si leur intention initiale nest pas réalisée. On a fait observer à plusieurs reprises que lengagement très fort des spécialistes américains dans les programmes de réforme des années 60 et les déceptions quils ont ressenties pendant les années 70 pouvaient expliquer leur préoccupation pour la mise en uvre. Il en est de même pour les politologues allemands : ayant participé activement aux processus délaboration de la politique et partagé les attentes sérieuses attachées aux programmes de réforme(s), ils ont, après coup, tenté dexpliquer pourquoi un petit nombre seulement de ces grands espoirs sest réalisé. Ces déceptions de voir de grands espoirs anéantis pourraient être simplement la conséquence de lirréalisme des attentes de ceux qui ont élaboré la politique. Ce serait particulièrement le cas des décisions politiques (et législatives) qui sont prises dans un climat (de) polémique : les décideurs politiques, lorsque une question est politisée, trouvent souvent une porte de sortie dans la prise dune décision symbolique dont ils savent au préalable quelle restera sans effet au stade de la mise en uvre. Après coup, seuls les partisans convaincus pourraient être déçus ; les politiciens professionnels ne le seront pas. Dans cet article, la discussion portera sur la mise en uvre en tant que problème des législateurs, cest-à-dire sur un objet précis danalyse de la politique dÉtat. La mise en uvre des lois, comme celle dautres programmes politiques, entraîne des conséquences imprévues, des déplacements dobjectifs et des modifications des conceptions initiales. Les programmes à définition juridique sont différents dune autre forme de politique en ce sens que le droit ne se prête pas toujours à une évaluation en fonction de critères de réalisation dobjectifs, on lévaluerait plutôt selon des critères daccomplissement de normes spécifiques. Bien entendu ces deux types de critères se confondent : les décideurs politiques utilisent le droit parmi dautres moyens pour parvenir à leurs fins et les législateurs ont en fait des objectifs politiques à lesprit, lorsquils attendent un certain accomplissement des réglementations quils conçoivent. Cependant, sur le plan de lanalyse, nous ferions une distinction entre une politique centrée sur des objectifs et les « programmes conditionnels » centrés sur la règle. Les législateurs, comme tous les autres décideurs politiques, doivent envisager les problèmes de la mise en uvre et sont à la recherche danalyses politiques afin de mieux prévoir les glissements et difficultés susceptibles de se produire pendant ce processus. Cest ainsi que sest formé le besoin de « recherche sur la mise en uvre » : dans ce cas, le développement scientifique se trouve stimulé par laction réciproque des hommes de science et des services gouvernementaux. Le concept de « mise en uvre » a été introduit par les décideurs politiques confrontés aux problèmes pratiques posés par la manière de réaliser leurs intentions. Il sert de mot de ralliement qui suscite des contributions émanant de différentes disciplines universitaires : analyse du processus politique, sociologie des organisations, évaluation de limpact, évaluation de la politique, etc. Il faut espérer, quà la longue, laccumulation de ces apports, dont chacun est marqué par quelque discipline traditionnelle, constituera un champ détudes pluridisciplinaires présentant une certaine convergence théorique. Depuis longtemps, le droit positif a établi une distinction identique à celle qui existe entre « élaboration de la politique » et « mise en uvre », mais dans une intention normative : le fait de séparer les fonctions « législatives » des fonctions « exécutives » a placé la charge des décisions légitimantes sur certains processus politiques, en déchargeant ainsi les autres puisque les premiers sont les principaux producteurs de légitimité. Cette distinction normative néglige à dessein le fait que dans le processus réel, les deux types de fonctions sont étroitement liés ; en fait, les législateurs prennent en considération les facteurs qui influencent les probabilités dobservance de leurs décisions, et ceux qui les appliquent, lorsquils font usage de leur marge dappréciation, sont mis en demeure de légitimer leur façon d« exécuter » la loi. Par conséquent, il existe une critique sous-jacente de lidéologie juridique dans le fait que les sciences politiques ignorent la séparation entre lélaboration de la politique et sa mise en uvre, les considérant toutes deux comme un processus continu présentant « une succession indifférenciée de points de décision » (Pressman, Wildavsky, 1973) [3] . Dans cet article, jessaierai de démontrer quil est utile de différencier élaboration et mise en uvre dune politique même si on les perçoit comme interdépendantes. Je considère cette distinction entre lélaboration et la mise en uvre dune politique comme un moyen de légitimer des décisions juridiques destinées à fonder légitimement dautres décisions ultérieures. Cette façon traditionnelle de concevoir la prise de décision au plan juridique est particulièrement répandue chez les décideurs appartenant aux cultures politiques légalistes, comme cest le cas pour la culture allemande. Mon exposé portera sur quelques-unes des limites de leurs concepts, en démontrant lutilité de stratégies de recherches visant à élaborer, également pour les programmes juridiques, une théorie de la mise en uvre basée sur lempirisme I. Lélaboration de la politique et sa mise en uvreDans les années 1970, ont été publiées un certain nombre détudes sur le processus délaboration de la politique en RFA, décrivant les actions de ladministration gouvernementale relatives à la législation soumise au parlement, ainsi que celles concernant la phase post-législative de mise en uvre des programmes au sein des bureaux administratifs des onze états fédéraux. Il sagissait des premiers travaux rompant avec une conception traditionnelle considérant que la politique sarrête avec la ratification définitive dune loi. Le fait que les études antérieures se limitaient aux processus délaboration de la politique, est à rattacher à la prédominance en Europe de la notion de la séparation des pouvoirs. Cette notion est propre aux théories normatives des institutions démocratiques : de même que les décisions législatives tirent leur légitimité de laccomplissement des procédures démocratiques, de même, la théorie traditionnelle fonde la légitimité des décisions administratives sur lexistence de décisions législatives obligatoires. À la lecture de Montesquieu, sa théorie nous apparaît comme une tentative délaboration dun critère normatif, dont la fonction principale est de délégitimer les structures de pouvoir absolu de son époque. De nos jours, toutefois, la théorie de la séparation des pouvoirs, défendue à lorigine par Montesquieu, est souvent prise comme une description des processus politiques de lépoque actuelle et, pratiquement, nombreux sont les décideurs politiques qui considèrent leur rôle en fonction de ce modèle normatif préconçu. En raison du poids de ces préconceptions normatives, il nest pas suffisant dattirer seulement lattention sur le caractère empirique des processus politiques ; caractère qui les fait apparaître comme une séquence décisionnelle souvent limitée du fait du déplacement ultérieur des objectifs et du non-accomplissement des intentions initiales. Si nous devions expliquer seulement les productions de la politique, une différenciation stricte entre son élaboration et sa mise en uvre serait sans signification. Naturellement, on ne peut déduire de linterprétation de la lettre dune loi ou dun programme politique ce que lun ou lautre « fait » concrètement. Le résultat atteint dépend des décisions prises ultérieurement et des institutions chargées de la mise en uvre. Mais il existe une différence selon que les services de mise en uvre trouvent leur légitimation dans l« observation stricte dun programme légal » ou quils se considèrent comme agissant avec un certain pouvoir discrétionnaire ou même comme « essayant de réaliser des objectifs politiques » (cf. Sabatier/Mazmanian, 1983) [4] . Cette notion de la légitimation apparaît également dans les travaux sur la mise en uvre qui étudient une décision législative et son intention, cette dernière constituant le point de référence pour lévaluation de la réalisation ou des déplacements des objectifs initiaux. Van Meter et Van Horn [5] énoncent cela très clairement dans leur définition : « la mise en uvre de la politique comprend les actions entreprises par des personnes (individus ou groupes) publiques ou privées en vue de la réalisation dobjectifs énoncés dans une décision politique antérieure ». La réflexion sur la mise en uvre na de sens que sil existe un consensus sur le fait que certaines décisions politiques peuvent légitimement déterminer des décisions ultérieures : cest-à-dire si, dans la perception de la plupart des acteurs, il existe une différenciation entre lélaboration et la réalisation dune politique. Ainsi, la théorie de la mise en uvre est le produit des conceptions normatives qui continuent de différencier, dans le processus politique, les processus légitimants des processus légitimés. Cependant, au stade de lélaboration, les décideurs politiques ont à prévoir la structure institutionnelle de la phase de mise en uvre. Et, en sens inverse ceux qui mettent en uvre la politique peuvent, en fonction de leurs intérêts directs, tenter dinfluencer les décideurs. Ainsi, nous ne croyons pas quil soit efficace de séparer élaboration et mise en uvre dune politique, mais nous traitons cette séparation comme un moyen heuristique nous permettant danalyser leurs interdépendances réciproques. II. Des concepts connexes : mise en uvre, observance et impactEn ne tenant pas pour acquis que les politiques produisent les résultats annoncés par les législateurs, la théorie de la mise en uvre rejoint les questions d« impact ». Tandis que les études sur « impact » se centrent sur lévaluation des résultats voulus et involontaires de la politique, les travaux sur la « mise en uvre » tentent dexpliquer limpact. De même, les problèmes de mise en uvre ont quelque rapport avec ceux relatifs à « lobservance ». Si les programmes législatifs étaient réellement adaptés à leur objectif, on pourrait se contenter dévaluer lobservance. Cependant, bien des programmes de loi comportent des hypothèses douteuses sur les rapports entre les règles posées et les objectifs projetés. On pour ait éventuellement constater que lobservance atteint un taux élevé et, malgré cela, (ou même à cause du ritualisme de lobservance) due les objectifs projetés nont pas été réalisés Bardach/Kagan, 1982) [6] . La plupart des programmes législatifs sont quelque peu ambigus en ce qui concerne les trois critères dévaluation de limpact : les règles, les objectifs ainsi que leurs interrelations. Cest pourquoi nous voudrions étudier lobservance en prenant comme base de départ les règles obligatoires et en cherchant jusquà quel point elles sont respectées ou non. Mais nous aimerions aussi connaître leur impact en considérant la loi comme un programme centré sur un objectif et en recherchant si les intentions initiales sont ou non réalisées. Létude de la mise en uvre devrait considérer ces deux points de vue en établissant le rapport entre les divers niveaux dobservance et les différentes variations de limpact. Elle pourrait parfois démontrer que lobservance ne conduit pas à limpact souhaité parce que, au départ, on a mal conçu les programmes. Elle pourrait parfois révéler une corrélation entre lobservance et limpact souhaité. Il sagirait dexpliciter quand cette corrélation est positive, quand elle est négative et quand il nexiste aucune corrélation entre les deux. III. Quatre exemples de limportance sociale des structures de mise en uvreIllustrons par quatre exemples le rapport de limpact à lobservance : III.1. Premier exempte : un programme législatif « à lancienne mode » : le droit pénalEn raison de la précision de ses prescriptions, de la complexité de sa dogmatique et de limportance de son dispositif de contrôle par la police, le parquet et le juge, on peut considérer que le droit pénal appartient à une catégorie qui possède une vaste infrastructure sauvegardant la mise en application de ses décisions. Cependant, la police et le parquet sont loin de « contrôler » le comportement délinquant. En disant cela nous ne voulons pas attirer lattention sur le nombre important de délits non élucidés, que lon pourrait considérer comme étant «« contrôlé » au moins en raison de leur enregistrement par la police. Nous voulons plutôt souligner la tendance des stratégies organisationnelles à détecter certains types de délits (comme les vols ou les coups et blessures des cols bleus) et labsence de stratégies pour détecter dautres types de délits (tels que la fraude ou lescroquerie des cois blancs). Des tentatives récentes pour accroître la capacité des services spécialisés dans la répression de la délinquance des cols blancs ont eu pour résultat une augmentation de lenregistrement policier de ce type de délinquance. En ce qui concerne les délits, les chances de détection demeurent, pour une large part, dépendantes de leur signalement par les victimes, mais, en dernière limite, elles restent dépendantes des compétences et de lorganisation des services de mise en uvre. Lorsquils édictent un programme par voie législative, les législateurs prévoient habituellement les compétences des services de mise en uvre. Très souvent, cependant, lambiguïté politique se manifeste par des décisions symboliques de droit positif, qui ne donnent pas aux services des moyens de mise en uvre qui aient une chance quelconque defficacité. Cest le cas des lois en matière davortement : les combats hautement symboliques à propos de la législation contre lavortement restant sans effet, les services chargés des poursuites montrent depuis longtemps peu de rigueur dans lapplication de la loi, et naboutissent à des sanctions pénales que dans des cas extrêmement rares. La légalisation totale de lavortement rencontre une vive opposition de la part de groupes qui, dans le même temps, nagissent pas dans le sens dune effectivité réelle des poursuites. Cest en grande partie limportance symbolique des lois sur lavortement qui engendre la politisation de la question : dans sa pratique, la mise en uvre en a depuis longtemps aboli le sanctionne ment. On sait que les lois remplissent des fonctions symboliques. La proportion dans laquelle elles le font exclusivement varie. Elles y parviennent dautant mieux quon laisse aux services de mise en uvre le soin de déterminer le niveau dexécution. La « sous-application » des lois dont limportance est hautement symbolique constitue une façon de les adapter à des normes sociales discutées, particulièrement dans le cas où existent des points de vue contradictoires quant à lobsolescence dune prescription légale. III.2. Deuxième exemple : les lois et les réglementations concernant la politique de lenvironnementComme Renate Mayntz la établi (1978) [7] , le vote au Parlement des lois sur la destruction des déchets et la pollution de lair et des eaux en R.F.A. a rencontré une résistance relativement faible, simplement parce que la définition des normes et les méthodes dapplication étaient laissées à lappréciation des autorités locales. Il nexiste pas de dissensus général sur la nécessité dexercer un contrôle plus strict dans le domaine de lenvironnement, mais on peut sattendre à rencontrer une vive résistance aussitôt que sont définies des normes précises et quil devient vraisemblable quelles vont être mises en uvre. Dans le processus délaboration de la politique, on évite les conflits en laissant les détails de lapplication aux services de mise en uvre. Il est possible quune loi énonce très clairement ses objectifs et ses critères comme les lois sur la destruction des déchets qui définissent ce quon doit considérer comme « destruction obligatoire de déchets » mais la charge de la mise en uvre est laissée aux services, qui eux ont un intérêt direct à les interpréter avec indulgence. Dans le cas de la destruction des déchets, par exemple : 1) tous les conflits sont délégués à un niveau de règlement régional dans lequel il est très probable quexiste une coalition dintérêts entre les autorités locales (intéressées à maximiser leurs revenus fiscaux en étant attractifs pour lindustrie) et les producteurs de déchets industriels (Hucke et al. 1980) [8] . 2) Ceci entraîne, au plan local, des différences dans le taux dapplication et lintensité dexécution de la politique générale. Les autorités locales ont tendance à se montrer plus strictes là où les problèmes de déchets industriels ne sont pas très importants, elles penchent vers plus dindulgence quand lapplication stricte des normes légales risquerait de gêner plus sérieusement lindustrie locale. Ainsi, plus les problèmes locaux de déchets industriels sont sérieux, plus les déficiences dans la mise en application tendent à augmenter. La non-application au niveau local de politiques décidées à léchelon central nest pas nécessairement une mauvaise chose. Les décisions prises à léchelon central ont tendance à ne pas tenir compte des conditions diverses susceptibles de faire obstacle à la mise en uvre et de produire des effets contraires. Dans le cas de la loi sur la destruction des déchets, son application stricte, selon des normes identiques, paraît tout à fait irréaliste. La seule alternative, qui consisterait à abaisser le niveau des normes de manière que même les collectivités qui connaissent des problèmes très sérieux soient à même de les appliquer, aurait laissé une plus grande partie du pays sans aucune exigence effective concernant la destruction des déchets. Ainsi, le fait de permettre des déficiences dans lapplication a quelque peu amélioré la situation dans lensemble des collectivités, laissant la décision finale à la discrétion de ceux qui mettent en uvre au niveau local (cf. Bohne, 1980) [9] . III.3. Troisième exemple : la mobilisation du droit privéLes lois, qui contrôlent le comportement en imposant des sanctions négatives, ont besoin dorganismes de surveillance et de mise en application. Les droits mutuels des citoyens, tels quils sont établis en droit privé, ne sont pourvus daucun dispositif autoritaire de ce genre pour leur mise en uvre. Leur respect est soumis au recours au droit privé par les parties concernées (cf. Blankenburg, 1980) [10] . Il y a de nombreuses barrières à franchir : lindividu doit connaître son droit en tant que tel, il doit savoir à quelles institutions sadresser, quel langage et quelle procédure employer pour faire appel à la justice, il doit être motivé pour agir dans ce sens et accepter den supporter les frais ; enfin, il a à intenter réellement laction légale. Il est évident que laccès aux tribunaux et aux hommes de loi est plus facile pour les classes moyennes, ce qui entraîne, pour le droit privé, une tendance à renforcer les inégalités sociales au lieu de les compenser. Bien sûr, il y a des hommes de loi pour apporter aide et conseil en la matière, mais les gens de faible niveau culturel et de statut social défavorisé se heurtent aux mêmes barrières quand il sagit de les consulter. Indépendamment de la lettre du droit, les conditions daccès aux tribunaux et aux conseils juridiques sont déterminantes quant à la réalisation sociale des droits légaux. La mise en uvre (ou lefficacité) du droit privé dépend dune infrastructure institutionnelle qui organise laccès aux moyens Juridiques. Depuis longtemps, le droit privé a admis quil sadresse à des citoyens égaux en détermination et en compétence dans la revendication de leurs droits. Cependant, la recherche a mis en évidence une de revendications latentes (cest-à-dire non exprimées officiellement). Il ne faut pas conclure normative ment de ce genre de découvertes que les hommes de loi et les tribunaux doivent intervenir dans le règlement de tous les conflits qui sont du ressort de la loi : aussi longtemps que dautres formes de résolution des conflits donnent des résultats qui satisfont lensemble des partenaires, il ny a pas de raison de faire appel à des procédures juridiques longues et onéreuses. Le fait de ne pas concrétiser la revendication de ses droits par le recours aux institutions juridiques peut constituer un choix rationnel, étant donné le coût de cette démarche en termes de temps et dargent et étant donné le coût de la régulation des rapports inter personnels par le moyen de règlements formels et avec laide de médiateurs extérieurs. Mais il dépend de la répartition sociale des barrières, qui limitent laccès à la justice, que ce choix soit délibéré et que la sélectivité du recours aux moyens juridiques soit en accord avec lobjectif général de compensation des inégalités sociales. Dans le domaine du droit « privé », lapplication ne passe pas par le truchement dun service de mise en uvre, elle ne dépend que de la volonté des requérants et de leur capacité de faire appel à la Justice. Cette démarche est soumise conditionnellement à un certain nombre de décisions politiques : les barrières de la formalisation et des exigences de la procédure de recours au droit, lexistence dune infrastructure de services juridiques capables dabaisser les barrières daccès à la Justice et de règles juridiques et professionnelles qui contrôlent le rendement de ces services. III.4. Quatrième exemple : ta politique de lemploi (« Active labour Market Policy »)Dans plusieurs pays dEurope, on remarque une augmentation des tentatives visant à équilibrer la balance de lemploi, et à soutenir le marché du travail par des programmes administratifs. Traditionnellement, la politique de lemploi est un artefact des politiques régionales et cycliques. Le fait de considérer les structures et les changements du marché du travail comme un processus susceptible dêtre influencé par des programmes administratifs constitue une innovation assez récente. En Suède, ladministration du Travail a commencé, dans les années 1950, à élargir les compétences administratives pour influer sur les changements structurels des marchés de lemploi, en agissant aussi bien sur les demandeurs demploi que sur les employeurs. Vers la fin des années 1960, de nombreux pays européens industrialisés ont suivi cet exemple cependant, en raison des différences dans les traditions juridiques et administratives, les structures de mise en uvre de la politique de lemploi ont pris des formes tout à fait diverses. La question de la politique de lemploi se complique du fait que ses décisions sur le plan politique sont souvent très vagues, et que ses prescriptions sur le plan réglementaire sont plus ou moins précises quant aux obligations quelles entraînent. Cependant, quelle soit plus nette dans ses prescriptions ne signifie pas nécessairement quune politique voit ses intentions mieux satisfaites : la loi allemande dAmélioration du Marché du Travail (A.F.G. : Arbeitsmarktförderungsgesetz) de 1969 commence par une déclaration dintention dordre très général du genre : « lobjectif de cette loi est de veiller à ce que, dans le cadre de la politique du gouvernement, soit atteint et maintenu un niveau élevé de lemploi, soit améliorée la structure de la force du travail et soit augmentée la croissance de léconomie ». Dans les paragraphes suivants, lA.F.G. comprend des instructions très détaillées sur lorganisation institutionnelle de lAgence Fédérale du Travail (Bundesanstalt für Arbeit), son domaine de compétence et la manière dont elle doit administrer ses moyens pour le recyclage et la formation continue, par exemple). Se conformer à ses instructions détaillées ne conduirait pas à une politique compatible avec les déclarations dintention générales des premiers paragraphes de la loi. Bien évidemment, après les premiers essais de mise en uvre, on a très largement souligné le fait que les prescriptions précises de cette loi (celles qui réglementent le recyclage et la formation continue) passaient à côté de ses intentions, car elles étaient, dans une large mesure, utilisées abusivement au profit dintérêts privés, sans effet sur le marché du travail. On rencontre des problèmes de mise en uvre lorsque le programme de loi considéré se base sur des suppositions mal fondées. Il existe des lois et des programmes politiques comportant des hypothèses erronées sur leurs finalités et les moyens de les atteindre, il est aussi possible quils renferment des intentions contradictoires et des attentes peu réalistes, de telle sorte que leur impact va en fait à lencontre des intentions initiales. Cest alors que lon constate lobservance la plus stricte. Se conformer fidèlement à certaines parties dun programme de loi peut conduire à manquer lessentiel de leffet désiré. Une non-observance partielle risque dentraîner une meilleure réalisation des intentions dun programme de loi que ne le ferait une stricte conformité. IV. Éléments dune théorie des structures de mise en uvreIV.1. Élaboration de la politique et mise en uvre en termes de relation bilatéraleDans les quatre exemples donnés plus haut, la structure de mise en uvre a influé sur le champ daction et les objectifs fixés pendant la phase délaboration de la politique. Les études sur lélaboration de la politique dans les services fédéraux de la R.F.A. montrent que ces derniers ont élaboré des procédures pour intégrer des optiques contradictoires et trouver des compromis entre des groupes dintérêts avant quaucun projet politique ne passe au Parlement. Comme le personnel de ces services fédéraux se recrute, pour une grande part, dans les organismes mêmes qui auront plus tard à mettre en uvre la politique, les points de vue des équipes chargées de la mise en uvre conditionnent largement la manière de concevoir les problèmes et la façon de les résoudre. Comme les services extérieurs des ministères sont chargés du contrôle de la mise en uvre, les personnels de ces derniers veillent à ce que leurs points de vue soient intégrés lors du processus délaboration de la politique. Ainsi, si lon suppose quune structure de mise en uvre quelconque tente dinfluer sur le contenu des politiques quelle aura un jour à mettre en uvre, il est possible davancer quelle peut réellement y parvenir, avec des chances de succès variables. Plus une question traverse la phase pré-législative sous le couvert dun petit groupe de spécialistes, moins il y a de contradiction apparente et de débat public, et plus les services de mise en uvre peuvent maintenir sous leur contrôle la législation et se lapproprier. Leur impact sur lélaboration de la politique est en rapport inverse avec le niveau de politisation dune question ; ce niveau étant, encore, dépendant parmi dautres variables de lhétérogénéité et des rivalités à lintérieur des structures de mise en uvre. Outre ces « feedbacks » institutionnels des services de mise en uvre sur lélaboration de la politique, leur pouvoir potentiel, leur champ de compétence, leur compétivité et leur degré dopposition déterminent le type de politique opérationnalisable. Les quelques exemples donnés plus haut démontrent que les conditions requises pour la mise en uvre dépendent dans une large mesure des caractéristiques des structures qui en sont responsables. Lanalyse de la mise en uvre savère être, pour une large part, une analyse des mécanismes organisationnels et des possibilités de contrôle à lintérieur des organismes et entre eux. Cependant, ceci prend place dans le cadre des contingences définies par les caractéristiques des problèmes politiques et les instruments choisis par la politique concernée. Des tensions peuvent se produire parce que la structure de mise en uvre ne correspond pas aux contingences découlant des instruments employés et on peut arguer inversement de lincapacité des instruments à résoudre convenablement les problèmes de la politique. Dans lidéal, on devrait analyser ces tensions en fonction des objectifs annoncés ; cependant, très souvent dans les études empiriques, on ne dispose de rien de mieux que les interviews des acteurs impliqués. Ces derniers peuvent ne pas être daccord sur la nature réelle des problèmes politiques traités ou sur lutilisation des instruments prescrits : beaucoup détudes sur la mise en uvre ont pour point de départ les différences de perception entre acteurs placés à des niveaux différents de la structure de mise en uvre. Ainsi, la mise en uvre constitue un cas à part de la prise de décision inter organisationnelle, avec une seule caractéristique particulière : il y a une théorie normative qui proclame que, dans lensemble du processus politique, certaines décisions, (celles des législateurs) ont une force obligatoire plus grande que les autres et bénéficient dune légitimation distincte. Les problèmes de mise en uvre sont déterminés par une décision dimportance majeure qui présente un caractère obligatoire pour les décisions ultérieures. On peut nommer « élaboration de la politique » la phase qui précède cette décision. En vue dune comparaison entre les différentes instances de décision politique, on a distingué également dans cette phase, la phase délaboration de la politique dans les services ministériels, et la phase de législation au Parlement. On pourrait diviser le processus de mise en uvre qui suit en deux parties : les circuits centraux de prise de décision en matière de normes (cest-à-dire des réglementations à appliquer), et le circuit opérationnel de mise en exécution effective qui est normalement décentralisé. Schéma de la phase et de ses principaux « feedbacks » La doctrine constitutionnelle considère ce type de schéma, dont les phases sont nettement séparées, en termes de hiérarchie : les services ministériels (qui sont politiquement neutres) préparent divers projets de programmes, sur lesquels une décision est prise durant le processus législatif. Ensuite, la mise en uvre est placée sous la direction dune autorité centrale qui contrôle que le personnel chargé de réaliser le programme le fait conformément aux intentions législatives réelles. Dans cette conception du processus politique, les questions que pose la recherche sur la « mise en uvre » sont dordre technocratique : quelles doivent être la structure organisationnelle et la capacité instrumentale des services exécutifs, afin quils mettent convenablement à exécution la politique élaborée dans le processus législatif ? Cependant, comme lont montré nos exemples, il existe une relation bilatérale entre lélaboration et la mise en uvre de la politique : la première prévoit les problèmes de la seconde, elle incorpore, à des degrés divers, les questions du personnel dexécution de sorte que lon doit sinterroger sur les deux aspects de cette relation : de quelle manière les structures de mise en uvre programment-elles les élaborations de la politique en fonction de leur manière sélective de percevoir et de résoudre les problèmes ? Jusquà quel point la politique prévoit-elle, dans ses décisions, des limitations des ressources relatives à la mise en uvre ? Et, dautre part, jusquà quel point est-il possible de programmer les structures exécutives en fonction des objectifs de la politique législative et quels sont les points faibles du pouvoir discrétionnaire administratif et les chances de faire dévier les intentions législatives en fonction des stratégies de ceux qui mettent en uvre cette politique ? Si notre schématisation des « feedbacks » savère exacte (ils varieront en fonction du type institutionnel des structures de mise en uvre et de leurs liens informels/formels, professionnels/ réglementaires avec les concepteurs de la politique) lanalyse de la mise en uvre en tant que relation bilatérale pourrait établir une preuve supplémentaire expliquant le déclin de linfluence du Parlement sur les résultats de la politique. Il nest pas nécessaire de circonvenir ouvertement le Parlement dans le processus délaboration de la politique, si, au stade de la préparation, les circuits informels de a feedback « le laissent déjà de côté. Le point jusquauquel les structures de mise en uvre exercent de linfluence sur lélaboration de la politique dépend du niveau de politisation et des caractéristiques de la question en cause. Plus une question est politisée, plus il est probable que les partis et le Parlement simpliqueront dans le processus délaboration, restreignant ainsi linfluence des services du gouvernement. Dautre part, si les structures de mise en uvre sont organisées de manière uniforme et hiérarchique, il est plus vraisemblable quelles imposeront le monopole de leurs points de vue sur la politique. Si elles sont décentralisées ou comprennent des organismes concurrents, il y a plus de probabilité démergence de conflits ouverts et donc de politisation de la question. Considérer la mise en uvre comme un processus bilatéral répand quelques doutes sur]a perception hiérarchique du processus politique. On peut utiliser notre schéma en quatre phases comme une référence normative qui pourrait même faire partie de la perception du rôle des acteurs politiques dans des desseins analytiques, cependant on considère lélaboration et la mise en uvre de la politique comme un processus continu comportant des « feedbacks » et des probabilités de déplacements dobjectifs dans chacune de ses phases. IV.2. Limpact des structures de mise en uvre dans le processus politiqueLa discussion des problèmes de mise en uvre peut sorganiser selon deux aspects principaux : 1) La répartition des décisions dans le temps : si lon parle des processus de décision, on doit les analyser dans lordre chronologique, comme une suite dévénements, ce qui implique lutilisation de méthodes de létude de cas. 2) La répartition dune politique dans les structures institutionnelles : repérage des caractéristiques telles que le nombre et limportance des organismes et des individus concernés, leurs inter relations dautorité et de pouvoir, les types de coordination et de communication que différencient les domaines de la politique et ses systèmes daction, implique une analyse comparative des particularités des différents domaines de laction politique. Il est possible de combiner les deux propositions pour létude de la mise en uvre : afin de parvenir à une connaissance généralisable sur les inter relations entre lélaboration et la mise en uvre de la politique, il faut plusieurs études de cas sur lélaboration et la mise en uvre des nouveaux programmes de lois ou de politique. Les caractéristiques structurelles des services de mise en uvre doivent être repérées dune manière comparable et peut-être même normalisée. À la caractérisation du contenu de la politique et à lanalyse des instruments utilisés, sajoute un troisième aspect que nous nommons « structure de mise en uvre ». Les études sur la mise en uvre représentent un cas particulier danalyse de la politique, du fait quelles sattachent à des particularités institutionnelles comme » : le type institutionnel des services de mise en uvre : · Sagit-il dun domaine de politique disposant de sa propre structure de mise en uvre (comme cest le cas, par exemple, pour la politique pénale) ? · Comment est organisée la structure de mise en uvre : dans un contexte fédéral (comme le contrôle de lenvironnement dans notre exemple) ou par quelque organisme central dépendant (comme la direction de lemploi dans le cas cité plus haut) ? les tendances des personnels des structures de mise en uvre : Dans quelles dispositions sont les personnels de ces services à légard des politiques quils doivent mettre en uvre ? Considèrent-ils quils suivent des principes professionnels, ou se perçoivent-ils comme des agents dexécution ? Sils disposent dun pouvoir discrétionnaire, vont-ils en user selon la ligne de la majorité législative du moment ou bien de manière plus conservatrice ou plus progressiste ? la situation politique d es structures d e mise en uvre : Quelles forces dopposition doit-on attendre de lenvironnement politique/social des services de mise en uvre ? Risque-t-on de rencontrer une résistance aux mesures à prendre ? Y a-t-il des probabilités de conflits de répartition des tâches ? Jusquà quel point les conflits à propos dune politique ont-ils été délégués de la phase délaboration à celle de mise en uvre ? les ressources potitiques/économiques/sociales du programme politique : a) Si la mise en uvre implique principalement lapplication de normes et de règles : quelles sont les possibilités de contrôle ? Quelles sont les sanctions envisageables ? b) Si la mise en uvre consiste principalement à fournir des objectifs ou rendre des services, nous navons pas à nous interroger sur lobservance mais plutôt sur les conditions de lusage ou du non-usage dun tel programme : comment se répartissent socialement linformation sur le programme et laccès à son utilisation ? Comment en prévient-on lusage abusif ? En dressant la liste de nos questions à propos des problèmes de mise en uvre, nous constatons régulièrement que les réponses obtenues diffèrent selon la sorte de politique envisagée. Le domaine naissant des études de « mise en » uvre doit sétablir sur les bases des théories de la contingence sappliquant aux différentes instances du politique. Cependant, que lon définisse la matière des travaux sur la mise en uvre par les particularités institutionnelles suppose que les contingences de la tâche à accomplir ne déterminent pas le type dinstitution créée. Si lon compare les institutions publiques dans lensemble dun pays, on découvre une variété de dispositifs institutionnels différents qui répondent à des problèmes de politique ou à des définitions dobjectifs pratiquement identiques. En outre, le fait de rencontrer des solutions institutionnelles diverses ne signifie pas que le succès des politiques varie considérablement et, sil le fait, les différences entre les structures de mise en uvre nen sont pas obligatoirement la cause. Mais nos arguments démontrent que les objectifs de la politique et le choix des instruments reposent sur la prévision des structures possibles de mise en uvre. Celles-ci déterminent quel sera limpact dune politique sur les destinataires des mesures envisagées. Létude des structures de mise en uvre est donc un maillon nécessaire expliquant en partie, à la fois le choix des objectifs et des moyens, ainsi que lévaluation de leur succès ou de leur échec. V. Modèles de réglementation de la Politique de lÉtatV.1. Mettre en uvre les lois :Les exemples cités plus haut laissent supposer que les législateurs ne tiendraient pas toujours à une mise en uvre effective de leurs programmes. La politique implique beaucoup de doubles discours : il se peut que les lois soient votées davantage pour des raisons symboliques quen vue dune mise en uvre réelle, il est possible quelles expriment des intentions différentes au plan des déclarations générales dintention et à celui de la mise en uvre et elles peuvent se contredire à chacun de ces niveaux. Il est possible que les décideurs politiques aient prévu ces sortes de barrières et les aient délibérément prises en compte. Afin de comprendre le sens du double discours, une théorie de la mise en uvre devrait analyser le contenu de la politique à ses différents niveaux dabstraction. Les objectifs dune politique peuvent apparaître dune certaine façon au niveau des déclarations générales dintention, ils peuvent le faire tout à fait différemment si on analyse la mise en application en termes dinstruments précis. La prochaine étape de lanalyse consiste à confronter les différentes déclarations dobjectifs avec les contingences du problème de la politique et avec les compétences et les caractéristiques de ces structures qui (directement ou indirectement) mettent en uvre la politique. Après avoir analysé les contenus des politiques et les contingences auxquelles elles sont soumises, nous nous proposons dorganiser les études de la mise en uvre selon des modèles classiques du fonctionnement de la régulation gouvernementale. Ni les essais de classification du contenu de la politique, ni une classification de linfrastructure institutionnelle ne semblent convenir à létablissement dun cadre théorique : les deux variables sont très complexes et donc sopposent à toute organisation selon des critères de classification unidimensionnelle. Qui plus est, le contenu de la politique et linfrastructure institutionnelle sont des variables clefs dont nous voulons étudier la variation. Il nest pas judicieux de les intégrer de force dans un schéma au risque dintroduire du dogmatisme dans les stratégies de recherche et de rendre impossible létude que nous voulons mener. Par ailleurs, il nous faudrait chercher des critères relevant dautres axes et montrer, en particulier ainsi, pourquoi les classifications simples sont inadéquates. Lhypothèse de base de la recherche sur la « mise en uvre » est quil existe un lien causal entre les « instruments » de lactivité du gouvernement et les a objectifs « quils visent à atteindre. Une classification des instruments de la loi permet de commencer par un schéma très simple. À la base, ce sont :
Cependant, cela omet des instruments gouvernementaux tels que léquipement des services, lorganisation des versements financiers, la réglementation des prix et des tarifs, des taux dintérêt et de change ou linvestissement dans une activité économique. Comme lont montré nos exemples, les programmes de loi disposent dau moins deux autres types dinstruments :
Comme chacun de ces instruments fonctionne daprès des hypothèses spécifiques sur la manière de réglementer le comportement social, nous pouvons nous attendre à ce que chacun dentre eux ait ses chances propres et rencontre ses barrières spécifiques pour la mise en uvre. Comme nous lavons vu dans nos exemples, les domaines traditionnels du droit se prêtent à ce genre danalyse : seul, le droit pénal menace la non-observance de sanctions négatives et il dispose dune infrastructure spécifique pour la surveillance de la déviance et lapplication des sanctions. Les caractéristiques de base de cet éventail dinstruments se retrouvent dans diverses cultures. Mais toute comparaison minutieuse montrera quil existe une marge de liberté de décision quant aux règles de procédure, aux compétences institutionnelles et donc à lintensité de lapplication de la loi. Les conditions dues à la contingence sont même plus restreintes dans le domaine du droit privé. Dans ce cas, lactivité gouvernementale se limite à élaborer des règles légales et à assurer une infrastructure ou le règlement dun conflit ainsi que des moyens pour appliquer ses jugements. Cest aux parties concernées que revient linitiative de recourir au droit privé, les tribunaux ne font aucun démarchage pour avoir des dossiers ni aucun marketing pour accroître le rôle de la Justice. Leffet sur la mise en uvre ne pourrait en être que négatif : en raison de la saturation des tribunaux, des barrières financières et juridiques qui en gênent laccès ou des longs délais pour les audiences, cela pourrait retarder le service que lon attend deux. Ainsi, le fait de freiner le règlement des affaires et, peut-être bien, celui dinvestir dans des structures daide juridique, peuvent compromettre la mise en uvre du droit privé. En ce qui concerne le droit public, nous ne pouvons donner de descriptions simples ni des instruments, ni des types dinstitutions. Notre discussion a mis en évidence que les instruments et les infrastructures de mise en uvre sont interdépendants. De plus, habituellement les politiques dÉtat combinent des instruments de plusieurs types pour atteindre lobjectif souhaité. On doit donc considérer les problèmes de mise en uvre dans un secteur politique comme une conséquence de lensemble de léventail dinstruments utilisés dans ce domaine. Le choix des instruments et les problèmes de mise en uvre qui en résultent pouvant, tous deux, dépendre jusquà un certain point des caractéristiques spécifiques du domaine de chaque politique. La combinaison la plus complexe dinstruments gouvernementaux se rencontre dans les sphères juridiques les moins traditionnelles telles que le droit public, le droit du travail, les réglementations économiques, la loi anti-trust, etc. Dans ces cas, une combinaison de sanctions négatives, dincitations positives et dinvestissements en infrastructures est chose courante. Ajoutons également les politiques gouvernementales qui ne sexpriment plus seulement sous forme de lois, mais se servent plutôt de plans et de programmes, de budgets de programmes et de campagnes dinformation comme instruments pour influer sur le comportement social (économique particulièrement). Deux des exemples donnés plus haut en sont une illustration : une loi comme la loi allemande sur lamélioration de lemploi (A.F.G.) fixe un cadre analytique pour la poursuite dobjectifs dordre général qui sont définis de manière très vague. Les prescriptions juridiques précisent en premier lieu quelles institutions administratives ont à remplir le cadre de cette loi, en leur laissant le soin dagir en fonction des changements du marché du travail. La politique de lenvironnement, dont nous avons cité lexemple, inclut lusage de sanctions négatives et incitatives, en utilisant les infrastructures en place des organismes administratifs et judiciaires. La a politique de lenvironnement « est un concept sommaire, qui emploie à la fois des instruments judiciaires et administratifs dans le cas dun objectif de politique générale. Plusieurs institutions traditionnelles de la Justice et de ladministration sont utilisées en tant quinfrastructure. Dans les deux cas on se doit deffectuer une évaluation complexe de ladéquation des moyens choisis aux objectifs généraux envisagés. Prendre les concepts juridiques traditionnels comme point de départ du développement de notre argumentation contribue à mettre leurs limites en évidence. À mesure que nous progressons dans le droit public, la prise de décision tend, de plus en plus, à devenir un processus continu, sans un seul stade de décision qui ait un pouvoir établi dobligation légitime sur les suivants. Nos concepts nont une valeur heuristique que dans la mesure où ils montrent à quel moment les différenciations juridiques traditionnelles (celle de lélaboration de la politique opposée à la mise en uvre aussi bien que les distinctions entre les domaines juridiques) perdent leur validité descriptive. Dans les programmes législatifs complexes, les objectifs se situent à différents niveaux de généralité. Les déclarations dintention très générales se caractérisent par une énumération de sous-objectifs, de plus, elles sont opérationnalisées par lénoncé de prescriptions détaillées et lattribution dinstruments de politique. Entre ces divers niveaux de généralité et parmi ces instruments différents, des inconséquences et des contradictions ont tendance à se produire. pals une loi est complexe, plus toute étude de sa mise en uvre se doit dinclure lanalyse de la cohérence des déclarations dobjectifs à leurs différents niveaux de généralité. V.2. La participation comme moyen de prévoir la résistance au stade de la mise en uvreLa mise en uvre dune politique implique invariablement que lon suscite chez les autres acteurs la motivation de se comporter conformément aux objectifs de cette politique. La légalité est un moyen de créer une motivation générale indépendante, jusquà un certain point, du contenu de ce qui est prescrit. Cependant, dans notre discussion, nous en sommes arrivés à la constatation que les prescriptions de la loi peuvent être très vagues et leur pouvoir dobligation plutôt faible : dans une culture politique légaliste comme en Allemagne, plusieurs politiques de lÉtat sexpriment sous forme de lois qui, dans les pays anglo-américains, sintituleraient simplement « programme de gouvernement ». La « planification » constitue une autre manière de légitimer et de rendre obligatoires les décisions de divers acteurs gouvernementaux ; elle sest multipliée pendant les mouvements de réformes des années 1960, mais très rapidement la légitimité et le statut légal des acteurs gouvernementaux ont été contestés (la première en raison de labsence des Parlements, le second à cause du manque dune autorité qui ait pouvoir dobligation). Deux facteurs ont contribué à accroître lemploi dalternatives à la régulation légale : 1) laggravation de la complexité des programmes, résultant de la nécessité den concevoir qui impliquent des acteurs nombreux, de la plus grande importance des attentes en ce qui concerne la prévision des conséquences, de la nécessité de souplesse par rapport à lincertitude des événements futurs ; 2) laugmentation de lemploi des schémas de participation, résultant des efforts entrepris pour impliquer les groupes dintérêts organisés, les structures de mise en uvre et les acteurs influents qui risqueraient dopposer leur veto pendant le processus délaboration de la politique afin de réduire les probabilités de résistance aux étapes suivantes. Les deux évolutions sont en corrélation : laccroissement de la complexité a conduit les décideurs politiques à rechercher des alternatives à la régulation strictement légale ; ils ont partiellement remplacé les modes parlementaires et législatifs délaboration de la politique par la participation conçue sous la forme spécifique de programmes. Le fait de motiver par la participation constitue une réponse des décideurs politiques à la résistance prévue au stade de la mise en uvre. Cette méthode peut être utilisée par les services ministériels quand ils élaborent les lois, mais elle a tendance à éviter de plus en plus les Parlements dans le cas de la préparation des plans et des programmes non législatifs. Ainsi notre argumentation sintègre dans un cercle complet : la prévision des problèmes de mise en uvre conduit les décideurs politiques à se tourner vers la participation quils considèrent comme un moyen de susciter un consensus, ce qui les rend ainsi moins dépendants de la légalité en tant quinstrument général de motivation. |
L’auteurIl est né le 20 octobre 1938. Docteur en Philosophie en 1966 à lUniversité de Bâle, en 1974 à lUniversité de Freiburg/B, M.A. en 1965 à lUniversité dOregon. De 1965 à 1977, il enseigne à lUniversité (le Fribourg ; de 1971 à 1980, il est « Senior Researcher » (Prognos AG à Bâle, Max-Planck Institut à Fribourg, puis Wissenschaftszentrum à Berlin). Il enseigne depuis 1980 la Sociologie du Droit à Amsterdam (Vrije Universiteit). Il est membre de nombreuses associations : « Law and Society Association », « German and Dutch Sociology of Law Association », (Research Committee on Sociology of Law), (Association Internationale de Sociologie). Ses centres dintérêt sont la police, les professions juridiques, lassistance légale, le droit des assurances, lorganisation judiciaire, laccès à la justice, les tribunaux civils et du travail, la sociologie du droit empirique. Il est co-éditeur de plusieurs numéros de : Jahrbuch fur Rechtssoziologie und Rechtstheorie et Zeitschrift fur Rechtssoziologie. Pour en savoir plus...Bardach Eugene Bardach Eugene, Kagan Robert Black D., Blankenburg E. Blankenburg Erhard, Voigt Rudiger Bohne E. Edelman Murray Gremion Pierre Hawkins Keith Hucke Jochen (ed.) al. Mayntz Renate (ed.) Mayntz Renate, Scharpf Fritz Van Meter Donald, Van Horn Carl Mumford Enid, Pettigrew Andrew Pressman Jeffrey, Wildavsky Aaron Sabatier Paul A., Mazmanian David Scharpf Fritz, et al., Wollmann Hellmut |
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* Article traduit de langlais par Arlette Lagarde, CRIV, Vaucresson et Pierre Lascoumes, CETEL, Genève. ** Vrije Universiteit, Faculteit der Rechtsgeleerdheid, Amsterdam, Pays-Bas. 1. En science politique (surtout anglo-américaine) l’« implementation » concerne l’ensemble des décisions, des organismes et des comportements des acteurs sur le plan de la mise en œuvre. Dans cette notion, la séparation du pouvoir de décision (législatif ou autre) de celui d’exécution est interprétée en termes de réciprocité. 2. Enid Mumford, Andrew Pettigrew, Implementating Strategic Decisions, New York, Longman, 1975. 3. Jeffrey Pressman, Aaron Wildavsky, Implementation - Now High Hopes Were Dashed in Oakland, Berkeley Univ. of California, 1973. 4. Paul A. Sabatier, David Mazmanian, Can Regulation Work ? The Implementation of the 1972 California Coastal Initiative, New York, Plenum, 1983. 5. Donald van Meter, Carl van Horn, « The Policy Implemenlation Process, A Conceptual Framework », dans : Administration and Society 6 (1975), p. 445-488. 6. Eugene Bardach, Robert Kagan, Going by the look. The Problem of Regulatory Unreasonableness, Philadelphia, Temple Univ. Press, 1982. 7. Renate Mayntz (ed.), Vollzugsprobleme der Umtveltpolitik, Stuttgart, Kollhammer, 1978. 8. Jochen Hucke, et al., Implementation kommunaler umweltpolitik, Frankfurt, Campus, 1980. 9. E. Bohne, Der informale Rechtsstaat, Berlin, Duncker und Humblot, 1980. 10. E. Blankenburg, « Mobilisierung von Recht », dans Zeitschrift für Rechtssoziotogie 1, 1, 1980, p. 33 64. |
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