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RésuméEn tant qu’expérience de création du droit, le Forum des droits sur l’Internet mérite d’être l’objet d’un examen attentif. Il convient notamment de remarquer que cette institution porte en elle certaines richesses structurelles face au mode de création du droit en vigueur sur Internet. Certes, pour autant, le résultat de cette expérience n’est pas en soi satisfaisant. Reste qu’alors, c’est par d’autres voies que ce Forum se révèle être une formidable source de leçons dans le cadre d’une recherche visant à trouver une structure décisionnelle adaptée pour Internet et le droit en réseau. Création du droit – Cyberespace – Principes d’action
– Structure des SummaryThe « Forumization » of Law : Perspectives and Lessons of an Uncommon Experiment in Law Creation As an experiment in law creation, the “forum des droits” merits careful study. Faced with the current method of law creation on the Internet, one ought to note that this institution possesses certain positive qualities, even if this “forumization” is not completely satisfying. This experiment offers valuable lessons for a code of behaviour adapted for cyberspace and the postmodern legal context. Creation of law – Cyberspace – Principles of action – Structure of legal order.
Suite à notre réflexion sur la démocratie électronique [1], il paraissait nécessaire de cerner plus profondément, à travers un acte isolé, les modalités et les implications des réactions étatiques face au phénomène Internet. Notre choix s’est porté sur le Forum des droits sur l’Internet [2]. La forumisation du droit ne sera donc ici qu’un néologisme lié à cette expérience originale de création du droit. Le fond de notre interrogation consistera à se demander si ce Forum propose un modèle permettant d’améliorer la prise de décision collective sur Internet, et à défaut, quels enseignements doivent en être tirés. L’expérience du Forum des droits sur l’Internet est en effet intéressante à plusieurs titres sur le plan juridique. Elle repose tout d’abord sur une volonté de faire du droit étatique autrement, de façon négociée. Par ailleurs, pour maîtriser cette impulsion, elle s’inscrit dans un recours comportemental aux notions de corégulation et de procéduralisation. Enfin, ce Forum possède un processus décisionnel original. De ce fait, cette expérience institutionnelle se dégage d’un contexte « publicitaire » et présente un attrait pour qui cherche à encadrer les évolutions contemporaines de la création du droit initiées par Internet. Il y a un intérêt à ausculter cette institution et à cerner son efficience (I). Elle pourrait receler un modèle décisionnel adapté à l’Internet. Pour autant, il apparaît bien vite que cette expérience ne marque pas une césure franche avec la fabrique moderne du droit. Un certain nombre de ses avatars y figure. On peut notamment remarquer que ce Forum reste sous dépendance étatique et qu’il est enclavé dans un pluralisme et une complexité limités. Il semble ainsi n’avoir pas pris pleinement acte du phénomène Internet et hypothéquer de ce fait la qualité de ses résultats. Si le Forum des droits apparaît en effet comme une expression juridique remarquable dans la mesure où elle prend institutionnellement acte de l’originalité d’Internet, cette construction juridique doit néanmoins être appréciée à sa juste valeur : celle d’un objet juridique hybride, ni étatique ni civil, ni moderne ni postmoderne. En fait, une gabegie structurelle, certes étonnante, mais peut-être encore insuffisante au vu des exigences d’Internet concernant la création du droit. Reste que, de par ce constat interne que nous allons dérouler, ce Forum présente un intérêt capital. Il est source de leçons (II) : tout d’abord vis-à-vis des tentatives étatiques de réception des autres systèmes juridiques, si pratiquées en matière d’Internet, mais aussi en tant que révélateur de l’impact qu’a Internet sur l’univers juridique et des actions à mener. Son étude est donc un point de passage fort d’enseignements pour qui réfléchit sur le juridique et l’Internet. I. Le résultat d’une radioscopie postmoderne du Forum : la présence de handicaps matriciels face à la création du droit d’InternetAvant d’ausculter le Forum des droits, il convient tout d’abord de rappeler certains éléments fondamentaux du phénomène juridique. Ainsi, il nous appartient de poser que le droit est ce que chaque groupe social considère comme les règles importantes dans le cadre de son fonctionnement ou plus précisément qu’il est « à travers la diversité des expériences qu’en ont faites les sociétés humaines, ce que chaque société, ou certains de ses groupes considèrent comme indispensable à sa cohérence et à sa reproduction » [3]. De même, un ordre juridique serait un groupe social composé de diverses couches structurelles : celles du but, de l’identité, du comportement, du processus de création du droit et du contenu du droit [4]. Ceci étant entendu qu’y prend place un jeu organisationnel au nom duquel une évolution en n’importe quel lieu entraîne un changement ailleurs. Il nous est ensuite impératif de signaler dès à présent qu’Internet, en faisant évoluer les processus de création du droit de façon réseautique, impliquerait pour les ordres juridiques de modifier leurs couches structurelles profondes dans un sens pluraliste et complexe (ces deux qualificatifs se trouvant englobés par le terme de réseau [5] et consistant dans un premier temps « à faire de la régulation »). Sans cette adaptation, les actions des ordres juridiques subiraient une perte de pertinence. Or, cette modification réseautique, c’est précisément ce que le Forum des droits sur l’Internet, en tant qu’ordre juridique, semble avoir tenté pour le compte de l’État. Il est une des seules institutions où ce mouvement de structuration a pris une ampleur conséquente. Sous cet angle, le Forum fait d’ailleurs office de recherche institutionnelle face à la postmodernité juridique. Reste à voir si cet ordre juridique a réussi son pari d’adaptation structurelle, source de pertinence d’action. I.1. Les qualités structurelles du Forum face au droit en réseauLe Forum s’est construit sur une réaction contre la création moderne du droit [6]. Il consiste en fait en une opération de prise en compte des exigences d’Internet en matière de production du droit. Mais, pour donner sens à cette impulsion, cet ordre juridique s’est édifié sur une identité régulatrice rejetant le droit « diktat » et il a enfermé cette logique dans un comportement et un processus décisionnel cohérents avec cette lignée identitaire. Son action en terme de création du droit peut donc se trouver adaptée à l’Internet. Une identité [7] sous réseautisationL’identité organisationnelle du Forum peut être considérée comme régulatrice. En effet, dans ce Forum, le recours à la régulation n’est pas un simple slogan. Ce concept y est une donnée identitaire effective. Par ailleurs, l’identité régulatrice de ce Forum a émergé du processus réflexif français face aux nouvelles technologies et a donc des bases solides. Or, partant de là, l’identité du Forum se situe dans un mouvement de réseautisation tendant au pluralisme et à la complexité, lequel est prometteur en termes de pertinence d’action. Le théorème identitaire du ForumDans un sens politique, la notion de régulation se présente désormais comme « un guidage d’action dans le cadre d’un système organisé ayant des échanges avec son environnement et mettant en œuvre des processus d’adaptation » [8]. Elle renvoie au développement contemporain de la polycentralité, « à l’entrelacement d’actions multiples, complémentaires, contradictoires, juxtaposées » [9]. Ce serait un concept lié notamment à celui de gouvernance, celle-ci se laissant appréhender comme un « processus de coordination d’acteurs, de groupes sociaux, d’institutions qui ne sont pas tous étatiques ni même publics pour atteindre des buts propres, discutés et définis collectivement dans des environnements fragmentés, incertains » [10]. Par ailleurs, sous cet angle, l’identité régulatrice, à l’inverse de l’identité réglementariste, consiste alors d’abord à maintenir en équilibre un système complexe. Cela signifie qu’elle implique, pour les ordres juridiques, de gérer un multiple en évitant qu’un élément fasse pencher vers lui la balance (au moins s’il n’y a pas de nécessités). L’identité régulatrice consiste à prendre en considération l’état des choses et à faire coexister les différents ordres [11]. Pour ce faire, l’identité régulatrice conduit à limiter l’impérativité des droits, à combiner toutes formes de droit comme le contrat, les usages et la loi (en ce sens, les MARC [12], les chartes et codes privés sont des instruments d’une action régulatrice). Pour certains, cette identité situerait donc l’activité juridique d’un ordre juridique entre le droit et le non-droit étatique, la renvoyant à une nouvelle pensée de la loi. Mais, plus profondément, l’identité régulatrice, comme la régulation, est une vision de l’action publique qui consiste à garantir la lutte des ordres et de leurs droits entre eux. Dès lors, tout comme le concept et le paradigme de la régulation, « qui gagne à être combiné et croisé avec d’autres paradigmes » [13], l’identité régulatrice est liée notamment aux concepts de pluralisme ordonné, à la procéduralisation [14] et au réseau. Mais, au delà de cette vision de l’identité régulatrice dans l’interne des ordres juridiques, à une échelle externe [15], il s’agit d’une pensée juridique qui consiste pour les ordres juridiques à s’ouvrir aux autres et à accepter une perte de pouvoir sur le droit. Autrement dit, cette identité consiste pour les ordres à jouer honnêtement avec leurs congénères en acceptant un certain nombre de risques juridiques inhérents au jeu. Or, la notion de régulation semble non seulement présente dans le Forum des droits mais il y existerait aussi une sincère identité régulatrice. Les propos des responsables du Forum, ses productions, sa présentation envers ses utilisateurs et les séquences vidéos en ligne suggèrent en effet la présence d’un impératif régulatoire dans l’identité organisationnelle du Forum des droits. Ainsi, pour Isabelle Falque-Pierrotin, la déléguée générale de cette institution, le Forum s’inscrirait dans une logique de coopération où le critère de la représentativité serait en balance avec celui de la contribution légitime [16]. Dans une certaine mesure, c’est la qualité de l’intervention qui aurait vocation à primer, ce qui pose la non-préséance d’un groupe. Par ailleurs, I. Falque-Pierrotin plaide pour que le rôle de l’État soit réduit (« trop d’État tue l’État » [17]) et affirme que l’autorégulation à laquelle le Forum fait appel est un phénomène qui « témoigne d’une évolution extrêmement profonde des comportements » [18]. Si elle plaide néanmoins pour une attitude de corégulation (à chacun son rôle), c’est, dit-elle, parce que cela permet de mieux « échanger et se coordonner » [19]. Enfin, et ce fait n’est pas des moindres, selon elle, le Forum doit lui-même fonctionner en réseau [20]. L’objectif y serait, « quand c’est possible, de faire naître le consensus » [21], en somme de pratiquer le pluralisme et la complexité. Or, il y a déjà, dans ces propos au moins, la marque d’une volonté à aller vers une identité régulatrice. Mais, au delà des volontés exprimées à la presse, certains écrits engageant davantage leurs auteurs dans la conduite du Forum dévoilent aussi ce caractère identitaire. Le Forum se présente ainsi sur son site comme « un lieu permanent de dialogue et de réflexion visant au développement harmonieux des règles et usages de ce nouvel espace » [22] qu’est Internet. Ici, selon ces textes, il existerait un « processus central du débat » ayant pour but de répondre « de façon ouverte et humaniste » au monde en réseau [23]. Le Forum, en lui-même, serait « un intermédiaire impartial et constructif entre acteurs publics et privés permettant une réflexion collective », ou « un outil de gouvernance, c’est-à-dire de pilotage d’un environnement complexe » [24]. Plus précisément, le Forum se dit notamment porteur des convictions suivantes [25] : — le monde en réseau ne saurait se limiter à un espace marchand (par là, on sous-entend la nécessité de créer le droit d’Internet avec des acteurs publics) ; — il ne peut y avoir de réponse crédible sur l’Internet que mondiale (par là, on sous-entend la nécessité de faire le droit d’Internet avec les divers acteurs privés et publics). Par ailleurs, le Forum dit se reposer sur les principes de fonctionnement suivants [26] : — démocratie élaborative (le Forum a pour objectif de faciliter le dialogue et l’échange entre tous les acteurs de la toile, grand public ou experts, administrations ou intervenants privés) ; — indépendance (le Forum ne défend aucun intérêt public ou privé particulier) ; — pragmatisme (le Forum fonctionne dans une démarche d’expérimentation à partir de l’observation des pratiques sociales) ; — transversalité (le Forum entend briser les approches sectorielles afin de dégager des principes communs, de raisonner et d’agir de façon globale). Sous ces divers écrits, émergent alors les traces d’une identité organisationnelle régulatrice. Le recours aux notions de convictions et de principes de fonctionnement renvoient, selon nous, aux valeurs identitaires de l’ordre juridique du Forum. Si cela est certain pour ce qui est des convictions, il semble, en effet, que les principes de fonctionnement du Forum renvoient plus à des idées sur le fonctionnement de cette instance qu’à des principes d’action bien affirmés (c’est-à-dire au comportement). Partant de là, ce sont des valeurs identitaires. Or, avec cette identité, le Forum se trouve en bonne position pour développer une action pertinente dans la création du droit concernant Internet. En effet, sur l’espace Internet, seuls les ordres juridiques inspirés par cette attitude juridique semblent devoir éprouver quelques succès dans la création du droit. Cette modalité de pensée de l’action combinant respect et intégration des ordres juridiques (pluralisme et complexité) apparaît appropriée sur cet espace où la création du droit s’effectue selon le principe du réseau. Elle correspond aux règles du jeu induites par l’espace Internet pour les ordres juridiques [27] et peut donc aider à y fixer du droit. Étant ouverte aux diverses entités juridiques, elle atténue la contestation, laquelle dans une création en réseau signifie la mort du droit par inefficacité. Par ailleurs, avec cette identité régulatrice, le Forum des droits dispose d’un atout d’autant plus fondamental pour participer à l’élaboration d’un droit d’Internet pertinent que cette dernière repose sur une expérience réflexive qui lui donne du poids. Une base identitaire éprouvée de longue dateLa volonté de régulation et l’identité régulatrice du Forum ne sont pas nées ex nihilo. Elles se sont formées suite à un mouvement réflexif qui est émaillé de concrétisations ou d’expressions institutionnelles. Ainsi, leurs élaborations ont progressé au gré notamment de la mission interministérielle placée sous la responsabilité de I. Falque-Pierrotin (1996) ou de la commission Beaussant (1996-1997), puis d’un certain nombre de rapports et travaux (rapport de P. Laffite en 1997, rapport de Martin-Lalande en 1997, rapport de R. Trégouët en 1997, rapport de F. Lorentz en 1998, rapport du Conseil d’État en 1998, rapport C. Paul en 2000) [28]. La formulation de cette volonté de régulation dans le rapport C. Paul est ainsi déjà le résultat d’un large mouvement réflexif. Si c’est certes avec le Forum que l’on voit apparaître pour la première fois une identité organisationnelle régulatrice cohérente, il n’en faut alors pas moins remarquer que celle-ci repose sur un processus réflexif et certaines expériences. Cela implique qu’elle ne peut être remise en cause aisément. Dès lors, avec sa couche identitaire, l’ordre juridique du Forum dispose d’un atout pour participer à l’émergence d’un droit d’Internet pertinent. Son action promet davantage de succès que celles qui ont émergé dans le cadre de la démocratie électronique où les instances émettrices d’action ne disposaient pas d’une telle identité. Mais, comme nous allons le voir, ce Forum dispose aussi d’un atout avec sa couche comportementale. Un comportement [29] cohérentAvoir une identité organisationnelle régulatrice ne peut suffire au Forum pour élaborer un droit adapté à l’Internet. Sans un comportement cohérent, traduisant de façon honnête cette identité, la tâche resterait aussi ardue. Mais, sur ce point encore, le Forum des droits semble éviter un certain nombre de reproches. Le Forum des droits : une construction entre théorie et pratique, source de cohérence structurelleTout d’abord, ce Forum s’est construit sur une dialectique théorie-pratique qui lui assure une cohérence organisationnelle au niveau comportemental. Ainsi, dans un premier temps, le rapport C. Paul, c’est-à-dire la base du Forum, marie ces deux points de mire. Par exemple, dans ce rapport il est écrit que « l’Internet nécessite de repenser la manière de produire du droit », mais pour autant cet objectif théorique est rattaché à une perspective pratique puisque, ici, il s’agit « non pas de définir une nouvelle source de droit, une nouvelle forme de régulation, mais de trouver une méthode adaptée aux temps nouveaux » [30]. D’autre part, pour traiter de son sujet, ce rapport essaye, et c’est notable, « de comprendre l’Internet ». Il relève que « le modèle technique est devenu un modèle de comportement communautaire » et, plus profondément, que « c’est sans doute dans le processus même d’élaboration collective des décisions que l’apport de l’Internet se fait le plus sentir » [31]. Pour autant, il remarque qu’en pratique ce modèle doit être encadré par une régulation dont l’enjeu « est la transposition des normes de comportements et valeurs démocratiques dans le monde des réseaux » [32]. Au delà de s’arrêter sur l’aspect théorique du modèle communautaire d’Internet, le rapport s’attache à remarquer qu’en tout état de cause « les règles d’usages définies par la netiquette apparaissent minimales et sans garantie de respect » [33]…, ce qui impose une action. Mais, pour montrer cette liaison théorie-pratique, il est tout simplement possible de relater, par exemple, l’appel de ce rapport aux codes de conduite au nom de l’efficacité, lesquels, sous sa plume, constituent néanmoins un nouveau mode de production du droit. Par ailleurs, la réception et la reprise de ce rapport restent fidèles à cette optique. Ainsi, le Forum des droits entend, comme nous l’avons dit, être régulatoire (avoir une assise théorique) mais aussi pragmatique, valeur qui l’a conduit à poser certains principes d’action comme [34] : — se constituer pas à pas ; — s’appuyer sur les compétences existantes ; — fonctionner dans une démarche d’expérimentation à partir de l’observation des pratiques sociales ; — réaliser une corégulation. De par cette dialectique, le Forum disposait donc d’un sérieux atout pour se créer un comportement de type régulatoire, cohérent avec son identité. Et c’est ce qui s’est en partie passé. Les notions d’autorégulation et de corégulation : une déclinaison comportementale pertinente du théorème identitaireDans sa volonté de lier pratique et théorie, le Forum des droits a voulu traduire de façon comportementale ses valeurs identitaires. Ceci a donné naissance aux recours aux notions d’autorégulation et de corégulation, lesquelles constituent, malgré certaines aspérités, des principes d’action assurant au Forum une pertinence d’action dans la fabrique du droit d’Internet. Dans le cadre du Forum, la notion d’autorégulation signifie qu’il faut faire « appel aux acteurs privés eux-mêmes » [35]. Dans ce sens, « l’autorégulation ne remplace ni la loi ni le juge. Il s’agit de décliner, d’expliciter les principes de la loi dans des environnements non prévus par elle ; il s’agit d’agir de façon préventive contre la commission d’infractions en définissant des usages, des modes de comportements, des outils adaptés à un environnement nouveau » [36]. Alors, même si cette notion ne renvoie pas pleinement au contenu du terme de régulation, son utilisation permet de relayer relativement bien l’identité du Forum au niveau comportemental. Elle inscrit partiellement celui-ci dans le pluralisme et la complexité. Pour sa part, la notion de corégulation signifie a minima que le juge, l’État et les entreprises « peuvent se compléter, collaborer, chacun dans leur rôle respectif » [37]. Mais pour I. Falque-Pierrotin « la corégulation, en fait, c’est la prise en compte de l’environnement complexe dans lequel nous vivons, de l’interdépendance des acteurs » [38]. Avec cette notion, il s’agirait de combiner l’action de l’État avec l’autorégulation des acteurs. Ce serait une nouvelle méthode de régulation inspirant notamment le livre blanc sur la gouvernance européenne. Il s’agirait aussi d’une « démarche préparatoire à la décision » [39] créant une concertation entre les autorités publiques, les acteurs privés et les utilisateurs dans un espace neutre. Ainsi, dans le cadre du Forum, « en définitive, la corégulation est une vision du fonctionnement de la société : moins centrée autour de l’État, donnant à l’individu et aux acteurs une place renouvelée, elle vise à faire de la société de l’information un espace de respect de l’humanité » [40]. D’autre part, dans le rapport C. Paul, la corégulation se présente comme un moyen de permettre une rencontre entre « le temps de l’Internet et le temps des institutions » et de faire naître quand c’est possible un consensus [41]. Le sens de la corégulation y est d’offrir aux institutions démocratiques un moyen de remplir leur rôle en adoptant la rapidité et la pertinence nécessaires. Cette « méthode adaptée aux temps nouveaux » [42] doit les rendre aptes à écouter davantage, en collaborant mieux avec l’ensemble des acteurs et des parties prenantes aux débats. Elle doit aussi les conduire à se « focaliser sur les sujets dont les enjeux sont essentiels et où leur intervention est décisive, et à laisser différentes formes, pas uniquement marchandes, d’autorégulation s’exercer là où elles suffisent à répondre aux attentes sociales » [43]. Cette notion de corégulation relaie donc aussi relativement bien l’identité régulatrice du Forum au niveau comportemental. Elle l’inscrit pareillement dans le pluralisme et la complexité. Ainsi, le Forum a utilisé les notions d’autorégulation et de corégulation pour s’exprimer dans le droit d’Internet. C’est en fonction d’elles qu’il réfléchit et agit, qu’il se comporte. Or, avec ces principes d’action, le Forum dispose d’un comportement en partie cohérent avec son identité régulatrice et semble destiné à une certaine pertinence d’action. Mais il a adopté un autre principe d’action tout aussi porteur en ce domaine. La procéduralisation : un garde-fou prometteur de la traduction structurelle de la régulationLe Forum des droits a voulu penser son organisation de façon procédurale. Pour ce faire, il s’est inscrit dans un mouvement de procéduralisation. Or, de ce fait, il s’est assuré un garde-fou concernant la traduction comportementale de son identité et s’est offert un atout de plus pour produire une action pertinente. Ce mouvement de procéduralisation qui tend à promouvoir les rapports de discussion entre sous-systèmes [44] s’inscrit en effet dans le cadre d’un principe comportemental communicationnel. Il permettrait l’émergence d’un comportement reposant sur la maxime « la loi, c’est la procédure » et faisant place à la « volonté de concilier les intérêts des partenaires de la communication interactive » [45]. Il rendrait possible une action concrète se définissant « moins en termes de normes matérielles et de politiques substantielles que de procédures dont l’effet le plus clair est de relancer sans cesse le jeu de l’interactivité » [46]. Mais, aussi, on peut considérer que, plus qu’un principe visant à faire émerger un « modèle participatif décentralisé et évolutif adapté à un environnement devenu lui-même complexe et instable », ce principe s’inscrirait dans l’émergence de nouveaux dispositifs juridiques dont « la théorie du droit s’efforce de rendre compte à l’aide de modèles situés quelque part entre deux théories contemporaines de l’action communicative » (que sont celle d’inspiration éthico-discursive de Habermas et celle d’inspiration systémico-fonctionnelle de Luhmann). Il côtoierait en effet les visées de ces auteurs pour qui il ne s’agirait plus, « comme dans le modèle classique, antagoniste et fixiste, de négocier une question sur la base de préférences données et entre partenaires pré-identifiés mais de redéfinir le domaine de choix lui-même, en reformulant à la fois les points de vue pertinents, les acteurs intéressés et les normes de référence ». Plutôt que « d’un compromis sur des positions connues », il s’agirait alors « d’une construction d’une règle d’équivalence entre données inconnues », d’un learning process qui « est autant un processus d’auto-apprentissage qu’une entreprise sans terme préétabli, accordée à la radicale incertitude du contexte » [47]. On peut donc considérer qu’avec son recours à la procéduralisation le Forum s’est assuré un garde-fou relativement à la traduction structurelle de son identité. Certes, il convient de remarquer que, d’un point de vue théorique, le Forum ne s’est inscrit dans ce mouvement réflexif qu’implicitement. Mais, dans les faits, le recours du Forum à la procéduralisation est visible dans sa circularité organisationnelle. Cette dernière renvoie en effet à une forme de concaténation imbriquante des sujets juridiques qui peut être schématisée de la sorte [48] : Dans l’idée de ses promoteurs, cette circularité avait pour vocation de structurer l’espace de rencontre avec au centre un Conseil formant le noyau du Forum et « cherchant à faire émerger le consensus ou au contraire à rendre compte des divergences au terme du débat » [49]. C’est afin de créer une structure ouverte et souple, non centrée sur le vote à la majorité, que le Forum a été organisé selon ces trois cercles concentriques qui, en théorie, sont appelés à participer de façon plus ou moins équivalente à la discussion. On se trouve donc là dans une inspiration procédurale tendant à promouvoir les rapports de discussion entre sous-systèmes et faisant place à la « volonté de concilier les intérêts des partenaires de la communication interactive » [50]. Par conséquent, cette circularité schématique dévoile bien la présence d’une procéduralisation dont l’effet logique serait d’assurer que le résultat de l’action du Forum soit « la prise en compte de l’environnement complexe dans lequel nous vivons, de l’interdépendance des acteurs » [51]. Cette structure du Forum vise en effet à une concaténation des sujets juridiques productrice de pluralisme et de complexité, assurant, dans le comportement du Forum, une réalisation de son identité. Or, de ce fait, le Forum des droits semble disposer de façon certaine, avec son comportement, d’un atout supplémentaire pour produire un droit d’Internet pertinent. Mais le Forum dispose aussi d’un processus décisionnel porteur d’espoirs en ce domaine. Un processus décisionnel à tendance postmodernePour produire un droit d’Internet adapté, le Forum avait avant tout besoin d’un processus de « création » du droit [52] conforme aux exigences d’Internet (ici, il se confond avec le processus de travail). C’est d’ailleurs à cause de cette nécessité d’adaptation processuelle subie par tous les ordres juridiques impliqués sur Internet que le « bougé étatique » que représente le Forum a eu lieu [53]. Dans sa structuration institutionnelle, le Forum a alors adopté des règles précises de fonctionnement d’inspiration postmoderne et d’origine « internetique », cohérentes avec sa structure profonde et donc prometteuses en termes de qualité d’action. Elles sont censées assurer, elles aussi, une concaténation des sujets juridiques. Néanmoins, dans le cadre de cette étude, pour développer cette observation nous ne pourrons nous intéresser qu’à la partie la plus caractéristique du processus de création du droit du Forum : la phase décisionnelle [54]. Reste que, dans ce cadre décisionnel, il convient tout d’abord de remarquer que des règles de type postmoderne avaient déjà été posées dès le rapport C. Paul. Leur teneur était la suivante [55] : — Le Forum devait être constitué de trois cercles concentriques : un Conseil restreint de 15 membres et de correspondants publics ; des membres associés dont le nombre n’était pas limité (il s’agissait d’associations réparties dans un collège « entreprises et acteurs économiques » et un collège « utilisateurs ») ; le réseau en général, c’est-à-dire tous les acteurs et les citoyens. — Le Conseil devait assurer la permanence de l’organisme, piloter ses équipes, identifier ou reconnaître les questions à traiter, organiser le débat public et en traduire les résultats. Sa composition devait refléter la diversité des acteurs concernés par l’Internet, ses usages et la régulation. Il devait se composer de 4 représentants des pouvoirs publics, 8 représentants des membres associés disposant d’une forte légitimité, 3 personnalités qualifiées désignées par les douze membres précédents, 1 président élu par les membres du Conseil. — Chaque question soulevée par l’organisme devait donner lieu à une discussion ouverte avec les divers cercles. Une procédure de fonctionnement avait par ailleurs été envisagée de la façon suivante [56] : L’organisme peut être saisi d’une question par les pouvoirs publics, ou décider lui-même, de son propre chef ou suite à la sollicitation d’un acteur, de soulever une nouvelle question. Il organise ensuite une consultation préalable de ses membres et des autorités publiques, réunit les pièces du débat, puis ouvre le débat public. Celui-ci se déroule dans la transparence, physiquement et en ligne. Au terme du débat, qui est animé par l’organisme et fait l’objet de synthèses et points réguliers, le Conseil peut, soit constater l’existence d’un consensus et s’en faire le relais, soit constater que des divergences subsistent entre les participants au débat. Dans ce second cas, il ne prendra de position que s’il est capable d’atteindre une majorité qualifiée des trois quarts en son propre sein, et se fera l’écho des positions divergentes. Toutefois, en gardant globalement la même optique, le Forum a quelque peu fait évoluer ces règles. Il a développé un processus comportant des groupes de travail, des comités de concertation, un Conseil d’orientation et un Conseil de surveillance [57]. En fait, désormais, afin de concilier l’ouverture du Forum à tous les acteurs avec « un souci de productivité des groupes de travail », il existe « deux comités de concertation internes qui regroupent, selon deux collèges distincts, les adhérents et qui sont consultés par voie électronique avant toute recommandation ou avis du Forum » [58]. Par conséquent, pour I. Falque-Pierrotin, « un adhérent, n’ayant pas participé aux travaux spécifiques d’un groupe de travail peut, par ce dispositif, faire néanmoins entendre sa voix. En outre, sur un plan externe, des forums de discussion avec les internautes sont ouverts en liaison avec les groupes de travail. Ceci permet la mise en place d’un processus de construction collectif entre membres et non-membres du Forum » [59]. Les recommandations du Forum sortiraient donc au final « soit des groupes de travail » (qui prolongent leurs travaux avec des forums donnant la parole aux internautes et soumettent ensuite des rapports intermédiaires puis des recommandations), soit « de consultations plus informelles » [60]. Dans ce cadre de fonctionnement décisionnel, pour ses promoteurs, « par ses procédures internes, le Forum s’est doté de règles internes de fonctionnement qui permettent à la démocratie d’exister » [61]. Inspiré par le fonctionnement de l’IETF et du W3C [62], il en respecterait l’essence. On rencontrerait de la souplesse et de l’ouverture en interne et en externe. Ces règles d’inspiration postmoderne ne feraient du Forum ni « un Yalta entre gouvernements, entreprises et société civile pour le partage du pouvoir », ni un « schéma de régulation multiniveaux » [63]. Elles créeraient davantage un lieu de résolution des conflits entre les grandes catégories d’acteurs sur les questions d’ordre général où « l’enjeu essentiel est désormais de gérer leurs interactions permanentes et d’articuler les effets de celles-ci » [64]. Il est dès lors permis de considérer qu’avec ces règles le Forum dispose d’un processus décisionnel adapté à Internet, cohérent avec son identité et son comportement régulatoires. Elles permettent, elles aussi, une concaténation des sujets juridiques productrice de pluralisme et de complexité et procurent au Forum un atout structurel supplémentaire pour produire un droit adapté à l’Internet. Le Forum des droits semble donc disposer de certains atouts structuraux pour créer du droit adapté à Internet. Sa structure organisationnelle le rend apparemment apte à respecter les règles du jeu de création de droit en vigueur sur Internet. Mais, avant de considérer cette institution comme une réussite, il convient encore de prendre en compte certains arguments plaidant pour la présence de handicaps structurels en son sein. Ces derniers pourraient en effet réorienter le constat relatif à cette expérience de création du droit. I.2. Le fardeau de la modernité dans l’ordre juridique
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L’auteurDocteur en droit, spécialiste de la théorie du droit du cyber- Parmi ses travaux : — Essai d’art juridique à l’attention des citoyens européens : quelques peintures pour comprendre l’Union européenne et juger sa constitution, Servon sur Vilaine, Association Jurivisions, 2003 ; — L’évolution de la création du droit engendrée par Internet : vers un rôle de guide structurel pour l’ordre juridique européen, thèse, Université de Rennes I, Centre de recherches européennes, École nationale supérieure des télécommunications de Bretagne, 2004. |
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* « Beauvais », 1. Renaud Berthou, « La démocratie électronique ou l’Internet et l’évolution de la participation des agents politiques à la prise de décision dans l’ordre juridique étatique », www.marsouin.org, janvier 2002. L’objet de cette recherche était tout d’abord d’étudier un panel d’expériences de « démocratie électronique » afin de qualifier l’augmentation, engendrée par Internet, de la participation des agents politiques à la prise de décision étatique. Ensuite, devant l’aspect décevant du constat dressé, cette recherche s’est vu attribuer l’objectif d’en expliquer la cause. Dans ce cadre, elle a alors tenté de mettre à jour les ressorts de l’attitude étatique et pointé les limites des volontés et capacités de l’institution étatique à se régénérer via des réceptions. Néanmoins, cette recherche n’ayant eu pour ambition que de réaliser un constat général et d’approcher un phénomène global, elle n’a pas alors pu suffisamment dévoiler le mécanisme étudié et montrer de façon précise comment se traduisait « l’attitude étatique » dénoncée. C’est ce que cet article s’est donc vu attribuer comme objectif. 2. Le Forum des droits sur l’Internet est un organisme spécifique créé pour réfléchir sur les questions juridiques posées par l’Internet. C’est à la suite d’un rapport réalisé et remis par le député Christian Paul en juin 2000 que le Premier ministre décida de lancer le projet du Forum des droits sur l’Internet, en décembre 2000, et d’en confier la responsabilité à Madame Isabelle Falque-Pierrotin, maître des requêtes au Conseil d’État. Cet organisme, censé être « un lieu permanent de dialogue et de réflexion » visant au développement harmonieux des règles et usages d’Internet a aussi pour objectif de permettre « de mieux comprendre les enjeux du monde en réseau et, par le processus central du débat, d’y répondre de façon ouverte et humaniste ». Son ambition est d’associer l’ensemble des acteurs à la construction de la civilité de l’Internet. Sur ce point, voir « Pourquoi le Forum ? », www.foruminternet.org/ quisommesnous/pourquoi.phtml, septembre 2002, p. 1. 3. Norbert Rouland, Aux confins du droit. Anthropologie juridique de la modernité, Paris, Odile Jacob, 1991, p. 138. 4. Renaud Berthou, L’évolution de la création du droit engendrée par Internet : vers un rôle de guide structurel pour l’ordre juridique européen, thèse, Université de Rennes I, Centre de recherches européennes, École nationale supérieure des télécommunications de Bretagne, 2004, p. 377-396. Les ordres juridiques disposent en effet tout d’abord de couches structurelles superficielles : les processus de création du droit et le contenu du droit. Expressions d’un soubassement plus profond, ce sont des moyens d’action pour les ordres juridiques, des moyens de réaliser leur but, d’exprimer leur identité et leur comportement. De façon métaphorique on peut dire que le processus de création du droit représente ainsi l’organe d’expression, voire la bouche de l’ordre juridique. C’est ce qui lui permet d’articuler ses idées. C’est un outil au profit d’une identité et d’un comportement. Il est créé pour les servir. Le droit matériel, pour sa part, n’est que la parole de l’ordre. C’est le discours du pouvoir politique. Par ailleurs, les ordres juridiques se composent de couches structurelles plus profondes. La première est celle du but, tout ordre disposant en effet d’un but commun. C’est elle notamment qui définit l’ampleur des activités de l’ordre juridique. C’est en quelque sorte la couche où « l’affectio societatis » forme l’objet social des groupes sociaux. Il existe deux degrés ou types de buts : les buts principaux et les buts organisationnels nécessaires à ces buts principaux. La deuxième couche structurelle profonde des ordres juridiques est celle de l’identité. Elle renvoie notamment à un magma de signification et un capital de valeurs et de traditions propres à l’ordre juridique. Quant au comportement, la troisième couche structurelle profonde des ordres juridiques, il renvoie aux principes d’action qu’un ordre utilise. Ces derniers sont liés à son identité mais en constituent une application pratique. Parfois, cette couche est exprimée dans le droit : c’est, par exemple, le cas des droits de l’homme dans l’ordre étatique français. Mais cette couche semble comprendre plus précisément tous les grands principes d’action supportant la structure de l’organisation, qu’ils soient exprimés ou non. Il apparaît néanmoins opportun de séparer le comportement théorique et le comportement pratique. Le premier comportement est constitué des principes qui traduisent l’identité en termes de vision globale du fonctionnement de l’organisation, ceux qui pensent l’organisation. Le deuxième comportement est constitué des principes qui donnent vie à l’organisation et sont directement liés à la réalité. 5. Le concept de réseau renvoie de façon sommaire à une structure d’interconnexions instable, composée d’éléments en interaction, qui crée une collaboration et un enchevêtrement d’entités par lesquels celles-ci s’entrecroisent, s’opposent, s’entraident tout en restant chacune elle-même. Cette définition conduit à considérer que le réseau implique que des entités diverses (et donc séparées) soient mises en relation d’interaction, ce qui correspond aux notions de pluralisme et de complexité. 6. Cette dernière se présente de façon hiérarchique : quelques-uns font le droit de façon relativement similaire. Certes, cette fabrique du droit connaît des nuances et la coopération avec les divers agents juridiques y existe, mais la prise de décision ressort néanmoins du principe hiérarchique. 7. L’identité est la couche structurelle d’un ordre juridique composée d’un « magma de signification », d’un « capital de valeurs et de traditions propres à l’ordre ». Cette identité renvoie ainsi à des croyances et des valeurs, à des mythes qui font référence à l’histoire de l’organisation, à des rites, à des tabous et des zones d’ombre, à des symboles et des signes, ou encore à des idéologies. C’est dans cette couche que se situe ce qu’on appelle la culture d’entreprise et la culture organisationnelle, ou au moins sa base, la culture et le code politique, l’idéologie d’un ordre juridique. 8. André-Jean Arnaud, « La régulation par le droit en contexte globalisé », in Jacques Commaille et Bruno Jobert (dir.), Les métamorphoses de la régulation politique, Paris, LGDJ, coll. « Droit et Société », 1999, p. 168 ; André-Jean Arnaud, « Les transformations de la régulation juridique et la production du droit », in Jean Clam et Gilles Martin (dir.), Les transformations de la régulation juridique, Paris, LGDJ, coll. « Droit et Société », 1998, p. 82. 9. Jacques Commaille et Bruno Jobert, « La régulation politique : l’émergence d’un nouveau régime de connaissance ? », in Jacques Commaille et Bruno Jobert (dir.), Les métamorphoses de la régulation politique, op. cit., p. 16. 10. Ibid., p. 28. Sur ce point, voir aussi : André-Jean Arnaud, Critique de la raison juridique, 2. Gouvernants sans frontières. Entre mondialisation et post-mondialisation, Paris, LGDJ, coll. « Droit et Société », 2003 ; ainsi que le dossier coordonné par Wanda Capeller et Vincent Simoulin intitulé « La gouvernance : une approche transdisciplinaire » paru dans Droit et Société, 54, 2003. 11. Dans ce sens, pour Alain Supiot, « réglementer c’est dicter des règles de l’extérieur, tandis que réguler c’est faire observer les règles nécessaires au fonctionnement homéostatique d’une organisation ». Ceci reposant sur le fait que, selon la théorie cybernétique, seule une régulation adéquate, et non pas une réglementation rigide, peut prémunir la société du désordre entropique, c’est-à-dire de la tendance de la nature à détériorer l’ordonné et à détruire le compréhensible (Alain Supiot, « Travail, droit et technique », Droit social, 1, janvier 2002, p. 20). 12. MARC : Modes alternatifs de règlement des conflits. 13. Jacques Chevallier, « De quelques usages du concept de régulation », in Michel Miaille (dir.), La régulation entre droit et politique, Colloque du Centre d’études et de recherches sur la théorie de l’État, 1 et 2 octobre 1992, Université de Montpellier I, Paris, L’Harmattan, 1995, p. 93. 14. Sur ce concept, se reporter aux développements à suivre. 15. Il y a, en effet, deux versants dans la régulation. Dans ce sens, pour Jacques Chevallier, la régulation concerne le comportement exogène ou la dynamique externe d’un système, soit l’action qu’il exerce sur son environnement, et le comportement endogène ou la dynamique interne du système, soit les adaptations que le système lui-même subit. Cette dualité peut être exprimée par la distinction entre la régulation (externe) et l’autorégulation (interne) (Jacques Chevallier, « De quelques usages du concept de régulation », in Michel Miaille [dir.], La régulation entre droit et politique, op. cit., p. 84). 16. Isabelle Falque-Pierrotin, « Internet, outil de démocratie et de débat citoyen ? », www.foruminternet.org/ rencontres/, 10 juillet 2002, présentation vidéo de la quatrième rencontre. 17. Isabelle Falque-Pierrotin, « Quelle régulation pour Internet et les réseaux ? », Le Monde, 27 novembre 1999, p. 17. 18. Ibid. 19. Ibid. 20. Ibid. 21. Christian Paul, « Ce n’est pas à des entreprises dotées d’une légitimité autoproclamée de dire le droit », propos recueillis par Florence Amadou, Le Monde, 30 juin 2000, p. 20. 22. « Pourquoi le Forum ? », www.foruminternet.org/ quisommesnous/pourquoi.phtml, septembre 2002, p. 1. 23. Ibid. 24. « Quelles sont nos missions ? », www.foruminternet.org/ quisommesnous/missions.phtml, septembre 2002, p. 1 ; Isabelle Falque-Pierrotin, « Le Forum des droits sur l’Internet : un instrument de gouvernance », Colloque Droit de l’internet. Approches européennes et internationales, 19-20 novembre 2001, Assemblée nationale, droit-internet-2001. univ-paris1.fr/vf/ page3_16.html, décembre 2001, p. 5. 25. « Quels sont nos convictions et principes de fonctionnement ? », www.foruminternet.org/ quisommesnous/valeurs.phtml, septembre 2002, p. 1. 26. Ibid. 27. Renaud Berthou, L’évolution de la création du droit engendrée par Internet : vers un rôle de guide structurel pour l’ordre juridique européen, op. cit., p. 318 et suiv. Ces règles seraient notamment : (1) une règle de négociation externe (communiquer et changer son comportement/adapter son comportement de façon adéquate face à tous les autres acteurs) ; (2) une règle de cohésion interne. 28. Dans ce sens, pour Isabelle Falque-Pierrotin, « le Forum n’est pas le fruit du hasard ou de la réflexion d’un seul ; c’est l’aboutissement de la réflexion collective sur la régulation du monde en réseau menée en France depuis 1996 qui a été marquée par le rapport du Conseil d’État de 1998 et le rapport de Christian Paul de juillet 2000 » (Isabelle Falque-Pierrotin, « Le Forum des droits sur l’Internet : un instrument de gouvernance », op. cit., p. 1). 29. Le comportement est la couche structurelle d’un ordre juridique composée des principes d’action qu’il utilise, lesquels sont liés à son identité mais en constituent une application pratique. Dans cette couche sont ainsi compris, par exemple, ce qu’on appelle la division du travail dans l’organisation, la hiérarchie des pouvoirs de l’organisation ou encore la stratégie de l’organisation. Mais surtout, cette couche semble comprendre plus précisément tous les grands principes d’action supportant la structure de l’organisation, qu’ils soient exprimés ou non. 30. Du droit et des libertés sur l’Internet. La corégulation, contribution française pour une régulation mondiale, rapport remis au Premier ministre par Christian Paul le 29 juin 2000, archives.internet.gouv.fr/ affichage.php ?val=/francais/ /textesref/pagsi2/lsi/ rapportcpaul/sommaire.htm, p. 13 et p. 15. 31. Ibid., p. 26, p. 32, p. 34. 32. Ibid., p. 35. 33. Ibid., p. 59. 34. « Quels sont nos convictions et principes de fonctionnement ? », www.foruminternet.org/ quisommesnous/valeurs.phtml, septembre 2002, p. 2. 35. Isabelle Falque-Pierrotin, « Quelle régulation pour Internet et les réseaux ? », op. cit., p. 17. 36. Ibid. 37. Ibid. 38. Isabelle Falque-Pierrotin, « Le Forum des droits sur l’Internet : un instrument de gouvernance », op. cit., p. 2. 39. « Dossier de presse », www.foruminternet.org, juin 2002, p. 4. 40. Ibid. 41. Du droit et des libertés sur l’Internet. La corégulation, contribution française pour une régulation mondiale, op. cit., p. 16. 42. Ibid., p. 15. 43. Ibid. 44. La procéduralisation renvoie notamment à la création d’un nouveau paradigme de « droit procédural » promouvant soit l’autorégulation des sous-systèmes sociaux soit le règlement des conflits intersystémiques, ou bien à un modèle spécifique de rationalité procédurale. Voir, sur ce point, Antoine Jeammaud, « Introduction à la sémantique de la régulation juridique. Des concepts en jeu », in Jean Clam et Gilles Martin (dir.), Les transformations de la régulation juridique, op. cit., p. 68. 45. François Ost, « Le temps virtuel des lois post-modernes ou comment le droit se traite dans la société de l’information », in Jean Clam et Gilles Martin (dir.), Les transformations de la régulation juridique, op. cit., p. 441. 46. Ibid. 47. Ibid., p. 442. 48. Du droit et des libertés sur l’Internet. La corégulation, contribution française pour une régulation mondiale, op. cit., p. 143. 49. Le Monde, 30 juin 2000, p. 20. 50. François Ost, « Le temps virtuel des lois post-modernes ou comment le droit se traite dans la société de l’information », in Jean Clam et Gilles Martin (dir.), Les transformations de la régulation juridique, op. cit., p. 441. 51. Isabelle Falque-Pierrotin, « Le Forum des droits sur l’Internet : un instrument de gouvernance », op. cit., p. 2. 52. Il convient ici de remarquer que cet organisme ne crée pas vraiment du droit mais formule des recommandations juridiques. Cependant, nous considérerons qu’il est doté d’un processus de création du droit dans la mesure où les règles qu’il produit lui seraient applicables s’il n’était pas un organe de consultation. En fait, il est doté d’un processus lui permettant de créer des règles importantes pour lui mais destinées à une reconnaissance étatique. Par ailleurs, il convient ici de préciser que, sur un plan théorique, un processus de création du droit renvoie à des schémas processuels aussi divers que complexes. Il se laisse saisir comme un ensemble de mécanismes processuels dotés d’étapes et d’un jeu de fonctionnement. Sur un plan global, les processus de création du droit sont, d’autre part, des moyens d’action pour les ordres juridiques, des moyens de réaliser leurs buts, d’exprimer leurs identités et leurs comportements. 53. Comme cela sera envisagé ultérieurement, l’innovation du Forum provient en effet du besoin de l’État français de respecter les règles du jeu de création du droit en vigueur sur Internet. Le Forum des droits sur l’Internet constitue une modification réseautique pour le compte de l’État. Il consiste en fait en une opération étatique de prise en compte des exigences d’Internet en matière de production du droit. En ce sens, le Forum dévoile d’ailleurs l’impact d’Internet sur le processus étatique français de création du droit. 54. Dans le cadre de cette étude, il ne sera pas possible de cerner tout le processus de création du droit du Forum dans la mesure où ce dernier doit sans doute faire appel à de larges règles implicites et informelles. Par ailleurs, son étude serait difficile à mener ici dans la mesure où ce dernier est enchevêtré avec le processus de création du droit de l’État français. Seule peut être saisie une partie emblématique de ce processus : le processus décisionnel. 55. Du droit et des libertés sur l’Internet. La corégulation, contribution française pour une régulation mondiale, op. cit., p. 18 et suiv. 56. Ibid., p. 21-22 et 150-153. Pour plus de précisions, se reporter à l’annexe 1. 57. « Comment sommes-nous organisés ? », www.foruminternet.org/ quisommesnous/ organisation.phtml, septembre 2002, p. 1-3. Pour plus de précisions, se reporter à l’annexe 2. 58. Isabelle Falque-Pierrotin, « Le Forum des droits sur l’Internet : un instrument de gouvernance », op. cit., p. 5. 59. Ibid. 60. « Dossier de presse », www.foruminternet.org, juin 2002, p. 8. 61. Ibid., p. 15. 62. Du droit et des libertés sur l’Internet. La corégulation, contribution française pour une régulation mondiale, op. cit., p. 150. IETF : Internet Engineering Task Force ; W3C : World Wide Web Consortium. 63. Isabelle Falque-Pierrotin, « Le Forum des droits sur l’Internet : un instrument de gouvernance », op. cit., p. 2. 64. Ibid. 65. « Dossier de presse », www.foruminternet.org, juin 2002, p. 2. 66. « Quelles sont nos missions ? », www.foruminternet.org/ quisommesnous/missions.phtml, septembre 2002, p. 1. 67. Isabelle Falque-Pierrotin, « Le Forum des droits sur l’Internet : un instrument de gouvernance », op. cit., p. 2. 68. Du droit et des libertés sur l’Internet. La corégulation, contribution française pour une régulation mondiale, op. cit., p. 16. 69. Réflexion à rapprocher de l’idée selon laquelle « l’acte le plus conventionnellement élaboré et le plus négocié du monde peut véhiculer l’obligation la plus impérieuse et la plus intransgressible ». Sur ce point, voir Denys de Béchillon, « La structure des normes juridiques à l’épreuve de la postmodernité », in Évelyne Serverin et Arnaud Berthoud (éd.), La production des normes entre État et société civile : les figures de l’institution et de la norme entre États et sociétés civiles, Paris, L’Harmattan, 2000, p. 47 et suiv. 70. De façon annexe, il convient aussi de remarquer que son rôle étatique de proposition éloigne le Forum de l’application du droit, ce qui réduit la qualité de sa production juridique malgré sa volonté pratique, et il convient de relever que l’étatisation de son but le limite à la production juridique utile à l’État Français et donc sur une pratique contextualisée du droit, aux dépens de la réflexivité. 71. « Quelles sont nos relations avec l’État et l’Administration ? », www.foruminternet.org/ quisommesnous/ relations_etat.phtml, septembre 2002, p. 1. 72. « Quel est notre budget ? », www.foruminternet.org/ quisommesnous/budget.phtml, septembre 2002, p. 1. « Quelles sont nos relations avec l’État et l’Administration ? », www.foruminternet.org/ quisommesnous/ relations_etat.phtml, septembre 2002, p. 1. 74. « Le Forum des droits sur l’Internet ne demande qu’à être utilisé », 01net., www.01net.com/ rdn ?void=182414, avril 2002, p. 1. 75. Sur ce terme, voir Jacques Chevallier, « Vers un droit postmoderne ? », in Jean Clam et Gilles Martin (dir.), Les transformations de la régulation juridique, op. cit., p. 21 et suiv. (p. 23-24). Ici, ce concept renverra à l’aspect anti-moderne (et non hyper-moderne) de la postmodernité, soit à cet aspect où « l’accent est mis […] sur le désordre, la complexité, l’indétermination, le relativisme » et où « de nouvelles figures, telles que celle du “rhizome” ou celle du “labyrinthe”, sont avancées pour rendre compte d’une organisation sociale ayant quitté les chemins bien balisés de l’ordre et de la simplicité ». 76. « Charte et mode d’utilisation des forums », www.foruminternet.org/ forums/chartet.phtml, septembre 2002, p. 2. 77. « FAQ : Forums, mode d’emploi », www.foruminternet.org/ faq/faq.phtml ?id_theme=2, septembre 2002, p. 1. 78. Isabelle Falque-Pierrotin : « Après les professionnels, nous devons sensibiliser le grand public », Le Journal du net, www.journaldunet.com/ 0206/020628forum.shtml, 28 juin 2002, p. 1. 79. Bertrand du Marais, « Réglementation ou autodiscipline : quelle régulation pour l’Internet ? », Cahiers français, 295 (« L’internet », cahier réalisé sous la dir. de Jean-Jacques Capul), mars-avril 2000, p. 65 et suiv. Isabelle Falque-Pierrotin, « Quelle régulation pour Internet et les réseaux ? », op. cit., p. 17. Sur cette perception de l’utilisation du mot Forum dans l’organe de corégulation, voir « Le machin des droits sur l’Internet », Uzine, www.uzine.net/ rubrique141.html, septembre 2002. 82. Isabelle Falque-Pierrotin, « Le Forum des droits sur l’Internet : un instrument de gouvernance », op. cit., p. 2. 83. Dans son aspect initial, le fonctionnement du Forum et ses risques de « non complexité » peuvent être sommairement retracés dans la schématisation suivante : saisine du Forum par une question des pouvoirs publics, des acteurs et de son propre chef (risque de prédominance étatique ou du personnel du Forum) / consultation préalable des membres et des autorités publiques (risque de « censure » ou d’orientation) / remise des pièces du débat et ouverture du débat (risque d’orientation du débat dans les pièces) / transparence du débat animé par l’organisme de corégulation (risques inhérents au flou de cette notion et à l’animation) / synthèses et points réguliers sur le débat (risque de « censure » ou d’orientation) / constat d’un consensus et relais de celui-ci – vote à la majorité des trois quart avec compte rendu sur les divergences – ou absence de majorité et synthèse sans recommandation (risques inhérents au quorum dans la mesure où celui-ci est atteint avec l’État, les acteurs techniques et marchands, risques d’orientation des comptes rendus et synthèses) / suite donnée à la proposition par le gouvernement ou refus (risque : absence de complexité car une seule entité décide au final). Par conséquent, bien que le fonctionnement de ce Forum soit inspiré de l’IETF et du W3C, son point faible réside néanmoins globalement dans la place donnée à la mentalité ou à l’attitude de l’État et de son personnel. De façon générale, le fonctionnement actuel du Forum est par ailleurs sujet aux mêmes critiques, si ce n’est que les risques de censures ou d’orientation sont augmentés avec l’instauration des groupes de travail. 84. Isabelle Falque-Pierrotin, « Le Forum des droits sur l’Internet : un instrument de gouvernance », op. cit., p. 2. 85. Ibid. 86. Du droit et des libertés sur l’Internet. La corégulation, contribution française pour une régulation mondiale, op. cit., p. 15 et suiv. 87. Isabelle Falque-Pierrotin, « Le Forum des droits sur l’Internet : un instrument de gouvernance », op. cit., p. 2. 88. Ibid. 89. Philippe Urfalino, « La délibération et la dimension normative de la décision collective », in Jacques Commaille, Laurence Dumoulin et Cécile Robert (dir.), La juridicisation du politique, Leçons scientifiques, Paris, LGDJ, coll. « Droit et Société », 2000, p. 165 et suiv. 90. En matière de site Internet, les juristes ne doivent en effet pas oublier les propos tenus en psychologie cognitive pour ce qui concerne les processus d’apprentissage et de traitement de l’information, et les travaux d’ergonomie cognitive concernant l’adaptation des interfaces et des documents numériques à ces processus. La forumisation du droit s’inscrit en effet, du moins ici, dans des problèmes cognitifs et ergonomiques qui gagneraient a être explorés. Sur ce point voir Franck Ganier, « L’apprentissage à l’aide de documents numériques en formation d’adultes à distance : problèmes cognitifs et implications ergonomiques », in S. Pennec, Former des adultes : l’Université et les transformations de l’emploi, Rennes, PUR, 2002, p. 191-208. 91. Isabelle Falque-Pierrotin, « Après les professionnels, nous devons sensibiliser le grand public », op. cit., p. 1. 92. Norbert Rouland, Aux confins du droit. Anthropologie juridique de la modernité, op. cit., p. 338. 93. Une telle opération a en effet été rendue possible car, en l’espèce, il y a eu « contact prolongé, observation et ajustements entre deux systèmes culturels » et « contact direct à même de permettre la transmission de normes inconscientes » (la communauté étatique et celle d’Internet sont en contact direct depuis un certain temps). De plus, il y a aussi eu « réinterprétation de ce qui est emprunté » et « emprunts de traits culturels », ce qui fait que, dans un sens sociologique, le Forum répond aussi à toutes les conditions de l’acculturation. Sur ce point, voir « Acculturation », in Janine Brémond et Alain Gélédan, Dictionnaire économique et social, Paris, Hatier, 4e éd., 1990. 94. Renaud Berthou, « La démocratie électronique ou l’Internet et l’évolution de la participation des agents politiques à la prise de décision dans l’ordre juridique étatique », op. cit. 95. L’e-democratie renvoie aux pratiques démocratiques développées sur le réseau Internet (c’est-à-dire l’utilisation de communautés virtuelles, de forums, du vote en ligne...). 96. Du droit et des libertés sur l’Internet. La corégulation, contribution française pour une régulation mondiale, op. cit., p. 150. 97. Le mot hypocrisie est ici utilisé dans le sens suivant : « attitude [d’une institution] qui consiste à montrer des qualités que l’on n’a pas » (Petit Larousse, 1985). Il est utilisé dans une logique organisationnelle et ne doit pas être considéré de la même façon que lorsqu’il se rapporte à un individu. 98. Isabelle Falque-Pierrotin, « Le Forum des droits sur l’Internet : un instrument de gouvernance », op. cit., p. 2. 99. Du droit et des libertés sur l’Internet. La corégulation, contribution française pour une régulation mondiale, op. cit., p. 16. 100. Référence notamment au fonctionnement et au contenu des rencontres organisées et retransmises en vidéo, à l’ampleur des thèmes traités, à l’esprit du traitement de certains thèmes, à certains résultats issus des groupes de travail et à certaines recommandations. Dans le travail du Forum on retrouve en effet parfois la présence d’une action régulatrice. On pensera notamment aux travaux qui ont porté sur les modes alternatifs de résolution des conflits. Dans ce cadre, le Forum a effectivement réalisé des recommandations régulatrices visant à faire reconnaître ces instruments par le droit « dur » comme des émanations de droit spontané qui, à ce titre, ne doivent pas être encadrées, au moins de façon « réglementariste ». 101. Sur cette pensée juridique moderne, voir notamment André-Jean Arnaud, Pour une pensée juridique européenne, Paris, PUF, coll. « Les voies du droit », 1991. 102. Le principe de relevance a été mis en avant par Santi Romano. Il peut être saisi comme la possibilité pour un ordre juridique de dicter les conditions d’existence, de contenu ou d’efficacité auxquelles un autre ordre juridique doit répondre pour être reconnu par lui. C’est de par son fait qu’un ordre juridique ne peut valoir pour un autre qu’en fonction d’un titre défini par celui-ci. Ce principe permet ainsi que certains ordres juridiques en renient d’autres ou les placent en situation d’infériorité. Sans lui, la création du droit serait le fait d’une multitude d’ordres juridiques sans qu’aucune entité ne puisse être réduite au silence juridique. Il est lié à une possibilité matérielle de contrainte. Sur ce point, voir Santi Romano, L’ordre juridique (traduction française de la 2e éd. de l’Ordinamento giuridico par Lucien François et Pierre Gothot), Paris, Dalloz, coll. « Philosophie du droit », 1975, p. 106 et suiv. 103. Christian Paul, « Ce n’est pas à des entreprises dotées d’une légitimité autoproclamée de dire le droit », op. cit., p. 20. 104. On notera déjà sur ce point la réaction d’un enthousiasme limité de l’ISOC France à l’annonce de la création du Forum. Celle-ci a notamment été exprimée en ces termes : « L’Isoc [Internet Society] France prend acte que ce Forum regroupera tant des acteurs économiques que des acteurs non marchands ; il souhaite cependant s’assurer que les voix des uns et des autres seront entendues de manière égale. Pour l’ensemble de ces raisons, l’Isoc France demande que la première année de fonctionnement du FDI soit dite de préfiguration, et que sa structure définitive ne soit arrêtée qu’au terme de cette année, après un bilan complet et une discussion publique. » Sur ce point, voir « Le Forum des droits sur l’Internet », Internet Society France, www.isocfrance.org/ PRESSE/droits.htm, 23 août 2000. 105. Renaud Berthou, L’évolution de la création du droit engendrée par Internet : vers un rôle de guide structurel pour l’ordre juridique européen, op. cit., p. 213 et suiv. 106. Laquelle renvoie actuellement à la structure du Forum des droits pris en tant qu’adaptation étatique aux règles de création du droit en vigueur sur Internet. 107. Sur ce point, on peut noter qu’un tel phénomène s’est déjà réalisé avec les modes alternatifs de règlement des conflits. Dans le cadre étatique contemporain, ils ont en effet été importés dans le système juridique par les acteurs marchands puis sont passés dans les branches du droit civil. Ce phénomène est encore en cours de réalisation. Par exemple, la médiation tend actuellement à s’imposer en matière familiale. 108. Sur le rôle des fictions juridiques comme ressource de l’action, promesse de droit ou moyen de créer un nouveau droit, voir Lucien Karpik, « Comment le juge trace son chemin entre l’État et la société civile », in Évelyne Serverin et Arnaud Berthoud (éd.), La production des normes entre État et société civile : les figures de l’institution et de la norme entre États et sociétés civiles, op. cit., p. 91. 109. Du droit et des libertés sur l’Internet. La corégulation, contribution française pour une régulation mondiale, op. cit., p. 26, p. 32, p. 34. 110. Sur ces points voir : Renaud Berthou, L’évolution de la création du droit engendrée par Internet : vers un rôle de guide structurel pour l’ordre juridique européen, op. cit. Internet met en effet en avant l’utilité du « moyen du choc juridique » concernant l’action des ordres juridiques dans un contexte de création du droit en réseau, l’expression de « choc juridique » renvoyant alors à une reconfiguration du niveau de matière juridique présente au sein des ordres juridiques et accessoirement aussi à une action institutionnelle puisque, pour diminuer ou augmenter le niveau de droit, il faut notamment agir sur les lieux de production du droit. Mais Internet engage à penser que créer un choc juridique n’est pas la seule action comportementale requise pour répondre au contexte d’une création du droit en réseau. Il nous apprend aussi qu’il est nécessaire, pour les ordres juridiques, d’adopter un principe comportemental communicationnel, c’est-à-dire qu’il leur faut développer des moyens de discussion pour gérer leur coexistence après ce choc juridique. En effet, un choc juridique ne peut avoir comme effet que de permettre aux ordres juridiques de retrouver des conditions plus optimum pour un dialogue dans l’espace Internet. Mais, en aucun cas, ce choc ne serait suffisant pour améliorer de façon appropriée leurs relations sur cet espace. Certes, à ce niveau de droit, à ce degré de standard juridique, la discussion et la coexistence des ordres juridiques seront facilitées : ils pourraient plus facilement converser, s’accorder et définir des voies de consensus. Néanmoins cela n’est pas suffisant pour répondre aux règles du jeu imposées par Internet. Ce principe comportemental communicationnel peut être défini comme un principe attribuant une priorité d’action à la discussion et conduisant donc à développer des moyens de discussion, ceux-ci étant des outils juridiques permettant aux divers ordres juridiques de s’engager dans des tractations juridiques, voire dans des réceptions juridiques. Ce principe vise à prendre en compte la diversité des ordres juridiques. Il s’agit d’un principe d’action conduisant à l’intégration ou l’enchevêtrement des ordres et renvoyant à un comportement complexe. C’est en ce sens d’ailleurs qu’il constitue une application du théorème identitaire de la régulation. 111. Ibid., p. 411 et suiv. 112. Ibid., p. 443 et suiv. 113. Ibid., p. 478 et suiv. |
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