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L’idée que nous avons eue de demander à Jean-Robert Henry de présenter un numéro sur le monde arabe rejoignait ce qu’il avait exprimé l’an passé dans un numéro du Courrier du CNRS consacré aux sciences du droit : l’espace arabo-musulman, disait-il, « constitue une aire culturelle très proche de nous dans l’espace mais relativement distante dans la représentation que les Européens se font du monde et d’eux-mêmes. Le monde arabo-musulman est depuis des siècles pour l’Europe – et particulièrement pour la France – la société « différente » par excellence, une altérité familière et radicale, attirante et répulsive, dont le caractère paradoxal pèse sur la formulation du discours scientifique dans tous les domaines. » [1] . Nous avions relevé qu’un des grands problèmes était « celui des rapports entre les systèmes juridiques nationaux et le désir plus ou moins fortement affirmé par les États arabes de constituer un espace juridique commun en harmonisant leurs législations » [2] . Par ailleurs, « la constitution de systèmes juridiques homogènes, nationaux ou régionaux, est remise en cause par la crise de légitimité de l’État moderne et les effets culturels contradictoires de la dynamique de mondialisation » [3] ; à tel point que la critique de l’absolutisme juridique de l’État moderne « invite à reculer l’horizon d’une homogénéisation rapide des systèmes juridiques, et à constater au contraire la persistance du caractère composite du champ juridique dans le monde arabe. Il ne s’agit pas là seulement de la cohabitation plus ou moins tendue sous l’égide de l’État de cultures et ordres juridiques différents, traditionnels et modernes, régionaux et nationaux, religieux et civilistes. Le champ juridique se révèle aussi composite par la réappropriation que font les usagers du pluralisme juridique, officiel ou de fait, dans lequel ils évoluent, et par la dialectique entre cette réappropriation et la normativité étatique(…). Cet apport du vécu juridique des usagers dans l’élaboration du tissu social normatif est de plus en plus reconnu par les États eux- mêmes, amenés à s’en accommoder : pour le chercheur, il ne peut être saisi dans sa richesse qu’en recourant aux méthodes les plus fines de la sociologie juridique, c’est-à-dire en sortant résolument du positivisme normatif » [4] . L’auteur remarquait encore que « la crise des systèmes juridiques arabes amène d’autre part à remesurer dans toutes ses dimensions l’enjeu politique et culturel du droit. » [5] . Nous vivons précisément une période troublée par un conflit armé où l’équilibre est ténu entre la revendication internationale de l’intégrité des États sous l’égide de l’ONU et une représentation d’un passage à un conflit ouvert entre deux types de culture et deux prétentions à l’hégémonie. Nous pensons que la publication de ce dossier pour les lecteurs de Droit et Société est conforme à notre politique éditoriale telle que nous l’avons déjà présentée, et qu’elle peut contribuer à une meilleure connaissance des enjeux culturels et des changements juridiques qui s’opèrent actuellement dans le monde arabe. La Rédaction
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[1] . Jean-Robert Henry, « Le droit dans les pays arabes », Le courrier du CNRS, Dossiers scientifiques, « Les sciences du droit », n° 75, avril 1990, p. 12. [2] . Ibid., p. 13. [3] . Ibid., p. 13. [4] . Ibid., p. 13. [5] . Ibid., p. 13. |
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