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RésuméLe dépouillement d'un questionnaire épidémiologique rempli par des membres du personnel de l'administration pénitentiaire française en 1991 permet de dégager des pistes de recherche intéressantes quant aux possibles interactions qui s'établissent entre pathologie individuelle et conditions de travail. Une étude pionnière menée par une équipe pluridisciplinaire de l'unité 88 de l'INSERM à la demande du ministère de la Justice et du ministère du Travail, de l'Emploi et de la Formation professionnelle a produit un grand nombre d'informations dont l'analyse et l'interprétation semblent porteurs d'éléments originaux qui éclairent la connaissance de ce milieu professionnel et qui débouchent sur la formulation d'hypothèses à portée théorique. Conditions de travail objectives – Étude épidémiologique transversale – Morbidité générale – Santé mentale – Vécu des conditions de travail. SummaryHealth and Working Conditions of Prison Staff in France The analysis of a 1991 epidemiological survey conducted among prison staff in France uncovered interesting lines of research pertaining to the relationships between working conditions and mental health. A pioneering study undertaken at the request of the Ministries of Justice and of Labor by the pluridisciplinary team at INSERM's unit 88, produced a great deal of information. Its analysis and interpretation seem to provide new elements that throw light on this professional milieu and that lead to new hypotheses of theoretical import. Cross-sectional epidemiological study – General morbidity – Mental health – Subjective experience of working conditions – Working conditions.
Peu de travaux ont été publiés à ce jour sur l'état de santé et les conditions de travail des personnels travaillant dans des établissements pénitentiaires. En France, aucune étude épidémiologique sur ce thème n'a été réalisée et si l'on trouve de nombreux documents concernant le milieu carcéral, on ne dispose d'aucune donnée statistique décrivant les conditions de travail des personnels. Plusieurs études étrangères concernant certains problèmes de santé des personnels pénitentiaires ont été publiées ces dernières années, notamment en Australie, Nouvelle-Zélande, Suède, Grande-Bretagne, Finlande et États-Unis. Certaines d'entre elles portent sur de petits effectifs, d'autres sur des échantillons allant jusqu'à 2 000 personnes. Sans pouvoir transposer directement les résultats observés aux agents de l'administration pénitentiaire, pour diverses raisons, ces études ne fournissent pas moins des informations utiles. La plupart se sont focalisées sur l'état de santé mentale, directement ou par l'intermédiaire d'indicateurs indirects, en relation avec le « stress », les relations de travail ou l'organisation sociale au sein des établissements. Les résultats sont diversifiés mais présentent parfois des éléments relativement défavorables concernant les surveillants. En dehors d'indicateurs de santé mentale, diverses pathologies courantes sont aussi étudiées, quelquefois également pour les conjoints des personnels concernés. Le bilan bibliographique concernant les questions posées sur les conditions de travail et la santé des personnels pénitentiaires est cependant assez mince. En dehors de quelques pistes il ne permet pas de porter un jugement a priori sur la situation française. Cela explique la nature de cette étude et sa méthodologie. Les objectifs et la méthodologieL'absence de données françaises représentatives se rapportant aux éléments à étudier nous a conduits à définir des objectifs relativement modestes sur le plan scientifique mais permettant d'apporter des informations utiles sur la situation dans les établissements de l'administration pénitentiaire et de défricher largement le terrain. Les objectifs de l'étude étaient essentiellement descriptifs. Il s'agissait de :
Il convient de souligner que dans une telle étude descriptive à statut largement exploratoire, nous avons défini de façon très extensive la notion de « santé » (incluant divers aspects de l'état de santé physique, mentale et sociale ainsi que des indicateurs indirects : arrêts de travail, consommation médicale, comportement alimentaire, etc.) et celle de « conditions de travail », englobant là aussi des aspects très divers allant depuis les nuisances physiques, chimiques ou biologiques jusqu'à des aspects organisationnels et relationnels : l'attention a été portée aussi bien sur des éléments objectifs et factuels que sur le vécu individuel des conditions et des situations de travail. Une seconde série d'objectifs était de nature comparative. Il s'agissait de :
Ces objectifs, de même que la méthodologie d'enquête qui en découle, ne permettent en aucune façon de porter un jugement de causalité sur le rôle éventuellement pathogène de tel ou tel facteur professionnel vis-à-vis d'un problème de santé. Ceci impliquerait en effet la mise en œuvre de méthodes épidémiologiques spécifiques destinées à tester une hypothèse précise. Or, nous l'avons signalé, l'absence de données de référence solides interdit la formulation de telles hypothèses. Il faut donc considérer l'étude actuelle comme essentiellement exploratoire et descriptive, visant à réunir sur une base solide les éléments statistiques permettant de juger de l'état de santé global et des conditions de travail, et d'indiquer les associations permettant ultérieurement de répondre à des questions précises soulevées par les observations actuelles. L'étude est une enquête épidémiologique transversale. Elle repose sur la passation d'un questionnaire unique à un échantillon d'agents de l'administration pénitentiaire. Une phase préparatoire a permis à l'équipe de recherche INSERM de se familiariser avec le terrain et de préparer le protocole de l'étude tout en sensibilisant le milieu afin d'augmenter l'acceptabilité de l'enquête. Cette phase a consisté en un travail de bibliographie, de prise de contact avec les principaux intervenants (organisations représentant le personnel notamment), de visites et d'entretiens (au nombre d'une quarantaine sur cinq sites différents), et de réalisation d'une pré-enquête afin de tester les procédures et la première version du questionnaire. Plusieurs réunions communes avec l'équipe des sociologues du CNRS dont le projet a été également sélectionné lors de l'appel d'offres ont permis de précieux échanges d'expériences et d'informations. Le protocole finalement retenu comprenait un auto-questionnaire composé de trois grandes parties :
Afin d'assurer la meilleure comparabilité possible avec des informations issues d'autres enquêtes, les deux premières parties du questionnaire ont été répliquées de protocoles antérieurement établis. Par contre les questions relatives aux conditions de travail ont été élaborées spécifiquement. Les questionnaires, strictement anonymes, ce qui garantit une entière confidentialité, ont été adressés, accompagnés d'une lettre explicative et d'une « enveloppe-T » pour la réponse, à un échantillon-cible de plus de 10 000 agents. Ils ont été vérifiés un à un lors de leur retour et saisis sur un micro-ordinateur. Les méthodes d'analyse statistique utilisées sont classiques en épidémiologie : tableaux croisés, tests sur les pourcentages et les moyennes pour la partie strictement descriptive. Pour la partie comparative il a été employé la méthode dite des odds-ratios qui est un indice d'association entre deux variables mesurant l'augmentation de la probabilité d'une caractéristique (la maladie) en présence d'une autre caractéristique (l'exposition à un facteur de risque). Dans l'analyse présente l'odds-ratio a été utilisé pour comparer chaque catégorie du personnel à l'ensemble des autres catégories pour toutes les variables du questionnaire et pas uniquement pour les variables de santé. Ces odds-ratios ont été systématiquement ajustés sur le sexe, l'âge et le niveau de scolarisation afin d'éviter un effet de confusion introduit par ces variables. RésultatsLe taux global des réponses effectivement exploitables s'est établi à 45,7 %, ce qui constitue un résultat élevé traduisant l'intérêt de la démarche aux yeux des personnels de l'administration pénitentiaire. La ventilation des chiffres de participation selon certaines caractéristiques de la population montre que les hommes et les femmes ont répondu dans des proportions comparables mais que l'âge a joué un rôle certain, les plus jeunes participant davantage que leurs aîné(e)s à l'enquête : l'âge moyen est de 37 ans pour les hommes et de 35 ans pour les femmes. Autres facteurs discriminants, la zone de résidence (un plus fort taux de réponse provenant des régions du Nord du pays que de celles du Sud) et la catégorie professionnelle (chez les hommes 84 % des répondants sont des surveillants, chez les femmes 40 % des répondants sont des administratives et 32 % des surveillantes). Enfin les calculs montrent que l'ancienneté professionnelle moyenne des hommes ayant participé à l'enquête est de 10,9 ans et celle des femmes, de 8,7 ans. La première analyse qui a été faite des réponses dans une perspective de comparaison inter-catégories a produit des données concernant la carrière des agents et des indications relatives à leur habitat et à leur environnement familial, à leurs conditions de travail objectives et subjectives et à des éléments de leur vie extra-professionnelle. Elle conduit aux observations suivantes :
Certains des résultats de l'enquête ont pu être comparés avec des données similaires disponibles à l'unité 88-INSERM concernant d'autres populations. Les comparaisons avec des agents hospitaliers et des « forces de vente » ont été très limitées pour des raisons méthodologiques. Celles qui ont pu être faites montrent dans l'ensemble une fréquence plus élevée des problèmes de santé parmi les personnels de l'administration pénitentiaire.
N.B. Dans son état actuel cette recherche ne fournit encore que des résultats partiels qui devront être affinés par la mise en œuvre de méthodes statistiques multivariées et par la vérification de certaines hypothèses concernant le rôle de l'organisation du travail en milieu pénitentiaire sur l’état de santé des personnels. Elle constitue néanmoins un précieux corpus de connaissances qui ouvre des perspectives prometteuses tant pour la recherche fondamentale que pour la recherche appliquée. |
L’auteurIngénieur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM, unité 88). A mené plusieurs études en épidémiologie dans le champ santé-travail et a coordonné le projet de recherche dont les premiers résultats sont présentés ici. |
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* Synthèse
d’un rapport de recherche réalisé par Marcel Goldberg, Paquerette Goldberg,
Simone David, Sami Dassa, Marie-José Marne et ** INSERM
(Unité 88), |
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