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Les personnels de surveillance des prisons font partie de ces catégories de travailleurs dont l'opinion n'entend parler qu'à l'occasion d'événements graves et parfois dramatiques. Ils constituent un groupe professionnel à qui a été confié l'une de ces tâches ingrates mais nécessaires au fonctionnement des institutions et à l'ordre public que toute société doit assurer. Pourtant leur mission est méconnue voire méprisée par une grande partie de ceux à qui elle apporte la sécurité. Affirmer que le recours à l'incarcération est une pratique de facilité de la part de ceux qui ont en charge le traitement de la délinquance et dénoncer à juste titre la sur-occupation des établissements carcéraux ne peut servir de prétexte à ignorer ce qui se passe derrière leurs murs. Il y a une particularité du regard que l'on porte sur la prison par rapport à celui qui est accordé à d'autres institutions qui, comme elle, accueillent des populations spécifiques : cette singularité est révélatrice d'une certaine gêne intellectuelle et souligne le caractère exceptionnel du lieu. Mais si l'institution pénitentiaire a fait l'objet de nombreux travaux de recherche, d'études ou de réflexions relevant d'approches de philosophie sociale ou de sociologie centrées sur ses fonctions idéologiques, elle est aussi un espace de vie où co-existent des populations différentes dans un rapport encore mal connu. Les éléments du dossier qui est ouvert ici appellent l'attention sur plusieurs aspects des conditions de vie des personnels de l'administration pénitentiaire et particulièrement sur les agents de surveillance. Georges Garioud et Irène Jonas soulignent le hiatus entre les gardiens et leur hiérarchie et dressent un inventaire des dysfonctionnements que cette incommunicabilité génère dans l'exécution des missions dont la prison est investie. Issu d'une recherche portant, plus largement que sur le seul domaine carcéral, sur les conditions d'expression des salariés au sein de leurs entreprises, ce rapport éclaire quant aux facteurs objectifs qui peuvent interférer avec les intentions et avec les dispositifs méthodologiques empruntés au « management » pour compliquer la mise en œuvre des politiques de modernisation des structures sociales. À partir d'un travail entrepris dans le cadre d'un doctorat, Philippe Combessie s'interroge sur l'insertion résidentielle des personnels pénitentiaires dans des zones géographiques où ils doivent gérer une situation ambiguë : nouveaux habitants, ils sont accueillis en tant que résidents et consommateurs, citoyens, ils sont invités par de subtiles pressions informelles à occulter des statuts professionnels qui sont difficilement compris et acceptés par l'environnement social. « Dépassant la diversité des sites d'implantation et des types d'établissements, la recherche montre comment la première tâche des collectivités d'accueil est de cacher, de taire, de tenir à distance matérielle et symbolique cet objet si mal légitimé, la prison. » Les sources des difficultés d'intégration sociale des personnels de l'administration pénitentiaire sont nombreuses. Jean-Charles Froment s'est intéressé, lui aussi dans le cadre d'une thèse de doctorat, sur la relation entre le « malaise existentiel » des professionnels du secteur et les logiques de régulation suivies par l'administration pénitentiaire afin de trouver un équilibre entre les systèmes de contrainte qui pèsent sur la prison. Dans une optique qui se réfère à la science administrative et à l'analyse des politiques publiques, son article emprunte à la pensée d'Habermas pour démontrer le rôle premier que tiennent, pour l'analyse de la crise pénitentiaire, les problèmes de légitimation de l'institution. Le dernier volet de ce dossier ramène aux individus puisqu'il traite de la santé des personnels pénitentiaires. Il offre un témoignage de l'intérêt que présente l'approche multidisciplinaire d'un même objet en s'intéressant, à partir d'une démarche strictement épidémiologique, aux possibles interactions qui s'établissent entre les conditions de travail d'une population et l'état de santé de celle-ci. Ce travail, réalisé par l’équipe de Paquerette Goldberg, constitue une étude pionnière dans un domaine qui est encore peu développé. Son objectif n'était pas de produire des conclusions opérationnelles en matière de santé publique mais, plus modestement, de dégager des pistes et de permettre la formulation d'hypothèses pour de futures investigations. Cette démarche essentiellement quantitative convaincra, s'il en est besoin, que les apports de toutes les méthodologies scientifiques à la production de connaissances est un facteur indispensable de la capitalisation des savoirs. La Mission de Recherche |
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