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RésuméParler de jeu sans évoquer Huizinga serait quasiment impossible. Mais il n’en est pas de même lorsqu’on parle des rapports entre le jeu et le droit. Le présent article a pour objet d’établir une relation entre la pensée de Johan Huizinga et le monde du droit. Un monde que Huizinga connaissait bien, encore que pas toujours de façon directe (c’est le cas pour Max Weber, qu’il ne connut que par le biais de Troeltsch). Un monde pour lequel la pensée de Huizinga était loin d’être inconnue. C’est le cas, en l’occurrence, des deux plus éminents juristes italiens, Francesco Carnelutti et Piero Calamandrei qui, sur l’approche huizinguienne et sur l’analogie entre deux notions – procès et jeu – qui retint l’attention de l’auteur néerlandais, modulèrent leur combat en faveur de deux conceptions opposées et antagonistes du procès. SummaryThough any discussion of games immediately calls to mind Johan Huizinga and his Homo ludens, the connection between game and law is scarcely as forthcoming. This essay’s purpose is to clarify the relationship between Huizinga’s thought and a juridical experience with which Huizinga himself was, if indirectly a times (as in the case of his knowledge of Max Weber, gained mainly by reading Troeltsch) familiar. Jurists are in their turn equally familiar with Huizinga’s writings, as is the case with two great Italian trial law specialists, Francesco Carnelutti and Piero Calamandrei who articulate opposing and conflicting views on trial law and procedure taking their cue from the analogies between trial procedures and game posited by the Dutch thinker.
I. L’apparition de Homo ludensLorsqu’en 1946 paraît en Italie la première traduction de Homo ludens, écrit en 1939 (Huizinga, 1946), Johan Huizinga est loin d’être un inconnu pour la critique italienne. Bien au contraire, en dehors de la Suisse et, bien entendu, des Pays-Bas, nulle part ailleurs les œuvres de l’auteur néerlandais n’auront été aussi connues et suivies, avec une attention aussi soutenue, qu’en Italie. Et ce grâce à des traductions aussi promptes que courageuses, si l’on pense au régime politique de l’époque (les années 1920-30) ou à la culture qui dominait en Italie, d’empreinte nettement idéaliste. Bien que la pensée de Huizinga soit foncièrement étrangère à l’humus culturel italien, l’auteur est bien connu et présent, encore que – et cela peut paraître paradoxal – sa fortune en Italie tienne plutôt au fait qu’on le critique plutôt qu’on ne l’accepte. En effet, l’œuvre de Huizinga devient bientôt un terrain de critiques provenant d’auteurs qui, pourtant, partent des perspectives et des positions théoriques les plus disparates. C’est le cas, par exemple, de Delio Cantimori et de Carlo Antoni. Le premier s’en prend à l’œuvre de Huizinga (il s’agit en l’occurrence de la première traduction allemande de In de schaduwen van morgen, een diagnose van het geestelijk lijden van onzen tijd (1935) (Huizinga, 1937)), en raison de la « gaucherie » du « déballage d’un esprit d’artiste individualiste et libéralisant » (Cantimori, 1936, p. 383). L’Italien reprendra son grief à l’égard du Néerlandais vingt-six ans plus tard, lorsqu’il rédigera l’avant-propos à la deuxième traduction italienne de l’œuvre (Cantimori, 1962, p. VII-VIII). L’attitude est encore la même chez le second, Carlo Antoni, qui, lui, aurait dû se féliciter (c’était un adepte convaincu de Benedetto Croce) de trouver chez Huizinga une attitude « individualiste » et « libéralisante » et qui, de surcroît, avait des contacts personnels avec le Néerlandais, qu’il avait connu à Rome en 1934 ; ce qui ne l’empêche pas de critiquer Huizinga d’autant plus à fond que sa critique ne se borne pas à un seul ouvrage, In de schaduwen van morgen, mais s’étend à l’ensemble de ses œuvres (que l’Italien était à même de lire dans la version originale). En effet, l’essai d’Antoni (Antoni, 1940) mérite d’être cité pour deux raisons. C’est le premier essai – bien que fortement critique – qui présente un aperçu des œuvres de Huizinga ; l’essai d’Antoni mentionne ou analyse un grand nombre d’œuvres de Huizinga : Het aesthetische bestanddeel van geschiedkundige voorstellingen ; Historische levensidealen (1915) ; Erasmus (1924) (traduction allemande 1928, italienne 1941) ; les essais sur la Renaissance faisant partie de Cultuurhistorische Verkenningen (1926) ; les essais « américains » : Amerika levend en denkend (1927) et Mensch en menigte in Amerika (1928), les Tien Studien (1926), puis In de schaduwen van morgen (traduction allemande Im Schatten von Morgen (1935), italienne La crisi della civiltà (1937)) ; et bien entendu Herfsttjj der Middeleeuwen (1919), qui paraîtra en traduction allemande en 1924 (Herbst des Mittelalters) et sera suivi de la traduction française (Le déclin du Moyen Age, 1937) et italienne (Autunno del Medioevo, 1940). À propos de la traduction française, il faut rappeler que ce fut précisément Antoni qui fit remarquer que Huizinga employait le mot « automne », ou plus exactement « heure automnale » (Herbstjj), pour écarter un terme dangereux comme « décadence », que la traduction française, en revanche, accentue (« Le déclin ») (Antoni, 1940, p. 2). L’autre raison de l’importance de l’essai d’Antoni sur Huizinga tient à la place qu’il occupe dans le contexte du volume qui n’était qu’un recueil d’articles par lesquels l’auteur retrace « la transition, voire la chute de la pensée allemande, à partir des problèmes posés par l’historicisme, dans le sociologisme “typologique” » (Antoni, 1940). Il s’agissait d’articles monographiques où, à des noms comme ceux de Dilthey, Troeltsch, Meineke et Weber, Antoni ajoute ceux du Néerlandais Huizinga et du Suisse Wölfflin, du moment qu’ils appartiennent, selon l’auteur, « encore que marginalement, à la même mouvance » : la crise de l’historicisme allemand destiné à déboucher (dans le sens de « dégénérer ») dans la sociologie. II. Le défi de Homo ludensC’est dans un tel climat culturel qu’arrive en Italie Homo ludens, qui met l’accent sur certains aspects déjà présents dans d’autres ouvrages de Huizinga (p. ex. Le déclin), ce qui faisait dire aux commentateurs de l’époque que « Huizinga avait opté pour le « royaume de l’accidentel », et par conséquent, pour la Kulturgeschichte, l’histoire des formes de civilisation ne fournissant que des “comment”, sans fournir de “pourquoi” » (Antoni, p. XXIX, 1940). Paradoxalement, c’était exactement ce qu’Antoni reprochait à Huizinga. Et ce qui était destiné à devenir son plus grand mérite aux yeux de la critique postérieure (U. Eco, 1985, p. 286). Et, aux yeux du lecteur, comme nous l’avons rappelé (U. Eco, 1985, p. 284), on agitait inopinément deux notions qui nous sont devenues désormais bien familières, mais qui, à l’époque, avaient quelque chose de franchement provocant. C’était une notion de culture en tant qu’ensemble de phénomènes sociaux, qui englobaient, sur un pied d’égalité, l’art comme le sport, le droit comme les cérémonies funéraires. Et cette notion en évoquait une autre : celle de l’invariant culturel, très courante dans les approches de l’anthropologie culturelle, mais décidément alternative aux approches des philosophes idéalistes de l’histoire. La notion de « jeu », en tant que constante des comportements culturels, exerçait une fascination incontestable, en raison même de son allure outrancière. Cette notion de jeu « ... avait vraiment l’air d’un pseudo-concept qui prenait brutalement le pouvoir en s’installant au Palais d’Hiver, qu’habitaient jusqu’alors des hôtes pleins de morgue : l’Esthétique, la Philosophie, l’Éthique, l’Économie » (U. Eco, 1973, p. 284). III. Les juristes de HuizingaNous omettons de faire état de l’appareil de citations (voir, le cas échéant, les notes de Homo ludens) qui présentent au lecteur des ouvrages très rarement présents dans le bagage culturel de l’époque. Il suffit de penser à l’Essai sur le don de Mauss, aux études de Piaget, à Malinowsky, à Kereny, etc. Il en était de même en ce qui nous concerne ici, le droit, pour lequel cette nouvelle approche était tout aussi téméraire. Ce qu’il importe de souligner immédiatement, c’est que la nouveauté n’était pas seulement d’avoir établi un lien entre le droit (en l’occurrence le procès) et le jeu, en analysant les éventuelles analogies et typologies des termes. « Dans le procès, nous distinguons trois formes ludiques : le jeu de hasard, la compétition ou le pari, la compétition de la parole » (Huizinga, 1946, p. 128). Ce sera, comme nous le verrons, la partie qui retiendra le plus l’attention de la critique postérieure, qui mettra l’accent (plus que Huizinga lui-même) sur le caractère « compétitif » de la controverse judiciaire. Si nouveauté il y a, ce n’est pas exactement dans ce sens. Max Weber avait déjà fait état de l’analogie entre le procès et le jeu. Dans son essai sur Stammler (Weber, 1907), Weber affirme clairement que le procès est l’institution juridique qui présente le maximum d’analogies avec le jeu, dès lors qu’on peut le gagner ou le perdre (Andrini, 1990, ch. 1). Huizinga n’avait pas lu Weber, mais il le connaissait indirectement par le biais de Troeltsch. À la coïncidence et, dans certains cas, à l’analogie entre les idées de Huizinga et celles de Weber avait déjà fait allusion Antoni dans l’essai susmentionné (Antoni, p. 183). Mais c’est Huizinga lui-même qui nous explique cette « parenté ». Dans une note à sa conférence sur « La valeur de l’histoire » (1934), il répond à l’un des ses critiques, Jan Marius Romein : « ... le Dr Romein dresse la liste des cas dans lesquels mes idées présentent une étonnante affinité avec des expressions de Max Weber, et s’étonne de ce que je ne le cite jamais. J’avoue, non sans honte, que les ouvrages de Weber constituent une des lacunes infinies de mes lectures. Malheureusement, c’est le cas ici. Je ne le connais qu’à travers Troeltsch. Mais justement pour cela, je me félicite beaucoup de la concordance d’idées signalée par le Dr Romein » (Huizinga, 1967, p. 89 et p. 91- 99). En revanche Huizinga connaissait Gierke, à propos duquel il déclare : « Une grande partie de ce qu’Otto Gierke rassembla il y a quelque temps, sans explication ultérieure, sous le titre de Humor in Recht, et qu’il considéra comme un libre jeu de l’esprit populaire, trouve maintenant un juste éclaircissement dans le cadre des origines compétitives de la décision juridique » (Huizinga, 1946, p. 126). D’ailleurs, le rapport procès-jeu (Huizinga lui-même est prêt à nous le rappeler) est très ancien. Encore qu’il n’existe pas de représentation spécifique de loci justitiae, tout site physiquement approprié peut faire l’affaire, pourvu qu’il soit stable : les arènes, la table de jeu, le cercle magique, le temple, l’écran de cinéma, le tribunal. Par leur forme et leur fonction, ils peuvent tous devenir des lieux de jeu, c’est-à-dire des espaces délimités, des lieux isolables, des enclos consacrés, qui font l’objet de règles propres et spéciales » (Huizinga, 1946, p. 29-30). Ce qui importe, en effet, ce n’est pas tant le lieu en soi, mais le fait que l’acte du procès advienne à l’intérieur d’une figure géométrique close et que cette constante topographique puisse être de type différent : « de l’enclos maçonné à l’enclos symbolique ; et leurs tracés n’ont pas besoin d’être physiquement perceptibles : il suffit qu’ils soient pensables » (Cordero, 1981, p. 310). C’est la scène sculptée par Héphaïstos sur le bouclier d’Achille, où les vieillards sont assis, d’après le récit de l’Iliade, « sur des pierres lisses, dans le cercle sacré ». C’est la représentation du hieros kyklos destiné à survivre, avec des variantes, selon une formule architecturale classique, où « les sièges réservés au collège chargé de juger forment un hémicycle clôturé par le banc de la défense » (Cordero, 1981, p. 310). C’est cet espace sacré, cet espace séparé, ce tèmenos, qui brise l’espace en profondeur, parce que c’est ici que se passent des choses étrangères à l’existence ordinaire (Huizinga, 1939, p. 119). Nous voici donc confrontés à une autre analogie avec Max Weber, que nous pouvons mettre en évidence grâce à un recoupement de citations de Franco Cordero (Cordero, 1981, p. 318). Il est question ici de la nature ausseralltäglich de l’événement judiciaire. Ce qui domine, dans le jeu comme dans le procès, c’est un ordre propre ou absolu, qui annule le monde ordinaire, qui donne lieu, à sa place, à un monde provisoire, à quelque chose d’illusoire (in-lusio est précisément le fait d’être dans le jeu) à l’intérieur du monde de tous les jours. Ce qui en résulte, c’est donc une action « close » de par sa nature même (Huizinga, p. 29, 30 et 32). Et ce qui domine, à l’intérieur de ce monde provisoirement substitutif, c’est la règle inexorable. À peu près à la même époque, Wittgenstein entreprend la rédaction de ses Bemerkungen über die Grundlagen des Mathematik (1937-1944) (Wittgenstein, 1956, p. 7), où la nature inexorable des mathématiques est vue comme découlant de l’ensemble des fondements du jeu logico-mathématique, un jeu qui ne déduit aucune vérité. Cette nature inexorable est vue précisément comme l’image d’un juge inexorable (Cacciari, 1976, p. 77). La « nouveauté » de Huizinga ne tient donc pas tant à l’analogie entre le procès et le jeu qu’à la façon dont s’opère ce rapprochement, qui n’est pas implicite. À notre avis, on a parfois compris d’une façon trop « mécanique » ce chapitre de Huizinga à propos des rapports entre le jeu et le procès. La nouveauté de ce chapitre n’est pas le constat de certaines analogies entre le procès et le jeu (la citation de Weber l’atteste), ni la typologie des formes ludiques du procès. La véritable nouveauté – il convient de le rappeler – est d’avoir eu la hardiesse, en 1938, de mettre l’accent sur le rapport entre les notions de juridiction, de jeu de hasard et de sentence oraculaire, et ce en faisant valoir leurs très étroites connexions. La balance de la justice est présentée en effet comme impliquant l’idée de « soupeser », où se fondent complètement les notions de volonté divine, de destin ou d’issue de la fortune. En tant que symbole, la balance n’est guère opposée à l’épée, du moment « qu’il ne s’agit pas encore d’un triomphe de la vérité morale, de l’idée que la justice pèse plus que l’injustice ». Ici la balance n’est que le symbole du risque d’une entreprise hasardeuse (Huizinga, 1946, p. 122). Et saisir une juridiction fait de plus en plus figure d’« entreprise pour tenter le sort ». Voilà la nouveauté, c’est-à-dire l’audace, chez Huizinga. Ici aussi, on décèlera aisément des analogies avec Weber. Comme Weber, Huizinga se souvient de la juridiction primitive (celle que Weber appelle « juridiction irrationnelle ») et, comme Weber, à propos des ordalies, il cite H. Brunner (Brunner, 1892). Mais, en ce qui nous concerne, nous sommes en 1938. À une époque où mettre l’accent sur le hasard lorsqu’on parle du rapport entre ce dernier et la juridiction est quelque chose de plus que la satisfaction d’une docte citation, et se passe aisément de tout commentaire. Après quoi le rapprochement proposé par Huizinga suit un parcours sémantique qui s’écarte de l’interprétation, prestigieuse et bien connue, de Werner Jaeger (Jaeger, 1936, Paideia) de l’étymologie du terme diké, justice. Huizinga, lui, fait dériver diké de dikein, jeter. Il n’est pas le seul à le penser : il suffit d’évoquer l’être jeté heideggérien dans Être et temps. Ce qui apparaît de façon encore plus immédiate en hébreu, cette langue faisant ressortir davantage le rapport entre l’idée de justice et celle de jeter, dans la mesure où le terme qui traduit par excellence la signification de loi, ou de justice, Thorah, implique une racine signifiant jeter un sort, provoquer une sentence d’oracle (Huizinga, 1946, p. 124). Si l’on passe à l’iconographie, la démarche reste essentiellement la même. La figure de la diké représentée sur les monnaies se confond souvent avec celle de Tyché (la destinée incertaine). Et celle-ci tient elle aussi une balance à la main. Il ne s’agit pas d’un syncrétisme attardé chez ces figures divines. Toutes deux résultent en effet d’une seule et même notion de compétition implicite dans le binôme « sort-droit », qui se scindera postérieurement. C’est encore un thème webérien : la dimension archaïque en tant que moment d’indifférenciation (Andrini, 1990, ch. I). Il ne sous semble pas arbitraire de lier l’étymologie du terme anglais to try (tenter) au substantif trial (procès). La fortune de Huizinga en Italie demeure néanmoins circonscrite à un certain milieu historico-littéraire (Petrocchi, 1949 ; Morpurgo Tagliabue, 1949 ; Garin, 1953 ; Morandi, 1947), à l’instar de ce qui se passe en Allemagne (Kaegi, 1946, 1947 ; Köster, 1947) et aux Pays-Bas (Bergsma, 1956 ; Hohlenstein, 1938 ; Wolfgraff, 1945 ; Van Valkergurg, 1945). IV. La réaction des juristes italiensLes bibliographies officielles passent complètement sous silence la réaction des juristes italiens à l’approche proposée par Huizinga. Ce qui s’explique facilement par la cloison qui séparait la culture juridique de la culture dominante, empreinte encore d’humanisme. Ce qui est plus grave, par contre, c’est le fait que ce silence durera jusqu’à une époque beaucoup plus récente, lorsque ce cloisonnement s’était réduit jusqu’à disparaître presque complètement. C’est le cas d’un essai (Valzania, 1978), paru assez récemment, qui entendait traiter de l’élément ludique du procès. Cet essai ignorait totalement la bibliographie juridique sur ce thème. On y parlait bien de juges et de procès mais non de juristes, ni d’experts en droit judiciaire. Les erreurs enfantent les erreurs : l’avant-propos à l’édition italienne de l’ouvrage de Roger Caillois, Les jeux et les hommes, dans la bibliographie générale sur le jeu (Dossena, 1981), ne cite aucun ouvrage juridique sur l’argument, parce que la source (le seul ouvrage cité) est celui de Valzania. Les lacunes s’enrichissent de lacunes. Il est intéressant à cet égard d’analyser deux essais qui, à la suite de la traduction italienne de Homo ludens, traiteront du rapport procès-jeu. L’intérêt de ces deux ouvrages est motivé par le prestige dont jouissent, en Italie, leurs auteurs, Francesco Carnelutti et Piero Calamandrei, tous deux éminents experts en droit judiciaire. À cette époque, ils furent les protagonistes d’un combat, qui ne fut pas seulement théorique, sur la réforme du code italien de procédure civile. Le monde juridique italien était partagé en deux camps opposés, ce qui faisait entrer en jeu des facteurs extra-juridiques, de nature pratique, théorique, idéologique, voire personnelle. Les deux juristes en question se trouvèrent dans la situation d’incarner ces conflits, avec les hauts et les bas qui en dérivèrent. Carnelutti attacha son nom, dans une large mesure, au projet de réforme du Code de procédure civile (projet Carnelutti, 1926). Le second, Calamandrei, collabora dès le début avec le premier à ce projet et se joignit à lui au sein du comité restreint chargé de tracer ses grandes lignes. V. Piero Calamandrei et Francesco Carnelutti :
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L’auteurLicenciée en Sciences Politiques à l’Université de Rome, titulaire d’une maîtrise du Cours de perfectionnement de la Faculté de Droit de l’Université de Rome. Chercheuse à l’Institut de Sociologie de la Faculté de Droit de l’Université de Macerata. Elle est actuellement professeur de sociologie du droit à la Faculté des Sciences Politiques de l’Université de Pérouse. Elle a enseigné à l’Institut de Philosophie du Droit de l’Université de Rome et elle a effectué des recherches sur des thèmes philosophico-juridiques et sociologiques, notamment sur l’œuvre de Max Weber et d’Emile Durkheim et sur la naissance de la sociologie en Italie. Elle a également effectué des recherches pour le compte du Ministère de l’Instruction publique (La restauration de l’enseignement dans les provinces belges du Royaume des Pays-Bas (1815-1830) ; I principi generali del diritto, Université de Rome), du Comité National de la Recherche (La sociologia italiana nella seconda metà dell’ottocento, Université de Bari ; Modelli di università e progetti di riforma, Université de Pérouse ; Modelli di città. Strutture e funzioni politiche, Université de Turin). Parmi ses essais les plus récents : « Amministrazione e sindacato in Emile Durkheim », in AA.VV., Il pubblico funzionario. Modelli storici e comparativi, Pérouse, 1981 ; « Luhmann in Italia », Rivista internazionale di filosofia del diritto, 3, 1980 ; « Il rischio della conoscenza », Democrazia e diritto, 6, 1988 ; « La sfida del presente e il linguaggio della politica », Rivista internazionale di filosofia del diritto, LXVI, 1989 ; « Oltre il limite del dire », Democrazia e diritto, 3-4, 1990. Elle vient de publier : La pratica della razionalità. Diritto e potere in Max Weber, Milano, Angeli, 1990. |
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* Professeur de Sociologie du droit à la Faculté de Sciences Politiques de l’Université de Pérouse, Italie. |
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