Éditorial

 

Droit & Société N° 27/1994

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La richesse d’un contenu peut parfois rendre superflue sa présentation. Il se suffit à lui-même. Sagesse passagère de l’éditorialiste qu’on aura l’indulgence de ne pas interpréter comme une recherche de justification de sa paresse. Nous nous contenterons donc, cette fois-ci, de donner le ton de ce numéro en disant qu’il a en quelque sorte un caractère bifocal. Il porte sur des objets ; il fournit des éléments de réflexion sur les conditions de production de connaissance et sur les outils de connaissance dans ce qui prétend être le domaine de compétence de la revue.

Les objets, c’est d’abord par le recours à l’observation participante, l’étude des mises en œuvre du droit administratif (article d’André J. Hoekema) ou l’analyse du jeu complexe des normes, de leur production ou de leur application en droit du travail (article de Klaus Moritz) ; ce sont aussi les réflexions sur l’appareil de Justice, dans ses relations avec d’autres institutions y compris celles qui tentent de surmonter les tares des cloisonnements ou des incompatibilités formelles (article de Thilo Firchow), ou autour de la question controversée de sa modernisation (article de Jean-Luc Bodiguel) ; ce sont encore des observations sur une population particulière qui relève de la Justice : les adolescents criminels (article de Bernard Zeiller et Simone Couraud) ; c’est enfin une interrogation sur les redéfinitions probables du modèle juridique français face à l’hétérogénéité socio-culturelle (article de Norbert Rouland).

Mais la recherche sur le juridique, la recherche juridique ou la recherche socio-juridique (nous aurons certainement l’occasion de revenir sur cette polysémie ou ces spécialisations en la matière), plus que d’autres sans doute, ne cessent de revenir sur les conditions de production de leurs connaissances et ne cessent d’en révéler la variété et de témoigner d’une quête de voies nouvelles. C’est ainsi que nous interprétons les réflexions sur le sens même de l’expression « production de la norme juridique » et sur ce qu’elle ouvre comme perspective d’analyse pour la recherche (article d’André-Jean Arnaud) ; c’est probablement ainsi qu’il faut également recevoir le plaidoyer pour une approche interdisciplinaire de la production des normes à partir du constat de démarches spécifiques, respectivement par les juristes, les sociologues et les économistes (article de Jean-Pierre Bonafé-Schmitt). La perspective critique qui nous est offerte par Jean-Luc Bodiguel sur la façon d’analyser le projet de départementalisation de la Justice s’inscrit également dans cette orientation dans la mesure où elle prend pour cible ce qui est d’abord reçu comme un discours d’acteur de l’institution judiciaire (article de Bernard Brunet paru dans le n° 26 de la revue). Le recours au concept d’« État multinational » pour résoudre le problème de l’organisation politique européenne (article de Stéphane Pierré-Caps) ou le travail effectué sur la validité du paradigme post-moderne et ses éventuelles limites (article de Pauline Maisani et Florence Wiener) représentent eux-mêmes des exemples de démarche sur les outils.

Si la prospérité d’un domaine de recherche ou d’une discipline se mesure à ce qu’elle produit mais aussi à sa capacité à faire inlassablement le travail critique sur ce qu’elle produit et sur ce qui détermine cette production, nous avons tout lieu ici d’être optimiste...

La Rédaction