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Le bien-fondé d’une organisation publique de la recherche sur les faits sociaux s’avère d’autant plus malaisé à établir que ces faits intéressent au plus haut point l’activité pratique des institutions. Ainsi en est-il de la recherche de type sociologique lato sensu encadrée et promue par le Ministère français de la Justice : une recherche historiquement structurée de façon originale, une recherche porteuse de ses propres fins et une recherche censée répondre aux attentes des pouvoirs qui la financent. Le propos du présent texte n’est pas d’en dresser le bilan ni d’en apprécier les structures – celles-ci n’étant ci-après mentionnées que pour mémoire. En revanche il s’agit d’effectuer un certain nombre de remarques et de propositions, au moment où Droit et Société entame son propre dialogue avec l’institution judiciaire, sur le statut incommode de la recherche qui pour être légitime doit se rendre intelligible ou applicable, et qui pour être rigoureuse doit éternellement reconquérir une indépendance et une gratuité intellectuelle régulièrement marchandées. Un point de rappel. A l’instant, cette recherche est structurée en deux laboratoires centraux, anciens services ministériels dont les personnels ont bénéficié à titre global d’une intégration au CNRS en 1983. Elle possède ainsi une destinée administrative et scientifique originale, dérogatoire du régime commun des organismes de recherche en sciences de l’homme et de la société. Administrativement, cette recherche reste caractérisée par l’insertion structurelle de ses activités dans l’organisation des services du Ministère de la Justice et par la participation, dans le cadre de ce département, des exécutifs scientifiques à leur propre commandite et à leur propre évaluation [1] . Scientifiquement, ses territoires de compétence demeurent marqués par les divisions centrales qui leur ont donné naissance : le domaine des affaires civiles et de la protection judiciaire de la jeunesse pour le Centre de Vaucresson, les affaires criminelles et l’administration pénitentiaire pour le Centre de sociologie pénale. Cette situation originale qui aboutit pour la Chancellerie à tenir pour siennes des unités de recherche dont les travaux et les personnels relèvent du CNRS a pu constituer un pas d’importance vers l’indépendance intellectuelle de l’observation des faits sociaux de justice. A ce titre elle semble avoir été souhaitée par les animateurs principaux des anciens services [2] qui ont porté sur leurs propres pratiques des regards d’une grande vigueur analytique, respectueux des particularités de leurs objets et des contextes de leurs observations mais sans aménité envers les pesanteurs indues de l’administration [3] . Outre ce dispositif massif et centralisé, la Chancellerie dispose de la faculté de contracter avec des potentiels scientifiques divers afin de répondre à ses besoins de connaissances. Notre propos ne sera pas tourné vers le montage ou le contenu de la recherche liée au décret de 1983. Ces remarques liminaires veulent affirmer en revanche que, contrairement à la plupart des départements ministériels, la recherche a, à la Justice, un statut largement reconnu par l’administration, à l’ensemble de ses échelons. Mais il ne suffit pas d’annoncer « recherche » pour qu’aussitôt magistrats et fonctionnaires s’écrient « je prends ! ». Quand il se noue, le dialogue est délicat, incertain, semé de quiproquos et d’équivoques. De plus, puisque la recherche fait partie intégrante de l’administration, la voie hiérarchique ou l’aphasie bureaucratique peuvent aisément suppléer à l’échange langagier. Les demandes sans réponses et les rapports sans lecteurs rendent également les deux parties insatisfaites, mais également certaines de leur parfaite intégrité si tant est que la recherche scientifique obéit aux seules voies de la connaissance et la décision politique et administrative, aux seules lois de la souveraineté. On n’apportera pas ici une glose de plus sur ce très ancien et fort gallican dilemme. Seulement nous permettra-t-on de tenter une clarification circonstancielle non pas de ce que l’administrateur attend du chercheur, mais de ce qu’il est en droit d’attendre en regard de l’horizon légitime de la fonction scientifique. Au fond, croyons-nous avec P. Legendre, prime « l’attente du savant » [4] , attitude paradoxale de celui qui doit triompher des masques sous lesquels s’abritent les vrais rapports sociaux et qui se trouve, dès qu’il s’agit de droit, prié de servir ces images indispensables dont il aura pourtant dévoilé les montages. Ce texte voudrait porter un regard libre et prospectif, celui d’un chercheur qui n’appartient pas aux structures évoquées et n’est pas lié à leur histoire. Collaborant avec le secrétariat du Conseil de la Recherche du Ministère de la Justice, il nous fut demandé de contribuer à poser un problème : celui de la rencontre possible entre les attentes, à tous les niveaux, de l’administration de la Justice et des informations délivrées ou délivrables par ces producteurs de savoirs neufs que sont les chercheurs, de quelque étiquette qu’ils puissent relever. Très empiriquement, partiellement, trop souvent intuitivement, le parti fut pris du dialogue direct avec quelques fonctionnaires de justice qui avaient des questions pour la recherche. L’expérience a tenu souvent de l’ethnologie de survol, et le même principe qui préside à la prise de contact ethnologique s’est fréquemment répété, avec tel sous-directeur d’administration centrale, tel directeur régional des services pénitentiaires, tel surveillant, telle juge aux affaires matrimoniales... : Donnez-moi des douches au lieu de financer ces travaux abscons qui ne servent à rien ! Vous voulez savoir sur quoi conviendrait-il de faire porter les efforts de recherche... ? Allez donc voir le largage des libérés de Fleury, en pleine nuit, Porte d’Orléans... et écrivez-moi une thèse sur la récidive ! « L’incorporation de la connaissance scientifique parmi les paramètres de la décision – si elle est probablement inéluctable – suppose, écrivait Philippe Robert, de la part de l’utilisateur – administrateur un changement aussi profond de ses modes de fonctionnement que le recours à l’informatique » [5] . De la recherche d’un langage commun, d’un territoire d’échange entre ceux qui font, gèrent, exercent la justice et le tiers partenaire scientifique, procèdent les quelques pages qui suivent. Précaires réflexions et propositions qui ne demandent qu’à s’enrichir des critiques et des commentaires dont on voudra bien les gratifier. On trouvera donc ci-dessous (I) un parcours des formes d’expression des besoins administratifs de connaissance et quelques suggestions pour profiler les réponses de manière plus appropriée ; (II) un premier repérage des zones thématiques vers lesquelles convergent les interrogations relevées chez ceux par qui la justice est traduite en actes. I. Le besoin de rechercheA. Identifier l’« attente »La recherche publique sur la justice se heurte à un double écueil : trop proche de la « demande », elle devient recherche sur commande et déroge aux impératifs de distance et de critique indispensables à toute démarche scientifique ; trop éloignée des attentes institutionnelles, elle devient inaccessible aux acteurs sociaux les plus à même de bénéficier de ses enseignements. Une politique incitative en matière de recherche doit prendre acte de ces tendances malignes et envisager de les réduire en clarifiant d’une part les vœux de l’administration, en encourageant d’autre part sur le moyen et le long terme la structuration d’un tissu de compétences approprié. De l’équilibre de ce rapport dépendent la pertinence et l’utilité des productions. Le Ministère de la Justice dispose d’une partie du budget civil de la recherche. Il convient, pour l’administration de ce budget, de parvenir à une définition la plus claire possible des besoins de connaissance que souhaite prendre en charge cette institution. Par besoins de connaissance, l’on peut entendre [6] :
Ces quatre niveaux de la demande peuvent être assumés par la communauté scientifique, dont ils touchent l’éventail des potentialités. Il serait ainsi précieux qu’une politique de structuration en ménage la prise en compte solidaire. Si la recherche fondamentale ou théorique peut sembler marginale ou sibylline au décideur du court terme, elle offre un point de fuite garantissant l’autonomie de la perspective scientifique dans son ensemble, et donc l’objectivité des productions destinées à l’application. Nulle objectivité n’est concevable si la production d’informations relève exclusivement de l’exécution d’une volonté administrative. Les demandes émises par les directions de l’administration centrale ou les différentes juridictions, demandes plus volontiers provoquées par le Conseil de la recherche que spontanément formulées [8] , sont l’une des sources d’inspiration d’une politique incitative. Constituent-elles une source directement opératoire ? Selon la place occupée dans l’institution ou le degré d’immersion pratique, le point de vue varie. Plus sérieux est encore le paramètre introduit par la propre perception que les acteurs du champ judiciaire possèdent de l’apport de la recherche, de ses modalités, de son autonomie nécessaire, de sa portée et de ses retombées sensibles. L’expression des demandes est ainsi fortement dépendante de la confiance en la recherche et en ses capacités de répondre aux questions ressenties. A titre d’exemple, les problèmes d’identité des personnels du secteur pénitentiaire [9] , problèmes mettant en cause la nature de la mission carcérale elle-même devant la diversification des moyens de la justice pénale, suscitent plus volontiers des demandes de formation ou de stages de communication, alors qu’ils constituent un enjeu problématique de fond qu’une série de recherches serait capable d’éclaircir [10] . Des opérations concertées de recherche permettraient ainsi de cibler de la façon la plus appropriée le contenu nécessaire à la formation des personnels et à la communication [11] . L’identification des besoins de connaissances méritant d’être pris en charge par le Ministère de la Justice doit être le résultat d’un dialogue – dont on ne dira jamais assez à quel point il faut l’encourager et le dépouiller de ses aspects hiérarchiques [12] – entre les directions, les magistrats, les fonctionnaires de ce département et l’éventail, plus vaste qu’il n’a été jusqu’alors expérimenté, des potentiels scientifiques mobilisables. L’encouragement de pôles décentralisés de recherche liés de façon privilégiée à la Chancellerie semble l’une des voies les plus opportunes pour dynamiser les ressources scientifiques autour de l’enjeu judiciaire, éminemment attractif auprès des étudiants des diverses facultés de droit et sciences sociales, et rapprocher les réseaux de recherche, souvent jugés à bon droit trop éloignés des préoccupations des professionnels, destinataires naturels de leurs travaux. L’élaboration d’une politique incitative suppose ainsi tout autant une affirmation plus nette de l’attente administrative vis-à-vis de la recherche (quels objectifs pour quels modes scientifiques de traitement ?) que la volonté de structurer les communautés scientifiques selon la diversité des missions reconnues à la recherche. B. Formes suggérées pour une politique incitative1) Promotion d’observatoires territoriaux et sectoriels de l’activité judiciaireRégulièrement relevées, l’opacité du fonctionnement de l’institution et la méconnaissance des modalités réelles de la diversification de ses missions, des cultures professionnelles qui y sont associées comme des « publics » concernés, nécessitent la production d’outils permanents de recueil d’informations. La déconcentration des services judiciaires et la décentralisation de l’administration territoriale du pays invitent en outre à encourager les recherches à caractère localisé [13] . La mise en oeuvre, par exemple, des politiques de prévention de la délinquance tend à s’appuyer sur des études ad hoc réalisées par des cabinets privés contractant avec les autorités territoriales. Il revient semble-t-il à l’État d’accompagner, par le moyen d’une politique de recherche publique, ce processus impliquant de façon croissante le personnel judiciaire, sous peine de subordonner ses évaluations et ses actions en la matière à des travaux sporadiques, peu accessibles et généralement de qualité et de fiabilité douteuses. 2) Maîtrise des niveaux d’approche et diversification des modes d’expression des résultatsIl importe que la pluralité des visages des travaux de recherche – expertise immédiate, production de connaissances nouvelles, désignation des horizons de la connaissance – soit prise en compte autant dans la manière dont l’institution adresse ses demandes aux communautés scientifiques que dans les façons dont celles-ci retournent les connaissances attendues. Le ciblage ab initio des initiatives de recherche est une condition de la conformité des résultats aux attentes institutionnelles. Ainsi faut-il préconiser dès les phases d’élaboration des programmes qu’une place soit faite, pour chaque thématique en cause, à la variété des échelles d’intervention de la recherche, à charge pour les laboratoires ou groupes de recherches attributaires de missions d’investigation de prévoir une restitution également diversifiée de leurs productions : du très fondamental engageant le terrain exclusif de la communication scientifique, aux travaux d’expertise et d’évaluation au service des institutions, jusqu’aux actions de diffusion large ou de formation spécifique des personnels. Un schéma idéal voudrait que la variété des niveaux d’approche et la pluralité des échelles d’expression des résultats fussent assumées par un nombre restreint de pôles de compétences relativement généralistes répartis sur le territoire national. Sans doute est-ce là ce vers quoi peut tendre une politique scientifique pluriannuelle ? Si un tel réseau de recherche publique au service d’une administration publique de la justice demeure à conforter ou à construire, l’affichage de cette double exigence de maîtrise des niveaux d’approche et de diversification des expressions des résultats peut être un facteur décisif de l’harmonisation des rapports entre l’institution judiciaire – commanditaire, objet et destinataire des recherches – et les milieux académiques compétents. 3) Décloisonnement interneL’institution judiciaire assume, par elle-même ou la ressource du partenariat, une diversité de missions sous une diversité de visages administratifs. Cette juxtaposition de compartiments d’action tend à sécréter autant de protocoles d’information ou de recherche limités aux objectifs gestionnaires du département concerné. Ainsi l’inspection des services judiciaires cherche à élaborer une grille d’analyse du fonctionnement des juridictions tandis que la Protection judiciaire de la jeunesse encourage auprès de ses partenaires « recherche », souvent associatifs, la mise au point d’observatoires régionaux permanents. Une politique de recherche cohérente devrait parvenir à prendre en charge ces convergences difficiles à déceler et certainement plus délicates encore à manier du point de vue de l’économie interne des services. Elle pourra s’appuyer sur ce tiers-partenaire qu’est l’institution scientifique pour en aménager le traitement au mieux de l’utilité commune. 4) Comparaisons internationalesIl importe enfin d’encourager systématiquement l’insertion des recherches effectuées pour le compte du Ministère de la Justice dans l’ état international des connaissances. Le faible développement des recherches en France sur l’état des rapports entre le droit, la justice et la société (par rapport à la recherche juridique stricto sensu) et l’internationalisation accélérée de la vie juridique sont parmi les facteurs qui plaident pour une action déterminée en ce domaine. Trois dimensions sont envisageables :
Le théâtre européen est le domaine naturel de l’insertion de la recherche française dans la coopération internationale [14] . Le traitement des questions de justice ne saurait cependant s’y réduire : l’influence croissante des modèles américains sur la vie judiciaire et les représentations de la justice en France mériterait un traitement spécifique. II. Quels thèmes de recherche,
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* Chargé de recherche au CNRS. [1] . Le décret du 20 octobre 1983 relatif à l'organisation de la recherche au Ministère de la Justice prévoit l'institution d'un conseil de la recherche « chargé de promouvoir une politique de recherche dans les domaines d'intervention » du ministère. Ce conseil, qui énonce les besoins de connaissance et préside aux choix budgétaires, est composé de quinze membres dont six relèvent des laboratoires eux-mêmes (directeurs des laboratoires, représentants des personnels scientifiques). [2] . Service de coordination de la recherche, Service d'études pénales et criminologiques. [3] . On consultera en particulier: J. Commaille et P. Lascoumes, « De la caution au dévoilement. La justice, la recherche et leurs mythes », Annales de Vaucresson, 1982, 19, pp. 82-107 et La question pénale (Genève, Droz, 1984) de Ph. Robert dont plusieurs chapitres sont consacrés aux liens entre recherche et administration, notamment le Ch. V « L'« utilisation » de la recherche pénale », pp. 76-84. [4] . P. Legendre, Le désir politique de Dieu. Etude sur les montages de l'État et du droit. Leçons VII, Paris, Fayard, 1988, p. 373. [5] . Op. cit., p. 82. [6] . Que Marc Robert, Sous-Directeur des Affaires criminelles et des grâces, soit remercié de la clarté de ses explications sur ce point crucial. [7] . Le Secrétariat du Conseil de la recherche a ainsi par exemple commandité aux Etats-Unis la production d'un rapport exhaustif sur les traitements législatifs et juridictionnels du harcèlement sexuel, anticipant sur le débat public et l'urgence législative (cf. G. M. Strickler, Harcèlement sexuel et vie professionnelle. La réglementation aux Etats-Unis, 1991). [8] . Parmi de notables exceptions, citons les demandes convergentes de la Cour d'appel de Colmar et de la Direction de la protection judiciaire de la jeunesse de Rennes sur les mineurs dits « incasables », mettant en échec les dispositifs spéciaux d'éducation prévus à leur effet (1991). [9] . Juge d'application des peines, Service médico-pénitentiaire régional, surveillants, secteur social interne, secteur social associatif...: la juxtaposition des compétences n'éclaire pas le sens des missions de chacun et ne favorise pas leur complémentarité; la gestion des relations entre services peut prendre le pas sur les finalités des services eux-mêmes. Certains services, par exemple SMPR, possèdent un double ou un triple visage: du point de vue interne au service (traitement médical des conséquences de la détention ou même projet thérapeutique conçu comme concurrent et alternatif au traitement carcéral), du point de vue du personnel de surveillance (l'antenne est une « soupape de sûreté » vers laquelle on oriente les détenus selon des critères d'évaluation propres au seul personnel de surveillance), du point de vue de la direction d'établissement (c'est un corps étranger, soumis à la seule autorité de la santé publique). Ainsi est-il particulièrement incohérent d'évaluer, comme ce fut récemment fait, l'action des antennes « toxicomanie » installées dans les établissements comme si elles constituaient des univers au statut affirmé, sans considération de leur place relativement à l'ensemble organique de l'établissement. [10] . Voir par exemple les recherches en cours financées par le Conseil de la Recherche: M. Goldberg, « Santé et conditions de travail des personnels de surveillance », INSERM U88; G. Benguigui, A. Ch. Auvenet, F. Orlic, « Conditions de travail des personnels de surveillance », Centre d'Étude des Mouvements Sociaux; D. Lhuilier, N. Aymard, « La sécurité et l'identité professionnelle des personnels de surveillance », GERAL. [11] . Symétriquement, l'on ne peut reprocher au dispositif de recherche existant, limité dans ses moyens et ses objets, et strictement centralisé, de ne posséder qu'une visibilité et une accessibilité relatives compte tenu de l'étendue, en exponentiel accroissement, des questions posées par la société à l'institution judiciaire. [12] . Cf. Commaille et Lascoumes, art. cit., p. 90. [13] . Les domaines plus classiques de l'administration de la justice revendiquent également une plus grande localisation des recherches: si l'on dispose d'une forte tradition de sociologie criminelle par exemple, nous manquons de monographies de politique pénale. [14] . A l'échelle européenne, notons l'ouvrage structurant du Groupe Européen de Recherche sur les Normativités, la considérable innovation qu'a été, sous l'impulsion d'A.-J. Arnaud, la création de l'Institut International de Sociologie Juridique d'Oñati en Espagne (Guipuzcoa) et le récent et ingénieux Laboratoire Européen d'Étude de la Filiation, dirigé à Paris I par Pierre Legendre, avec le soutien du Ministère de la Justice. [15] . Cf. le récent bilan de la recherche française autour de la question pénale dressé par C. Faugeron, « La production de l'ordre et le contrôle pénal », Déviance et Société, 1991, XV, 1, pp. 51-91. [16] . Cf. L. M. Raingeard de la Bletière, « Peut-on adapter l'administration aux finalités de la justice? », Revue française d'administration publique, 1991, 57, pp. 61-67. [17] . La France, à l'instar des législations d'esprit continental, a exclu de la réflexion doctrinale (excepté en matière internationale) les solutions informelles, non-institutionnelles, extra-judiciaires de traitement des différends. Le recours à ces instruments (médiation, conciliation, arbitrage, circuits de « dérivation », maisons de justice etc.) correspond à une sorte d'importation, tacite ou avouée, puisée dans les pays dont la tradition juridique a théorisé et favorisé le développement de ces alternatives au jugement. Il est de toute première importance d'encourager les recherches portant à la fois sur ce transfert et les conditions de son succès. [18] . P. Legendre, Le crime du caporal Lortie. Traité sur le père. Leçons VIII, Paris, Fayard, 1989, p. 55 s. [19] . Benjamin N. Cardozo, The Nature of the Judicial Process, New Haven & Londres, Yale University Press, 1921, p. 141. |
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